Fromage, crème entière et cerveau : une étude remet en cause les dogmes nutritionnels

Pendant des décennies, le discours nutritionnel dominant a martelé un message simple : pour préserver sa santé, notamment cardiovasculaire, il faudrait privilégier les produits laitiers allégés et se méfier des graisses saturées. Une vaste étude publiée début 2026 vient pourtant nuancer fortement cette vision, en suggérant que certains produits laitiers riches en matières grasses pourraient, contre toute attente, être associés à une meilleure santé cérébrale sur le long terme.

Menée sur près de 28 000 personnes suivies pendant un quart de siècle, cette recherche apporte un éclairage nouveau sur le lien entre alimentation, vieillissement cérébral et démence, et invite à sortir d’une approche trop simpliste opposant « bon » et « mauvais » gras.

Une étude de long terme aux résultats inattendus

Les chercheurs ont analysé les habitudes alimentaires de 27 670 participants, recueillies au début de l’étude à l’aide de questionnaires détaillés, d’entretiens et de journaux alimentaires sur sept jours. Sur les 25 années de suivi, environ 10 % des participants ont développé une forme de démence.

Le constat central est surprenant : une consommation plus élevée de fromages riches en matières grasses et de crème entière est associée à un risque légèrement plus faible de démence à long terme. À l’inverse, les produits laitiers allégés et la plupart des autres produits laitiers n’ont montré aucun lien clair avec le risque de déclin cognitif.

Les personnes consommant au moins 50 grammes par jour de fromage riche en matières grasses présentaient un risque de démence inférieur à celui de celles qui en consommaient moins de 15 grammes. De même, une consommation quotidienne d’au moins 20 grammes de crème entière était associée à une baisse d’environ 16 % du risque de démence par rapport aux non-consommateurs.

L’aspect le plus frappant de l’étude concerne la démence vasculaire, une forme de démence liée à une mauvaise irrigation sanguine du cerveau. Chez les forts consommateurs de fromage, le risque de ce type de démence était inférieur d’environ 29 %.

Ce résultat interpelle, car les graisses saturées sont traditionnellement associées à un risque cardiovasculaire accru. Or, le cerveau dépend d’un réseau extrêmement fin de petits vaisseaux sanguins : leur préservation joue un rôle clé dans la prévention du déclin cognitif. Le fait que certains aliments riches en graisses saturées puissent être associés à une protection vasculaire cérébrale remet en cause des certitudes bien établies.

Toutes les graisses saturées ne se valent pas

Pour les auteurs de l’étude, la clé réside dans la nature même de l’aliment, et non dans un nutriment isolé. Comme l’explique Emily Sonestedt, coautrice de l’étude, « la source alimentaire des graisses saturées compte ».

Le fromage n’est pas une simple addition de graisses : il s’agit d’un aliment complexe, où lipides, protéines, calcium et composés bioactifs sont intégrés dans une structure spécifique, souvent désignée sous le terme de « matrice alimentaire ». Cette matrice influence la digestion et la manière dont les graisses sont absorbées.

Dans le cas du fromage, les lipides sont libérés plus lentement au cours de la digestion. Cette absorption progressive entraîne des hausses plus modérées des lipides sanguins après le repas, ce qui pourrait être moins agressif pour le système vasculaire, notamment au niveau cérébral. Les fromages à pâte dure, en particulier, ralentiraient davantage ce processus que les fromages plus mous.

Fromage et beurre : une différence métabolique

Des essais cliniques antérieurs viennent appuyer cette hypothèse. À quantité équivalente de graisses saturées, la consommation de fromage est associée à des taux de cholestérol plus faibles que celle de beurre. Autrement dit, le même nutriment, consommé sous une forme différente, n’a pas le même impact métabolique.

Cette distinction remet en cause une approche purement quantitative de la nutrition, centrée uniquement sur les grammes de lipides ou de calories, sans tenir compte de la structure et du degré de transformation des aliments.

L’étude met également en lumière les limites des produits laitiers allégés. Retirer la matière grasse ne se contente pas de réduire l’apport calorique : cela modifie profondément la composition de l’aliment. Les versions allégées contiennent nettement moins de vitamines liposolubles, comme la vitamine K, mais aussi les vitamines A et E, connues pour leurs propriétés antioxydantes.

Or, l’absorption de ces vitamines dépend précisément de la présence de graisses alimentaires. Sans lipides, leur assimilation par l’organisme est réduite, ce qui pourrait en partie expliquer l’absence d’effet protecteur observée avec les produits allégés.

Le rôle de la fermentation et du mode de consommation

Le contexte culturel joue également un rôle. L’étude a été menée en Suède, où les fromages consommés sont majoritairement fermentés et mangés non cuits. La fermentation produit des peptides bioactifs et favorise la présence de vitamine K2, un nutriment de plus en plus étudié pour ses effets sur la santé vasculaire.

À l’inverse, dans d’autres pays, le fromage est souvent consommé fondu, associé à des plats riches en viandes transformées ou en produits ultra-transformés. Cette différence de contexte alimentaire peut modifier la structure du fromage et la manière dont les graisses sont libérées dans l’organisme.

Les chercheurs soulignent que ces résultats ne signifient pas que le fromage riche en matières grasses serait un « super-aliment » protecteur du cerveau. Le risque de démence dépend de l’ensemble des habitudes alimentaires et du mode de vie sur plusieurs décennies : activité physique, qualité du sommeil, exposition au stress, tabagisme ou encore consommation d’alcool.

L’étude montre d’ailleurs que remplacer le fromage par du lait, des produits laitiers fermentés, des viandes rouges grasses ou des produits transformés était associé à un risque plus élevé de démence. Cela suggère que le fromage peut constituer une option moins défavorable que certains aliments ultra-transformés, mais pas nécessairement le choix optimal en soi.

Repenser les messages nutritionnels

Ces résultats invitent à une réévaluation prudente des recommandations nutritionnelles uniformes. Ils rappellent que la nutrition ne se résume pas à déclarer un nutriment « bon » ou « mauvais », mais qu’elle dépend du contexte alimentaire global, du degré de transformation des produits et des habitudes culturelles.

Sans promouvoir une consommation excessive de produits riches en graisses, l’étude suggère qu’une consommation modérée de fromages et de crèmes entières, intégrée dans une alimentation équilibrée, ne serait pas délétère pour le cerveau — et pourrait même, dans certains contextes, être associée à un moindre risque de démence.

Un message qui tranche avec les slogans diététiques simplistes, et qui rappelle qu’en matière de santé, le bon sens et la nuance restent souvent de meilleurs guides que les dogmes.

Photo : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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