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24/01/2015 – 08H30 Nantes (Breizh-info.com) – Le Château des ducs de Bretagne propose jusqu’au 26 avril une exposition consacrée au peintre et graveur nantais Jean-Emile Laboureur durant la guerre de 1914-1918.
Né à Nantes en 1877 Jean Emile Laboureur est le cousin germain de Jules Grandjouan dessinateur libertaire et caricaturiste de L’assiette au beurre. Condisciple au Grand Lycée d’Alphonse de Châteaubriant et de Paul Ladmirault, le jeune Laboureur est présenté par l’industriel et mécène nantais Alphonse Lotz- Brissonneau au graveur Auguste Lepère qui va l’initier à son art. Ses premières œuvres sont des gravures sur bois à la manière de Paul Gauguin. Très vite il voyage beaucoup en Europe et aux Etats Unis où il va exposer peintures et estampes. Fixé à Paris en 1912 son dessin se rapproche du cubisme de Braque et de Picasso, il s’y lie d’amitié avec des artistes comme Marie Laurencin, Guillaume Apollinaire et Toulouse-Lautrec.
En septembre 1914 Laboureur est mobilisé comme interprète auprès de l’armée britannique à Nantes où qualifié de « planqué » il produira peu. De juin 1915 à juillet 1917 il est affecté au front d’Artois toujours auprès des britanniques. C’est là qu’il va réaliser de très nombreux dessins et gravures toujours dans une esthétique cubisante. Il choisit délibérément de ne pas représenter les combats : « no horror, no patriotism » mais plutôt l’arrière où les Anglais, Canadiens et Australiens apparaissent très décontractés : « so british » même quand une « marmite » éclate derrière eux. Les divertissements des soldats, estaminets, bals de village sont nombreux dans ses dessins. Ils lui vaudront pourtant le titre de « l’artiste le plus pénétrant de la guerre » selon le poète Apollinaire.
En juillet 1917 et jusqu’à la fin de la guerre Laboureur sera détaché auprès de l’armée américaine à Saint Nazaire. Cette période sera très féconde pour l’artiste qui illustre toujours son thème de prédilection, le repos des soldats. Surnommés « sammies » ceux-ci fréquentent activement les maisons de passe nazairiennes et 200 cafés tous aussi accueillants. Laboureur va publier un recueil de gravures accompagnées de textes « types de l’armée américaine » croquant aussi bien le général « à moitié habillé en civil…homme d’affaires et chef d’entreprise » que le marin ou docker noir « qui empile des caisses comme un enfant qui jouerait aux cubes… ». Laboureur note et illustre les relations conflictuelles qui pouvaient exister entre le policeman américain – un nombreux corps de police – et la population civile nazairienne.
Démobilisé en février 1919 Jean-Emile Laboureur va expérimenter de nouvelles techniques comme le burin. Il enseigne la gravure à des élèves comme André Dunoyer de Segonzac. Il va illustrer des livres de Giraudoux, Gide, Colette, Proust, Mauriac, Larbaud. Installé dans le Morbihan, il travaille plusieurs mois par an en Bretagne. Outre la réalisation d’une série d’estampes sur la Brière, Laboureur élabore plusieurs fresques dont une avec Jean Frélaut pour L’Ecole nationale de la marine marchande à Paimpol. Il meurt en 1943 dans sa maison de Pénestin.
Passionnante en tous points, cette riche exposition du Château des Ducs à Nantes permet de découvrir un artiste au style original et moderne qui a su adapter ses techniques aux circonstances de la guerre.
Claude Bily
Photo : Breizh-info.com
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