Nantes. Manifestations : pour le gouvernement Hollande, deux poids deux mesures ? [Tribune libre]

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Depuis le début de l’année 2013, de nombreuses manifestations se sont déroulées en France, réunissant plusieurs dizaines de milliers voire centaines de milliers de personnes dans la rue. Que ce soit contre le mariage homosexuel (où le million de manifestants a été dépassé),  contre le gouvernement de François Hollande (Jour de Colère), contre l’écotaxe en Bretagne (manifestations de Quimper et de Carhaix) ou encore contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Nantes ce week-end). Si on ajoute les manifestations contre le Front National (A Rennes et à Toulouse notamment), pour la régularisation des clandestins, contre le « fascisme », contre l’équitaxe, contre les hausses d’impôts, contre l’islamisation, ce sont des millions de français qui sont descendus dans la rue ces derniers mois, afin d’exprimer un ras-le-bol, un mécontentement, une colère.

La singularité de ces manifestations réside dans le traitement médiatique, politique et judiciaire qui leur a été réservé, selon que ces manifestations apparaissaient plutôt « de droite » ou « de gauche ». Comme si certaines étaient plus dangereuses que d’autres. Comme s’il existait une réelle différence entre ceux qu’on peut arrêter, censurer, interdire, vilipender, dénoncer, et ceux qui bénéficient d’un soutien moral, d’une complicité idéologique, d’un passe-droit politique mais aussi d’une forme de légitimité à user de la violence.

Prenons, par exemple, quatre grandes manifestations qui ont eu lieu ces derniers mois en Bretagne ou auxquelles de nombreux Bretons ont participé :  la manifestation contre l’aéroport de NDDL du 22 février à Nantes, celle du Jour de Colère contre le gouvernement le 26 janvier dernier à Paris, celle contre le meeting du Front National à Rennes le 8 février dernier, et celle contre le mariage homosexuel du dimanche 26 mai 2013, à Paris.

Le 26 mai 2013, entre 150 000 personnes selon la police et 1 million selon les organisateurs ont défilé à Paris contre le mariage homosexuel à l’occasion d’une manifestation déclarée en préfecture de police et sécurisée par un service d’ordre interne. Des affrontements ont eu lieu en fin de manifestation entre plusieurs centaines de personnes et la police, alors que cette dernière avait reçu l’ordre de boucler puis de faire évacuer l’esplanade des Invalides. Côté dégradations et vandalisme, rien à signaler. Dans le même temps, une action symbolique était menée par quelques  militants identitaires sur le toit du siège du Parti Socialiste, avec le déploiement d’une banderole sur laquelle on pouvait lire « Hollande Démission » .

La journée s’est soldée par 293 interpellés, et 231 gardes à vue avec poursuites judiciaires (et prison avec sursis) à la clé pour plusieurs d’entre eux. Les 19 militants interpellés sur le toit de Solferino ce jour-là ont quant à eux été maintenus en garde à vue 54h avant d’être placés sous contrôle judiciaire  et finalement condamnés à des peines d’amendes. Pour une banderole.
Manuel Valls, ministre de l’intérieur, s’était empressé de déclarer que, parmi les manifestants arrêtés, certains étaient « en possession d’objets qui n’avaient rien à faire dans une manifestation (…) c’était des personnes que la police suivait et qui s’étaient déjà illustrées par des actes de violence ». La veille, aux côtés de Jean-Marc Ayrault, il avait déjà mis en garde les manifestants contre une « radicalisation » et appelé les familles à ne pas manifester, mettant en garde contre « les groupes d’extrême droite » qui infiltreraient le cortège. Une déclaration qu’il renouvellera à la veille de la manifestation  LMPT du 2 février dernier.

Le 26 janvier 2014, 17 000 personnes selon la police, 120 000 selon les organisateurs, ont manifesté contre le gouvernement et le président François Hollande, lors du « jour de colère ». Là encore, cette manifestation avait été déclarée en préfecture et encadrée par un service d’ordre. Dès le matin de celle-ci, les forces de police ont quadrillé les rues où devait passer le cortège et ont procédé à des fouilles systématiques des manifestants aux sorties de métro. Alors que la manifestation s’était déroulée sans incident, les forces de l’ordre avaient organisé un dispositif d’encerclement – une « nasse »-, occasionnant tensions puis débordements et violences de la part de quelques centaines de manifestants demeurés sur place. Suite à cette manifestation, 250 personnes ont  été placées en garde à vue. Comme le 26 mai 2013, les manifestants étaient à visage découvert et sans armes comme le montrent de nombreuses vidéos circulant sur Internet depuis.

Du côté des responsables politiques, Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, et Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture (?), ont condamné les violences et menacé les organisateurs de la manifestation de dissolution, tout en pointant là encore, « les groupes d’extrême droite violents« .

Autre cas : Le 8 février 2014, plusieurs centaines d’individus se sont rassemblés dans le centre-ville de Rennes à l’appel de plusieurs collectifs et organisations de gauche et  d’extrême-gauche afin d’empêcher la tenue d’un meeting du candidat Front National aux élections municipales. Cette manifestation n’avait pas été déclarée en préfecture et aucun service d’ordre n’avait été prévu, comme le prévoit pourtant la loi.

Les manifestants, ont attaqué un poste de police, brûlé une voiture, saccagé des vitrines (banques notamment) et vandalisé de nombreuses installations sur la voie publique tout en s’en prenant violemment aux forces de l’ordre. La grande majorité d’entre eux étaient cagoulés ou masqués. Les vidéos montrent que nombre d’entre eux étaient armés de marteaux, de gourdins et de pierres. Cette manifestation d’une rare violence s’est soldée par 4 interpellations sans poursuites judiciaires.
Ces événements n’ont suscité aucune réaction de la part de Manuel Valls.  Daniel Delaveau, maire de Rennes (PS), a  bien condamné ces violences mais pour mieux mettre en accusation… le Front National, qui aurait « provoqué » (sic) en annonçant un meeting dans le centre-ville de Rennes.

Le week-end dernier, à l’appel d’un collectif d’opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, plusieurs dizaines de milliers de manifestants ont défilé à Nantes. D’emblée, dès 14h, on a pu observer en réalité deux manifestations. La première, qui réunissait l’immense majorité du cortège, avait été déclarée (tardivement) en préfecture mais sans aucun service d’ordre comme demandé habituellement avant validation de la manifestation. La seconde était composée d’un millier d’individus environ,  cagoulés, masqués, dont les drapeaux et les banderoles revendiquaient l’appartenance à l’extrême-gauche radicale.

Ce deuxième cortège est à l’origine des violences et des destructions perpétrées durant toute l’après-midi de samedi dans le centre-ville de Nantes. Là encore, commerces, bureaux, vitrines, abribus, chaussée, véhicules  et forces de l’ordre ont été la cible de ces militants très organisés et particulièrement déterminés. Au bout de plusieurs heures d’affrontement, 10 personnes ont finalement été interpellées.
Du côté de la classe politique, le maire de Nantes (PS) a décidé de porter plainte « contre X » estimant qu « il y a eu un espèce de laisser-aller, quasiment de la complaisance », bien que le préfet de Loire-Atlantique ait jugé qu' »il y a des blessés mais pas mort d’homme« .

Les organisateurs de la manifestation officielle ont quant à eux déclaré sous forme d’aveu qu’ « il n’est pas étonnant qu’une certaine colère s’exprime » tout en dénonçant une « répression policière violente« .
Manuel Valls et Jean-Marc Ayrault, tous deux farouches partisans de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, sont cette fois-ci montés verbalement au créneau, le premier pour dénoncer la volonté « de l’ultra gauche, de blacks blocs qui voulaient casser du policier et s’en prendre aux mobiliers urbains. » sans toutefois expliquer le faible nombre d’interpellations. Le Premier ministre  a également « condamné avec la plus grande fermeté les actes violents commis par un millier de manifestants radicaux » .

Bien que ces manifestations aient eu des objets différents, on est donc amené  à se poser plusieurs questions :

– D’un côté, deux manifestations classées « plutôt à droite », déclarées en préfecture et encadrées par un service d’ordre additionné à un déploiement policier sans précédent, où, en fin de manifestation, après dispersion, plus de 450 manifestants ont été arrêtés, tout comme des journalistes, certains placés sous contrôle judiciaire, d’autres condamnés à de la prison avec sursis ou à de fortes amendes, sans qu’aucune dégradation ou destruction sur la voie publique ne soit commise.

– De l’autre côté, deux manifestations, organisées et dirigées par des activistes de gauche et d’extrême gauche, dont la seule finalité était la violence politique (concernant la manifestation contre l’aéroport, nous parlons du cortège minoritaire), non déclarées en préfecture au préalable, sans aucun service d’ordre, véritables attroupements armés sur la voie publique ayant entraîné de nombreuses violences et dégradations coûteuses plusieurs heures durant, et qui se soldent par l’arrestation, pour Rennes de 4 individus relâchés sans poursuites judiciaires, et pour Nantes de 10 individus parmi le petit milliers de casseurs recensés.

Les forces de l’ordre auraient-elles reçu la consigne, ici d’interpeller massivement et aveuglément, là de limiter simplement les dégâts et de ne surtout pas faire de vagues ?

Comment expliquer que d’un côté, la justice condamne avec sévérité voire emprisonne  –  cas Nicolas Bernard Busse, par exemple – et fasse preuve, de l’autre,  de tolérance, pour ne pas dire de laxisme ?

Comment expliquer que les organisations d’extrême-gauche n’aient pas besoin de déclarer légalement leurs manifestations, quand tous les autres citoyens doivent s’y plier ? Quels intérêts aurait le gouvernement et notamment le ministre de l’Intérieur à favoriser le développement d’une extrême-gauche violente et organisée ?

L’Etat est-il dirigé par les représentants de tout un peuple et par des garants de l’ordre public ou avant tout par des militants politiques et idéologiques, comme le montrent les propos de Cécile Dufflot, qui a tenu à apporter son soutien  – « et plutôt deux fois qu’une » – aux manifestants ?

Pourquoi, au nom de quel intérêt ou parti pris non avoué , les  médias dominants  ne soulignent-ils pas ces contradictions et ces interrogations, à l’heure où les mérites de la démocratie et du pluralisme sont pourtant exportés par ces derniers sous forme de leçons et de morale,  d’Ukraine en Suisse et de Syrie en Iran ?

Voilà des questions qui, dans une démocratie digne de ce nom, mériteraient des réponses claires et précises.

Yann Vallerie

Crédit photo : breizh-info.com
[cc] Breizh-info.com, 2014, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

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5 Commentaires

  1. Bravo pour et article clair et concis sur ce sujet pénible, dont un des résultats concrets est que pour des centaines de milliers gens comme moi, la classe politico-médiatique est considérée comme un ennemi intérieur.

  2. Seulement voilà: suite aux interpellations de « casseurs » présents à Nantes, 2 peines de PRISON FERME ont été prononcées! Une seule peine de prison ferme, à en croire votre analyse, pour les manifestations dites « de droite ». Donc, votre argumentaire s’en trouve fragilisé.
    De plus, rappelons que le montant global des dégradations (radars, portiques, etc… pour plusieurs millions € sans parler des 800 millions que l’état devra payer à EcoMouv) commises par les « Bonnets rouges » est sans commune mesure avec celles commises à Nantes (maximum estimé à 1 million €).
    Quimper, d’ailleurs, s’était beaucoup mieux préparée aux « dérapages » de la manifestations des Bonnets Rouges que Nantes…
    Enfin, je vous rappelle que des personnalités politiques d’opposition (UMP, MODEM, FN) se sont clairement engagées aux côtés des manifestants anti-taxes, anti-mariage, anti-genre…

  3. Pour enfin faire un léger contre poids, quelques lascars gauchistes ont été condamnés à de la prison ferme…mais je signale que c’était la moindre des choses quand on sait que l’un d’entre eux avait un antécédent de 24 condamnations…excusez du peu! Il est évident que le gouvernement est d’une partialité scandaleuse et ne pas l’admettre est faire preuve de mauvaise foi.

  4. Ce n’est pas parce que les opposants au « mariage pour tous » ont été sévèrement réprimés qu’il faille condamner sans réserve les opposants à l' »Ayraultport », projet démagogique, coûteux, inutile et destructeur.

    D’ailleurs, l’adversaire des « cathos », c’est le Gouvernement, pas les « casseurs » nantais qui nous auront au moins permis de rire un peu ces dernières semaines…

  5. Évidemment, le PARTI PRIS EST CLAIR ET NET !!!
    Sur le fond, les opposants à cet aéroport ont raison ! quel besoin y-a-t-il d’un 2ème aéroport à Nantes !!! = bétonnage massif, nuisances sonores (massives aussi) = terres agricoles en moins sur un nombre effrayant d’hectares ! – que mangerons-nous quand il n’y aura plus du tout d’agriculture ? de la « mal-bouffe amerloque ? merci, bon appétit !
    Mais ces manifestants sont, tout de même, en majorité de gauche, voire d’extrême gauche, avec les écolos bien sûr (eux qui, curieusement, se sont toujours présentés comme promoteurs de toutes les aberrations anti-nature – avortement, « mariage » pd-gouines, etc… allez comprendre …!!!). Ils sont donc les soutiens inconditionnels de ce pseudo-gouvernement et jouissent, à ce titre, d’un extrême traitement de faveur ; il en est évidemment de même pour tous les soi-disant « antifas » qui agressent et blessent tous azimuths les nationalistes, saccagent leurs magasins (encore une liibrairie, récemment, à Paris), tout cela dans la plus totale impunité et ne dérangent nullement le « Vallseur » et sa clique, les gens de droite ayant simplement le tort d’exister !!!
    Amitiés à tous.

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