Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France (MPF), est invité au Talk Orange-Le Figaro.

Après celui d’Eric Zemmour en 2014, le dernier livre de Philippe de Villiers fait un tabac, ce qui va sans doute ombrager Marie-Anne Chapdelaine. La députée socialiste d’Ille-et-Vilaine va-t-elle réclamer l’exil pour lui aussi ?

Dans Le moment est venu de dire ce que j’ai vu, il nous fait part de tout le mal qu’il pense de l’actuelle classe politicienne. Carriérisme, cynisme et absence totale de convictions caractérisent une partie d’entre elle. Sarkozy est, selon lui, après Chirac, l’archétype du politicien opportuniste. Préoccupé par ses seuls intérêts, il n’a strictement jamais mené la moindre réflexion de fond. Il n’est pas le seul, beaucoup d’autres leur ressemblent à des degrés divers.

L’auteur revient aussi sur l’Union européenne. Il en dénonce bien sûr l’idéologie postnationale, le suivisme à l’égard des Etats-Unis et de l’OTAN, l’intégrisme monétaire et libéral. Mais il n’oublie pas ce qui dans l’Islam (et pas seulement dans l’islamisme) pose de vrais problèmes quant à la coexistence des musulmans avec les Européens héritiers des cultures grecque, romaine, chrétienne et laïque. Car contrairement à ce qu’affirma Jacques Chirac et beaucoup d’autres après lui, les cultures d’Europe ne doivent rien à l’Islam. Ce dernier n’a même pas permis la transmission des auteurs antiques comme l’a montré Sylvain Gouguenheim.

Sur ce dernier sujet, il exprime des positions très percutantes notamment quand il décrit l’islam comme une religion née dans la guerre et privilégiant la domination brutale. Le djihad personnel et spirituel n’est pas, rappelle-t-il, un élément du Coran, contrairement au djihad guerrier. Or celui-ci vise à la soumission des incroyants. Il préconise la «taqiya», une tactique de dissimulation des intentions des croyants quand ils sont en difficulté ou en minorité. La « taqiya» induit la pratique du double discours, celui qui est destiné aux Croyants et celui qu’on réserve aux infidèles quand ces derniers sont en position de force. Mais il avait déjà abordé le sujet des relations difficiles, voire impossibles, entre musulmans et non musulmans dans un précédent ouvrage. La nouveauté réside dans son analyse du libéralisme.

Philippe de Villiers a adhéré au corpus doctrinal du libéralisme quand il était plus jeune. Il a changé radicalement de point de vue sur ce sujet. La fréquentation des députés du parlement de Strasbourg, des membres de la commission de Bruxelles et de tous les personnages qui gravitent autour d’eux l’a amené à s’interroger sur l’évolution apparente des nombreux ex-gauchistes (Cohn-Bendit, Barroso…). Ceux-ci sont devenus les plus fidèles chiens de garde du mondialisme libéral et de son chef de file, les Etats-Unis.

Ainsi Cohn-Bendit se définit comme un bourgeois et  plaide en faveur d’un libéralisme économique dont il dit, très justement, qu’il est étranger à toute morale. Lors d’une de leurs nombreuses conversations, il lui rétorque : « Non, tu te trompes. Je n’ai pas changé. On se retrouve avec les libéraux, on ne veut plus de frontières dans le monde, plus d’Etats ; eux non plus ». Ce qui fait dire à Philippe de Villiers : « Le libéral et le libertaire ont la même patrie, le marché mondial de masse sans Etats, sans nations, sans douanes ni territoires ». Il est devenu parfaitement clair pour lui que l’idéologie soixante-huitarde est à l’origine de la plupart des désordres que connaît notre société. C’est une idéologie bourgeoise (comme celle de la Révolution française), expression d’une révolte individualiste contre les règles collectives et communautaires. Elle favorise ce que les ex-gauchistes appellent l’ «émancipation de l’individu». Cette idéologie bourgeoise est aujourd’hui de plus en plus largement rejetée par les Français. Par contre, la plupart des «élites»  ne remettent nullement en cause leur corpus individualiste, universaliste et mondialiste autrement dit libéral-libertaire.

Philippe de Villiers a constaté le lent glissement de ses amis de droite. Ils ont abandonné progressivement le gaullisme et sont devenus des libéraux libertaires que seules des nuances permettent de distinguer de leurs concurrents de gauche. C’est cette dérive, en plus du dégoût que lui inspirent le carriérisme et les lâchetés de la classe politique, qui l’ont amené à quitter le marigot politicien.

Dans ce dernier ouvrage, le Vendéen cite, à l’appui de sa charge contre le libéralisme, des auteurs auxquels il ne faisait jamais référence dans le passé tels que Jean-Claude Michéa   (« Le libéralisme économique intégral, prôné par la droite, porte donc en lui la révolution permanente des mœurs, défendue par la gauche, tout comme cette dernière exige, à son tour, la libération totale du marché »), Thorstein Veblen (« L’homme de finance idéal ressemble au délinquant idéal en ce qu’il convertit sans scrupule hommes et biens à ses propres fins, qu’il considère avec un mépris endurci les sentiments et les aspirations d’autrui et qu’il se soucie fort peu du résultat éloigné de ses actes »)  et Karl Marx («La bourgeoisie a joué dans l’histoire un rôle éminemment révolutionnaire. Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a détruit les relations féodales, patriarcales et idylliques…..Elle a noyé les frissons sacrés de l’extase religieuse, de l’enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste ») !

Et notre auteur conclut : « Cette oligarchie postnationale porte en elle la dernière utopie de l’Occident. Croyant à la Fable des abeilles du triste docteur Mandeville (1) – « les vices privés feront le bien public » – elle tente d’imposer un « ordre mondial » – en réalité un désordre total – fondé sur la cupidité, l’égoïsme narcissique et l’instrumentalisation de l’autre ».

 De plus, cette oligarchie veut une humanité déracinée et exempte de communautés nationales : « Le marché a besoin d’êtres coupés de leurs liens, envahis de leurs biens. Ils doivent être interchangeables, convertibles, monnayables. No limit ! ».  La collusion des grandes compagnies transnationales et de leurs dirigeants est patente. Philippe de Villiers écrit à ce sujet : « Lors de la Gay Pride de San Francisco, la capitale du « No limit », les grands noms de la Silicon Valley défilent au milieu du cortège : Google, Facebook, Amazon, Microsoft, Goldman Sachs, Walt Disney, Apple soutiennent toutes les campagnes « progressistes ». Tous ces patrons rêvent d’une nouvelle gouvernance au service de leurs profits ». Il pointe du doigt le grand patronat (Francis Bouygues, François Périgot, Laurence Parisot…..) qui a été le premier à œuvrer en faveur de l’immigration  – dès le début des années soixante – tandis que le PCF de Georges Marchais dénonçait, plus tard, cette politique.

Grand patronat qui œuvre toujours, au niveau national mais aussi au niveau européen, en faveur d’une politique d’immigration de plus en plus démesurée. L’objectif est de faire baisser les salaires ou/et de compenser les faiblesses démographiques de certains Etats – L’Allemagne en particulier. Le patronat germanique est à l’origine de la décision folle prise par le gouvernement Merkel. Celle-ci  en plus  dissout la cohésion des peuples et par voie de conséquence leur capacité à résister à la mise en place d’une gouvernance mondiale qui n’est rien d’autre que la tyrannie du 0,1%.

Philippe de Villiers a compris, lui aussi, que le poison qui ronge nos sociétés et nos systèmes de valeurs, c’est le poison libéral.

B. Guillard

Philippe de Villiers, Le moment est venu de dire ce que j’ai vu, Editions Albin Michel

(1) Bernard Mandeville (1670/1733) est l’auteur de la  Fable des abeilles, le livre fondateur du libéralisme, dans lequel il  fait l’apologie de l’égoïsme individualiste qui est le fondement du libéralisme et la justification de la prédation pratiquée par l’oligarchie industrielle et financière.

Photo : DR
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2 Commentaires

  1. Quelle mascarade! Quel tissu de mensonges! Au lieu de refourguer sa vile marchandise, Villiers ferait mieux d’expliquer ce qu’il fricote avec l’IFRAP et avec Konstantin Malofeev…mais ça ne risque pas d’arriver!

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