14/08/2015 – 07h00 Saint-Nazaire (Breizh-info.com) – Lorsque l’Elysée a annoncé que la France rendrait un milliard d’euros aux Russes pour la rupture du contrat des Mistrals mais pourrait revendre les navires, on a pu croire que Hollande s’en est sorti à bon compte. Il n’en est rien. Selon le Canard Enchaîné, le coût réel de la rupture approche les 2,5 milliards d’euros. Le chiffre prend en compte les manques à gagner pour les entreprises françaises et bretonnes – notamment les Chantiers de Saint-Nazaire.

La France a déjà versé près de 1 milliard d’euros aux Russes – 896 millions pour rembourser les sommes déjà avancées par la Russie pour les BPC Mistrals et un peu moins d’une centaine pour les frais occasionnés dans l’aéroport de Vladivostok pour accueillir les deux navires. Mais il y a une série d’autres dépenses à venir. D’abord l’Etat s’est engagé à payer à DCNS sa marge – 350 millions d’euros sur lesquels 100 ont déjà été versés. Ensuite, tous les équipements électroniques russes devront être démontés : selon une source proche du dossier consultée par l’hebdomadaire satyrique, il faudra six mois et plusieurs dizaines de millions d’euros. Il faudra aussi remettre du câblage, de l’électronique ou encore les sanitaires aux normes OTAN : soit 200 millions d’euros de plus. Enfin, il faudra garder les navires le temps que les Russes démontent leur matériel, puis que les navires soient remis aux bonnes normes. Soit cinq millions d’euros par mois pour les deux navires, pendant environ un an – même si les Chantiers ont déjà démenti ces chiffres, en annonçant que le gardiennage ne coûte « que » 1 million d’euros par mois, pris en charge par l’assurance (Coface).

Par ailleurs la rupture du contrat engendre aussi des manques à gagner pour les entreprises françaises. DCNS devait cèder la licence aux Russes (pour 80 millions d’euros) afin de construire deux autres navires dans les chantiers russes OSK. Thalès et Safran devaient vendre plus de 450 millions d’euros d’équipements électroniques. Raté. Envolé aussi le contrat de maintenance qui allait avec les navires – 10 à 20 millions d’euros par an pour les Chantiers de Saint-Nazaire. Et deux autres projets franco-russes ont été emportés dans la Berezina : un projet de construction de navires câbliers par les chantiers russes OSK pour 450 millions d’euros, et un autre pour le développement et la construction de ravitailleurs franco-russes pour 1 milliards d’euros. Et encore l’on pourrait compter aussi l’abandon du « contrat du siècle » par l’Inde, qui renonce aux Rafale français au même moment où Hollande décide officiellement l’abandon définitif de la livraison des Mistrals à la Russie.

De cette affaire, il est clair que la France sort grande perdante. Et avec elle Thalès, Safran et même Dassault touché par l’onde de choc. DCNS limite la casse – puisque sa marge devrait être payée – tout comme les Chantiers de Saint-Nazaire à qui les navires ont été payés, qui ont pu les finir et qui accueilleront probablement à la fois le démontage des équipements sensibles par les russes, mais aussi la remise aux normes OTAN. Les Chantiers situés dans le premier port de Bretagne ont en effet un savoir-faire reconnu, et ce sont les seuls à connaître les navires par cœur puisqu’ils les ont construit. Cependant les Russes doutent que les navires soient un jour vendus : ils ont en effet été calculé selon les caractéristiques et dimensions des hélicoptères russes, qui sont assez différentes des appareils de l’OTAN. La France espère cependant en tirer un milliard d’euros, même si les principaux intéressés – l’Arabie Saoudite et l’Egypte – ne sont guère pressés d’acheter à ce prix.

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