La superbe série Rei Sen Pacifique révèle la psychologie des pilotes japonais durant la seconde guerre mondiale : la mort plutôt que le « déshonneur » ! Le tome 2 vient de sortir.
Dans le tome 1, parti pour s’inscrire à l’Institut technique d’architecture de Tokyo, le jeune Daisuke Tanaka arrive dans le hall de l’école mais y rencontre un militaire recrutant pour l’armée. Celui-ci dénonce la lâcheté de ceux qui ne veulent pas servir la patrie. Comme beaucoup, saisi par la honte, Daisuke s’engage. Il choisit l’aéronavale. Sur les 1500 volontaires pour l’aviation, seuls 98 sont admis. Il en fait partie. Daisuke termine ses classes, après une difficile période d’entraînements, au moment de l’attaque japonaise sur Pearl Harbor, le 7 décembre 1941. En avril 1942, à bord de son zéro, Daisuke rejoint son affectation : l’aérodrome de Laé, base avancée dans l’est de la Nouvelle-Guinée. Sur place, il retrouve un ami d’enfance, Kenji, originaire du même village que lui, qui s’est déjà battu aux Philippines. Commence alors une période de victoires pour les forces japonaises, qui envahissent petit à petit le Pacifique. Le Japon est à l’apogée en matière de territoires occupés. Les pilotes japonais sont euphoriques. Le moral est au beau fixe. Daisuke et Kenji remplissent leurs missions aux côtés d’as de l’aviation. Entre avril et juillet 1942, les Japonais tentent d’envahir Port Moresby, base australienne dans le sud de la Nouvelle-Guinée. L’aviation nippone mène de nombreux raids sur cette base. Les missions se multiplient, laissant peu de répit aux pilotes. Mais l’aviation américaine se renforce et chaque jour des bombardiers B-26 et B-17 lâchent leurs bombes sur les positions japonaises. Pour Daisuke et Kenji, le temps du doute est venu ! Le 8 août 1942, Daisuke est envoyé en mission vers l’île de Guadalcanal, où les Américains viennent de débarquer…

Dans le tome 2, après la débâcle de Midway, la situation sur le front devient de plus en plus difficile. Les Japonais ont perdu quatre de leurs plus grands porte-avions et 250 pilotes… En avril 1943, cela fait huit mois que les Japonais tentent sans succès de repousser l’attaque des alliés sur Guadalcanal, même si l’île est considérée comme perdue. L’ennemi s’est considérablement renforcé. Daisuke, affecté à l’aérodrome de Balalae, dans l’archipel des Salomon, a perdu la majorité de ses compagnons. Même si son corps est très affaibli et inquiète le corps médical, Daisuke continue de combattre dans les airs. Après une grave blessure en combat aérien, il devient pilote instructeur. Il découvre alors, horrifié, que les nouveaux jeunes pilotes sont envoyés au combat après à peine vingt heures de vol sur Zéro ! Cela va les conduire à une mort presque certaine…

Le scénariste-dessinateur Olivier Speltens, né en 1971 en Belgique, suit des études aux Écoles supérieures des arts Saint-Luc. Après deux séries fantastiques, il se focalise sur la Seconde Guerre mondiale, sujet qui le passionne. Aux éditions Paquet, il commence par présenter, en se plaçant au niveau du combattant, l’armée allemande sur le front russe (L’armée de l’ombre), puis en Afrique du nord (Afrikakorps). Il nous plonge maintenant en pleine guerre du Pacifique, côté japonais.
Rei sen est l’abréviation de « rei shiki kanjō sentōki » désignation japonaise du Mitsubishi A6M Zéro. Olivier Speltens révèle en effet avoir toujours été captivé par la bande dessinée d’aviation. Mais lorsqu’il a débuté aux éditions Paquet, Romain Hugault en était le spécialiste. Dans cette série, Speltens décrit bien la suprématie des forces japonaises puis la montée en puissance des forces américaines.
Il dresse surtout le portrait psychologique des aviateurs et de leurs conditions de vie éprouvantes. On suit ainsi un jeune pilote japonais aux commandes de son Zero. Daisuke, mélange de plusieurs témoignages de pilotes japonais, n’est pas un personnage historique. Mais les faits rapportés sont crédibles. On découvre ses états d’âmes. La présentation par Speltens du combattant japonais n’a plus rien à voir avec les « faces de citron » de Charlier et Hubinon, dans Buck Danny, à la fin des années 1940. L’intérêt de cette série prévue en trois tomes est en effet de révéler la véritable mentalité des combattants nippons : la mort plutôt que le « déshonneur » d’une défaite au combat ! On ressent leur sentiment de supériorité, alimenté par la propagande nippone, même après la défaite de Midway (4-7 juin 1942). Ils ne font pas de prisonniers de guerre, éliminant les pilotes américains capturés. Face à eux, Daisuke livre un regard assez lucide sur la situation. On découvre la déchéance de l’Empire japonais notamment à la fin du tome 2, dans la partie consacrée à la formation des jeunes pilotes, qui prennent les commandes d’un avion trop puissant pour eux.

Pour constituer son récit, Olivier Speltens commence par réaliser un synopsis d’une seule page, puis il dresse un storyboard le plus complet possible, enrichissant ainsi l’histoire. Enfin il dessine les planches, à raison d’une par semaine, en utilisant l’informatique pour les détails et Photoshop pour la colorisation.
Par son trait fin et détaillé, il met en scène, de manière dynamique et avec intensité, les combats aériens, parfois sur de superbes doubles-pages. Les avions de combats sont minutieusement dessinés, chaque détail étant soigneusement rendu. Les amateurs de BD d’aviation en prennent plein les yeux.
La collection Cockpit des éditions suisses Paquet, déjà bien fournie (Angel Wings, Le Grand duc, Le Pilote à l’Edelweiss, Misty Mission, Ciel de guerre…), s’enrichit ainsi d’une nouvelle grande série d’aviation.
Guadalcanal venant de tomber, la prochaine île à défendre pour les troupes de l’empereur est Iwo Jima. Vivement le troisième et dernier tome !

Kristol Séhec
Rei Sen Pacifique, tome 2. 48 pages. 14,90 euros. Éditions Paquet.
Illustrations : DR
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