Dans son dernier livre L’Arbre aux Hérons : comment Nantes s’est prise à rêver et ce qui s’est passé ensuite, Sven Jelure – auteur d’un blog remarquable sur la vie dans la cité des Ducs – raconte en dix chapitres très documentés comment ce choix ancien, dit « culturel », de Jean Marc Ayrault pour faire de Nantes une destination touristique internationale a échoué. Sa mise en œuvre au prix d’approximations budgétaires et juridiques favorisant quelques intervenants et le faible succès d’un financement participatif ont fait exploser son coût pour le budget métropolitain et conduit Johanna Rolland à son abandon.
L’Arbre aux Hérons, un choix politique ancien de Jean Marc Ayrault
Dans son premier chapitre, Sven Jelure rappelle l’origine de ce projet. En 1987 Nantes a vécu un bouleversement avec la fermeture des chantiers navals, activité historique emblématique. Quand, en 1989, Jean Marc Ayrault est élu maire de Nantes qui a donc perdu son identité industrielle , il décide de réinventer Nantes en pôle culturel qui en ferait une destination touristique internationale en s’inspirant de l’exemple de Bilbao.
Fort du succès de Royal de luxe et du festival des Allumées, le 18 juin 2004, Jean Marc Ayrault après une longue réflexion propose au conseil communautaire de Nantes Métropole : » un projet touristique … dans le cadre du projet Île de Nantes qui puisse contribuer au renforcement de l’image de la métropole et au développement économique de l’agglomération … le projet retenu doit être de grande qualité et capable d’attirer un public à la fois national et international. «
Ce projet sera : » le développement d’un équipement touristique appelé les Machines de l’île » proposé par Pierre Orefice et François Delarozière. Il prévoit de créer plusieurs machines extraordinaires sur l’ancien site des Chantiers navals en jachère : l’Eléphant, la Baleine, le Monde marin, l’arbre aux oiseaux etc…
Pierre Orefice et François Delarozière deviendront les acteurs centraux et incontournables de cette politique au prix d’approximations budgétaires et juridiques.
Les Machines de l’île, un projet réalisé au prix d’approximations budgétaires et juridiques
Sven Jelure indique que l’économie du projet présenté en 2004 prévoyait l’équilibre des comptes, qui ne sera jamais réalisé. Il donne les montants successifs des investissements pour la construction des machines régulièrement revus à la hausse de même que les subventions pour éponger le déficit chronique d’exploitation, situation aggravée par la complexité des structures intervenantes. En effet, outre l’implication de Nantes Métropole, Pierre Orefice et François Delarozière ont chacun une structure pour la prise en charge du projet, Manaus pour le premier et La Machine, association loi de 1901 créée en 1999 consacrée aux arts du spectacle vivant, pour le second.
Ceux-ci bénéficieront de ces marchés publics sans publicité préalable ni mise en concurrence : » dans le cadre d’une oeuvre plastique, conclu conformément à l’article 35.III.4° du code des marchés publics » alors qu’il s’agit d’un projet touristique. Comme le souligne Sven Jelure : » attelage très inhabituel : les deux concepteurs des Machines en sont aussi les principaux bénéficiaires directs, l’un comme salarié, l’autre comme fournisseur. Quand l’un achète quelque chose à l’autre, le prix qui sera supporté in fine par le contribuable nantais est fixé avec Nantes Métropole dans le cadre de marchés de gré à gré. »
En réalité, ce projet, contrairement à celui réalisé par Bilbao, restera une réalisation couteuse pour les finances publiques à caractère de loisir et conduira à l’abandon de L’Arbre aux Hérons.
L’échec de l’ambition touristique internationale et la renonciation de L’Arbre aux Hérons
Le 30 juin 2007, le site des Machines de l’île s’ouvrait au public avec le Grand Eléphant, la Galerie des Machines et la branche prototype de l’Arbre aux Hérons et connaissait un réel succès auprès des nantais mais la fréquentation internationale, but originel du projet, est faible et ne progressera que lentement.
Pour le dynamiser, Sven Jelure expose que le projet de l’Arbre aux Hérons est relancé toujours par le duo Pierre Orefice et François Delarozière. Cependant Johanna Rolland, devenue maire en 2014, annonce le 7 juillet 2016 qu’il sera implanté dans l’ancienne carrière de Miséry. Elle pose également une condition de financement : » un tiers par la Métropole, un tiers par des fonds privés, un tiers par d’autres partenaires publics ( Etat, Europe, Région…). En 2017 elle crée un fonds de dotation pour recueillir les dons de mécènes et en 2018 lance une campagne de financement participatif mais elle ne récolte pas les sommes espérées, alors que les versements de Nantes Métropole ne cessent d’augmenter ainsi que les prévisions du coût final de sa construction estimé à 52.4 millions le 9 juillet 2021.
Finalement, le 15 septembre 2022, Johanna Rolland annonce l’abandon du projet.
Comment ne pas voir dans ce déroulement la légèreté pour ne pas dire l’incompétence de ces responsables politiques à engager ainsi l’argent des contribuables sans étude sérieuse initiale, sans rigueur dans la gestion des entreprises en charge de l’exploitation, et l’utilisation abusive de procédures permettant de se dispenser des règles habituelles des marchés publics ?
Sven Jelure donne tous les éléments de réponse à cette question. A lire d’urgence à la veille des municipales…
Louis Cruau
Sven Jelure, L’Arbre aux Hérons : comment Nantes s’est prise à rêver et ce qui s’est passé ensuite. 152 pages. 12 €. En vente sur Amazon
Crédit photo : Jordiferrer/Wikimedia (cc)
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Une réponse à “Nantes. L’Arbre aux Hérons : quand le rêve de J.M. Ayrault a tourné au cauchemar pour les contribuables”
Partout où la gauche tient les clés des mairies ou du pays l’ardoise montre des dettes abyssales. Nantes, Paris et d’autres….l’incompétence de ces idéologues nous a conduit à la ruine dans tous les domaines mais il y a encore des bobos ou des idiots qui votent pour les mêmes……alors arrêtez de pleurnicher pendant des années.