Guerres puniques : en Espagne, un os d’éléphant confirme la présence des bêtes de guerre d’Hannibal

On croyait jusqu’ici que les éléphants d’Hannibal relevaient presque du mythe. Les textes antiques les décrivaient, les monnaies les représentaient, les fresques les mettaient en scène. Mais aucune preuve osseuse directe n’était venue, en Europe occidentale, confirmer leur présence sur les champs de bataille de la Deuxième Guerre punique.

Une découverte réalisée en Andalousie change la donne.

Un os oublié, une confirmation historique

C’est sur le site archéologique de Colina de los Quemados, à Cordoue, qu’un fragment osseux singulier a été mis au jour lors de fouilles préventives menées en 2020, avant des travaux d’extension de l’hôpital provincial. Le site, vaste de près de 50 hectares, est occupé sans interruption depuis la fin de l’âge du Bronze jusqu’au Moyen Âge.

Dans une couche de destruction attribuée à la fin de l’âge du Fer, marquée par des indices évidents de conflit armé, les archéologues ont identifié un os carpien cuboïde – un petit os du “poignet” – appartenant à la patte avant droite d’un éléphant. L’élément mesure environ dix centimètres.

Les comparaisons anatomiques avec des spécimens modernes d’éléphants et de mammouths ont confirmé l’identification. La datation au radiocarbone situe l’animal entre la fin du IVe siècle et le début du IIIe siècle avant notre ère, une fourchette parfaitement compatible avec la Deuxième Guerre punique (218-201 av. J.-C.).

Les guerres puniques et la stratégie carthaginoise

Les guerres puniques (264-146 av. J.-C.) opposèrent la République romaine à l’Empire carthaginois pour la domination de la Méditerranée occidentale. La figure la plus célèbre de ce conflit demeure Hannibal Barca, général carthaginois entré dans la légende pour sa traversée des Alpes avec une trentaine d’éléphants.

Jusqu’à présent, les preuves de l’utilisation d’éléphants en Occident reposaient principalement sur les récits antiques (Polybe, Tite-Live) et sur des représentations iconographiques. Les traces matérielles directes manquaient cruellement.

Or, les éléphants ne vivaient pas en Europe à l’époque antique. Leur présence implique un transport maritime complexe, une logistique militaire organisée et une intégration réfléchie dans les armées carthaginoises.

Un contexte militaire cohérent

L’os n’a pas été retrouvé isolé. Les chercheurs ont mis au jour, dans la même couche stratigraphique, jusqu’à douze projectiles sphériques en pierre, typiques des munitions utilisées par des engins à torsion (catapultes antiques). Monnaies et céramiques liées à une activité militaire renforcent l’hypothèse d’un affrontement violent.

Les schémas de destruction observés sur le site correspondent à des épisodes connus de la présence carthaginoise en Ibérie, qui constituait une base stratégique majeure pour Hannibal avant son offensive contre Rome.

L’hypothèse la plus probable est donc celle d’un éléphant engagé lors d’un assaut, mort au combat ou à la suite d’un siège. Le reste du squelette a pu être dispersé, récupéré ou s’être décomposé. Le petit os carpien, peu spectaculaire, a sans doute échappé aux récupérations et a été protégé par l’effondrement d’un mur en adobe.

Quelle espèce ?

Une question demeure : de quel éléphant s’agit-il ?

Les Carthaginois utilisaient principalement l’éléphant d’Afrique du Nord, aujourd’hui éteint, parfois appelé éléphant de l’Atlas. Plus petit que l’éléphant de savane moderne, il était considéré comme plus maniable. Mais des éléphants d’Asie pouvaient également être importés via l’Égypte.

L’état de conservation de l’os ne permet pas, pour l’instant, d’analyse ADN exploitable. La morphologie seule ne suffit pas à trancher définitivement.

Un tournant pour l’archéologie ibérique

La découverte de Cordoue constitue l’un des très rares exemples ostéologiques confirmant la présence d’éléphants de guerre dans l’ouest méditerranéen. Elle relie directement les récits historiques aux réalités archéologiques et éclaire d’un jour nouveau la violence des conflits antiques en Ibérie.

Ce petit os de dix centimètres, longtemps anonyme, devient ainsi un témoin tangible d’une guerre qui a façonné l’histoire européenne.

Il ne dit pas si cet éléphant a franchi les Alpes. Mais il prouve qu’au cœur de la péninsule Ibérique, les armées carthaginoises ont bien fait résonner le sol sous les pas de leurs bêtes de guerre.

Photo :

A 16th-century CE painting by Cornelis Cort (1533–1578), depicting the Battle of Zama between Rome and Carthage in 202 BCE. Now in the Pushkin Museum of Fine Arts. Credit: Sailko / CC BY-SA 3.0

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