Paul-François Paoli : « Non, les hommes ne sont pas fait pour « vivre ensemble » sans condition préalable » [interview]

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02/02/2016 – 08h00 France (Breizh-info.com) – Les éditions du Rocher ont publié en ce mois de janvier un ouvrage de Paul-François Paoli intitulé « Quand la gauche agonise, la République des bons sentiments ». Journaliste, chroniqueur littéraire et écrivain, Paul-François Paoli écrit notamment au Figaro.

« Pourquoi la gauche a-t-elle perdu le soutien des classes populaires et celui des intellectuels ? Parce qu’elle a fait l’impasse sur ce qui constitue l’identité de la France, brutalisée par la mondialisation. La gauche ne s’est pas seulement ralliée au libéralisme, elle a adhéré à une vision post-nationale de la République qui trahit l’héritage de Clemenceau et De Gaulle. Face au défi que représente l’islam, elle a recours à un discours creux sur le «vivre ensemble» qui tente de camoufler l’ampleur de fractures ethniques et religieuses.

Paul-François Paoli rappelle que la question de l’identité de la France, marquée par la tradition chrétienne et l’héritage gréco-romain, et celle de sa souveraineté sont liées. S’il existe un peuple français, celui-ci a des droits historiques sur la France, laquelle n’est pas qu’une idée mais une terre et un pays. C’est cette réalité que certaines élites occultent alors qu’elles reconnaissent ce principe pour d’autres pays, de la Russie à Israël.

L’auteur exhorte à une décolonisation des esprits. Il nous rappelle l’avertissement de Jean-Paul II, en 1980, lors de sa venue à Paris : «Veillez par tous les moyens à votre disposition sur cette souveraineté fondamentale que possède chaque nation en vertu de sa propre culture !»

Pour parler de ce livre  particulièrement pertinent, nous avons directement interrogé son auteur.

Breizh-info.com : Vous publiez « Quand la gauche agonise, la République des bons sentiments ». Durant tout le livre, vous vous attachez à démonter et à dénoncer le vide intellectuel qui s’est emparé de la gauche française depuis plusieurs décennies maintenant. Pourquoi vouloir encore « sauver la gauche » aujourd’hui ? Pour reprendre Nietzsche, un philosophe que vous citez à de nombreuses reprises, ne faut-il pas « pousser, au contraire, celui qui tombe » ?

Paul-François Paoli :  L’état de faiblesse de la gauche est en effet patent, comme l’illustre l’affaire Taubira. Celle-ci était la caution « gauchisante » de ce gouvernement de perdition qui ne sait plus très bien qui il est ni où il va. La gauche que l’on peut considérer comme subversive est fort mal en point. La gauche de rupture, on l’appelait autrefois « radicale », est quasiment absente du débat public et quelqu’un comme Mélenchon semble avoir perdu tout crédit. Cette gauche là est donc à l’agonie et la faiblesse du PCF, qui n’est plus que l’ombre de ce qu’il a été, montre bien que des forces politiques qui nous paraissaient indestructibles peuvent se dissoudre.

Breizh-info.com : Malgré cette défaite intellectuelle et politique qui se confirme chaque jour qui passe en France, vous décrivez tout de même une société façonnée, articulée, par des réflexes et par des postures «de gauche», d’où la République des bons sentiments que vous raillez.  L’humanisme, les droits de l’homme, l’universalisme ne sont-ils pas en train de provoquer aujourd’hui le grand suicide de la France, mais également de l’Europe dont elle est une matrice ?

Paul-François Paoli :  La gauche de gouvernement, vaguement social démocrate, en fait plutôt libérale de gauche doit désormais combattre pour sa survie, aussi bien idéologique que politique.  Au vu de l’impopularité croissante de la gauche idéologique(Mélenchon, Taubira…) elle ne peut que se rapprocher du centre et communier dans l’idéologie humanitaire vague du « Vivre ensemble » en essayant de masquer les très profondes fractures ethniques et religieuses qui sillonnent la société française.

Breizh-info.com : Le « retour au réel » – des attentats de 2015 aux viols de Cologne en passant par la défiance grandissante et nerveuse de la population vis à vis des élites – n’est-il pas en train de rendre toute une partie de cette gauche totalement schizophrène ? Certains de ceux qui font encore la pluie et le beau temps dans les médias, et au sein de la cité, semblent en effet ne plus savoir comment interpréter ce réel qui va à l’encontre de ce qu’ils voudraient que la société soit.

Paul-François Paoli : La gauche et une grande partie des élites libérales sont, en effet, complètement prises de cours par les événements, tout simplement parce que ceux ci sont impensables à l’aune des critères des élites libérales qui orientent la politique de l’Europe depuis si longtemps. La faillite du camp du Bien – aussi bien libéral que social-démocrate ou issu du gauchisme culturel- est d’abord d’ordre anthropologique. Avec les événements de Cologne c’est toute l’illusion du « Vivre ensemble » qui est à terre.

Non, les hommes ne sont pas faits pour « vivre ensemble » sans condition préalable.

Il faut, pour se côtoyer un minimum, des représentations compatibles les unes avec les autres, ce que la démocratie libérale semble bien incapable de penser.

Breizh-info.com : Dans votre livre, vous comparez souvent le rejet de la France par ces jeunes enfants d’immigrés extra-européens au rejet que peuvent en faire certains Corses, certains Bretons …la comparaison est-elle audacieuse et cohérente, sachant qu’il s’agit dans un cas des conséquences de l’immigration, dans l’autre, des conséquences de l’unification assez rude de la France ?

Paul-François Paoli : Je compare des comportements sans toutefois les mettre dans le même sac. Hisser des drapeaux corses en Corse ou bretons en Bretagne ne me dérange nullement, au contraire, à condition que le drapeau français ne soit pas exclu. Je suis pour la reconnaissance de la personnalité bretonne et corse. Mais pour qu’une nation existe en tant que communauté de destin indépendante, il faut que les premiers concernés, à savoir les Corses et les Bretons, le souhaitent; or ce n’est pas le cas. Il est vrai que la vision de la France générée par des élites politiques médiocres qui se disputent le pouvoir à Paris ne peut qu’exacerber les identités corses et bretonnes.

Breizh-info.com : Vous posez une question particulièrement intéressante à propos de la relation de nos élites avec Israël. « Comment se fait il que des républicains, à l’instar de Valls et Hollande, soient parmi les défenseurs les plus intraitables d’Israël alors même que ce pays est fondé sur une conception généalogique de la nation qui leur est étrangère ? »

« L’esprit républicain » n’est-il pas finalement une énorme tartufferie ?

Paul-François Paoli : Un certain esprit républicain est en effet fondé sur l’occultation des héritages non républicains. Les communautés humaines vivantes sont moins fondées sur des valeurs que sur des liens d’affinités. La culture, la langue, les manières de vivre, sont plus importantes que les valeurs. Au début du siècle dernière, Maurice Barrès et Léon Blum, bien que politiquement  ennemis, étaient néanmoins amis parce qu’ils partageaient la même passion pour la littérature.

Deux Juifs qui aiment Israël, l’un de droite, l’autre de gauche, auront plus à partager que deux bobos culturellement déracinés qui ne savent plus rien de leur pays.

Breizh-info.com : Vous associez, en tant qu’alliés, le multiculturalisme anglo-saxon qui se développe aujourd’hui en France, et l’islamisme . Pouvez-vous revenir là-dessus ?

Paul-François Paoli : Le multiculturalisme institue la parité des cultures dans le cadre d’une même nation. Cette idéologie a tendance à dénationaliser les peuples par le biais de l’immigration de masse en niant leurs spécificités historiques. Pour Jacques Attali par exemple, il suffit de s’installer en France pour être Français. Or cette vision est fausse aussi bien sur un plan historique d’anthropologique. Le peuple français est une création de l’histoire qui remonte aux Gaulois et aux Gallo-Romains, « à la nuit des temps » écrivait De Gaulle, ce n’est pas un composé de populations qui se sont installées par hasard en France au fur et à mesure de migrations successives.

Breizh-info.com : Finalement, votre ouvrage souligne un point fondamental : les élites françaises n’ont aujourd’hui plus aucun projet collectif à proposer à leurs citoyens et ils tentent de combler ce vide (qui est aussi un vide spirituel gigantesque) par des nouveaux dogmes totalement creux (de  » je suis Charlie  » aux « valeurs de la République », et notamment Liberté Égalité Fraternité dont vous soulignez vous même l’incompatibilité). 

N’est-ce pas là une des larges explications de la montée de la défiance des populations d’origine extra-européenne vis à vis des Français « de souche » ? Et plus largement vis à vis des Européens ?

N’est-il pas compréhensible voire même sain (le mot est peut être osé) qu’aujourd’hui, un jeune de 16 ans à la recherche d’une construction identitaire, d’une quête, préfère partir à la guerre, à la recherche d’un idéal ou d’un accomplissement spirituel plutôt que de se vautrer devant la Star Academy, un BigMac à la main, entre deux grandes messes « républicaines » servies à la télévision ?

Paul-François Paoli : Nous vivons une époque de désarroi spirituel que Nietzsche a qualifié du terme de nihilisme autrement dit une érosion de toutes les valeurs(religion, nation…) qui apparaissent aléatoires dans un monde livré à la consommation et au divertissement, mais aussi au chômage de masse. « Le fanatisme est la seule forme de volonté accessible aux faibles » écrivait il.

Nonobstant ce n’est pas parce que l »Europe occidentale n’offre plus de certitudes métaphysiques et idéologiques qu’il faut croire n’importe quoi. Les jeunes qui partent pour le djihad sont d’abord la proie du ressentiment et de l’ennui, d’un désir de reconnaissance aussi. « Le vrai courage consiste à vaincre les petits ennemis« , disait un écrivain.

Il est difficile de donner du sens à sa vie, surtout si on est livré à soi même. Autrefois l’Église catholique proposait un minimum de rituel à tout un chacun, aussi bien à la naissance qu’à la mort. Nous payons cher la déchristianisation de l’Occident.

Breizh-info.com : L’islam (et l’islamisme,) ne remplissent-ils pas le vide spirituel qui parcourt la société européenne à l’heure actuelle ? Que faire pour changer ce processus ? La France et l’Europe ont-elles encore leur place dans l’Histoire selon vous ?

Paul-François Paoli : « Il n’y a pas de peuple d’athées » disait Flaubert. En effet l’islam, avec son credo simple et sa vision binaire du monde divisé entre les honnêtes musulmans et les « ignorants » ou les « pervers », peut satisfaire des gens en quête de colonne vertébrale.

Breizh-info.com : L’image de ces jeunes Allemandes attouchées et violées pour certaines par ces immigrés musulmans à Cologne , sans que personne ne prenne leur défense (ni police, ni citoyens) , n’est-elle pas là le symbole même du déclin de toute une civilisation, incapable de se défendre face à une barbarie que la tyrannie médiatique interdirait presque de condamner car exotique ?

Paul-François Paoli : Je pense en effet que l’Europe occidentale est frappée par une forme de « déclin anthropologique ». Celui-ci se manifeste par trois symptômes essentiels qui sont liés entre eux: nous ne faisons plus d’enfants ou très peu, nous ne croyons plus, ou de moins en moins, en l’Au-delà et nous avons perdu l’instinct de nous défendre quand nous sommes agressés, pour toutes sortes de raisons. Ce qui vient d’arriver à Cologne n’est que l’illustration tragi-comique d’une dépression qui ne peut que réjouir les ennemis de l’Europe, à commencer par les islamistes.

Propos recueillis par Yann Vallerie

Quand la gauche agonise. La République des bons sentiments – Paul-François Paoli – Éditions du Rocher, 17,90 €.

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2016 dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

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2 Commentaires

  1. « Hisser des drapeaux corses en Corse ou bretons en Bretagne ne me dérange nullement, au contraire, à condition que le drapeau français ne soit pas exclu. Je suis pour la reconnaissance de la personnalité bretonne et corse. Mais pour qu’une nation existe en tant que communauté de destin indépendante, il faut que les premiers concernés, à savoir les Corses et les Bretons, le souhaitent; or ce n’est pas le cas. »
    Il est gentil votre colonialiste jacobin. Facile de dire que la Nation Bretonne n’existe pas en tant que communauté de destin après lui avoir retiré toutes ses libertés démocratiques, en ayant rendu les 3 dernières générations honteuses d’elles-mêmes, en assimilant la connaissance de sa culture et de son histoire à un repli sur soi, en divisant le pays en 2, globalement en violant à tour de bras les principes élémentaires des Droits de l’Homme…!
    Mais votre Monsieur sait très bien que ce qu’il avance est faux même si les Bretons sont loin d’avoir retrouvé la confiance en eux….!
    Si ce genre de personnes pensaient ce qu’ils disent, il n’y aurait aucune difficulté à la Réunification Bretonne et au retour d’une Démocratie réelle en Bretagne, la Bretagne étant Française elle ne prendrait pas son indépendance…. Sauf qu’à l’évidence ce n’est pas ce que nous vivons, la République à peur du retour de la Bretagne et la maintien étroitement en cage…! Pire, elle tente de la faire disparaître, comme elle a fait disparaître l’Alsace!
    La France est oui en déclin et pour une simple raison : Et va sacrifier son avenir à la préservation des miettes de son Empire Coloniale, ici en Europe ou dans des îles plus ou moins proches, tentant ainsi de conserver son strapontin au conseil de sécurité de l’ONU qui lui donne une illusion de ce qui n’existe plus depuis déjà bien longtemps.!
    La gloriole nostalgique plutôt que le courage de miser sur l’avenir!
    Les Bretons n’en n’ont cure de cette gloriole… Ils savent qu’ils vivent dans un petit pays d’Europe par la taille, mais le Danemark vit il moins heureux pour autant? Non, car il est plus riche la France!

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