François Delétraz (Le Figaro) : « Quand on est maire de Paris, on ne peut pas être aussi clivante qu’Anne Hidalgo » [Interview]

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François Delétraz, rédacteur en chef au Figaro Magazine, vient avec Yohan Blavignat et Étienne Jacob, journalistes au Figaro, de sortir un livre choc intitulé La Reine-maire de Paris, un livre qui dresse le portrait, sinistre, d’Anne Hidalgo, maire de Paris, capitale de la France.

Une capitale que beaucoup de Bretons n’aiment pas franchement, mais qui, dans le livre de François Delétraz, apparaît gérée de façon calamiteuse, frisant le scandale, par Anne HIdalgo et son équipe municipale. Ainsi, à la Mairie de Paris, les dossiers noirs ne manquent pas : une dette qui a augmenté d’un milliard chaque année sous le mandat d’Anne Hidalgo, et qui atteindra, selon les prévisions, 8 milliards en 2020… Un trafic infernal à cause de plans de circulation faits en dépit du bon sens, notamment aux alentours des gares… Une capitale touristique de plus en plus sale, bien que 560 millions d’euros soient alloués chaque année à ce secteur… La verbalisation du stationnement par des sociétés privées, dont Streeteo, malgré 1 800 pervenches déjà en place, et auxquelles il a donc fallu trouver une nouvelle mission : fustiger les incivilités… Sans parler du fiasco Vélib’, des travaux permanents, de la prolifération des rats, de la fermeture des voies sur berges, d’une politique ambiguë sur le logement social, du coût exorbitant de certains projets architecturaux…

hidalgo

Pour mener à bien cette investigation les auteurs ont rencontré une centaine d’interlocuteurs, et se sont procuré des documents confidentiels. Une enquête sans concession et un sondage exclusif pour éclairer les citoyens sur la façon dont Anne Hidalgo a géré la municipalité.

Pour mieux vous faire découvrir les dessous de cette enquête, nous avons interviewé François Delétraz.

François Delétraz : Je suis journaliste au Figaro depuis 1980. Je m’occupe de la culture, musique, opéra et danse. Je m’occupe également de transports, en matière ferroviaire et aérienne. J’ai eu la chance de faire tous les métiers possibles dans cette grande entreprise qu’est Le Figaro.

Breizh-info.com : Vous lâchez une petite bombe en sortant unouvrage sur Anne Hidalgo. En lisant le livre, on se demande comment Anne Hidalgo a donc fait pour être élue maire de Paris ?

François Delétraz : C’est une bonne question. Elle a réussi, car avant elle envoyait une autre image d’elle-même. Sous les ordres de Bertrand Delanoë, c’était une petite fille tranquille, efficace, neutre. Puis au moment de l’élection, elle avait un caractère fort, mais sympathique. On ne l’imaginait pas jusqu’au-boutiste à ce point.

C’est une fois que l’élection a eu lieu qu’elle a montré son vrai personnage, sa vraie personnalité…

Breizh-info.com : Vous décrivez une femme calculatrice, idéologue, avec un système de réseaux, et surtout qui pratique une gabegie folle, de l’hyper-communication…

François Delétraz : Oui c’est vrai. Nous avons découvert tout cela au fil de l’enquête. Au départ je pensais faire un portrait d’elle pas forcément neutre, mais avec des choses à charge et à décharge. On s’est rendu compte au fil de l’enquête qu’il y avait peu de chose à décharge. Par son attitude, par son idéologie, par le fait qu’elle impose des choses sans jamais faire marche arrière même quand elle se trompe…

Breizh-info.com : Anne Hidalgo en ferait presque devenir sympathique et professionnel Ian Brossat…

François Delétraz : C’est quelqu’un d’excessivement intelligent. Et de très habile. Dans le portrait qu’on a fait de lui, je reconnais son talent de communicant, la connaissance de ses dossiers, la relation particulière qu’il a avec Anne Hidalgo. En revanche, dans le chapitre logement, nous démontons le système qu’il a mis en place, qui coûte une fortune aux Parisiens pour un résultat très moyen.

Breizh-info.com : Dans l’ensemble de votre enquête, qu’est-ce qui vous a le plus choqué dans vos découvertes sur la politique d’Anne Hidalgo ?

François Delétraz : C’est son caractère. Quand on est maire de Paris, on ne peut pas être aussi clivante. Quand on est élu, on ne peut pas dresser les Parisiens, et même les banlieusards, les uns contre les autres, dire aux uns que ce qu’ils font est mal, que les autres font le bien…

Breizh-info.com : Vous avez un exemple précis à ce sujet ?

François Delétraz : Oui, la politique des déplacements. Sous la couverture de dire « je suis contre les voitures polluantes » elle a bâti une politique pour empêcher tous les déplacements quels qu’ils soient. Elle empêche même les autobus de rouler, en raison des aménagements qui sont faits. C’est grave. Anne Hidalgo ne tempère pas une seconde Christophe Nadjowski, son adjoint, qui lui est un vrai ayatollah. Il n’aime que les vélos et les piétons. Il déteste les voitures thermiques ou électriques, les scooters en Crit1 thermique et même les scooters électriques. C’est tout juste s’il aime les autobus.

Breizh-info.com : Vu de Bretagne, quand on va à Paris, on découvre une ville sale, puante, saturée en termes de population, avec un métro dans un état lamentable si l’on compare à d’autres capitales… On se dit que le bilan de la politique de la ville est désastreux non ?

François Delétraz : Les problèmes du métro, on dédouanera Anne Hidalgo de cela, c’est de la responsabilité de la Région. En revanche, la propreté est son problème. C’est de sa faute. Elle a désorganisé les services à tel point que la propreté ne pouvait plus être assurée comme avant. Si on prend l’exemple des nids-de-poule, elle a tellement contraint les services de la voirie à des réductions d’effectifs et de budgets, qu’ils n’ont plus pu faire l’entretien courant. Anne Hidalgo a toujours des décisions très tranchées avec un effet boomerang quelque temps après.

Breizh-info.com : Vous expliquez avoir suivi Anne Hidalgo durant un an. Que s’est-il passé quand elle a su que vous écriviez sur elle ?

François Delétraz : J’étais aux conférences de presse incognito au départ, pendant 6 mois, sans dire que je faisais un livre. Puis elle l’a su, car j’ai commencé à voir beaucoup de monde. Elle est devenue aimable du jour au lendemain, alors qu’avant elle était exécrable. Nous avons fait deux interviews d’elle dans la foulée, et les propos sont dispatchés au fil des chapitres. Car elle manie tellement la langue de bois que nous n’avons choisi que des extraits.

Breizh-info.com : Quelle a été sa réaction à la suite de la sortie du livre ?

François Delétraz : Le livre a été lu très attentivement. Il y a eu des réunions de crise ensuite. Ils ont pris comme politique de communication de dire que c’était un non-évènement.

Breizh-info.com : À un an des élections municipales, cela semble peu probable que cela soit traité comme tel vu les révélations que vous faites. Quid de l’opposition à Anne Hidalgo ? Est-elle forte ? Puissante ? Cohérente ?

François Delétraz : Il y a du potentiel, mais pas d’opposition forte pour le moment. On doit attendre de voir qui seront les candidats face à elle. Federbusch, Bournazel, ce n’est pas jouable. Cela viendra surtout de la République en marche, avec Emmanuel. Griveaux ou pourquoi pas Édouard Philippe.

Breizh-info.com : Qu’est ce qu’Anne Hidalgo a bien fait durant sa mandature ?

François Delétraz : (Soupirs.) L’opposition nous a parlé des commissions sur l’attribution d’un certain nombre de marchés et de lieux emblématiques dans Paris, dont ils reconnaissent la pertinence sur le plan participatif. Mais ce sont des petites choses. Plusieurs décisions auraient pu être judicieuses. Mais c’est la manière dont cela est fait qui pêche. Personne ne va contester que de faire des pistes cyclables c’est bien. Mais quand elles font 4 m de large alors que la voie pour tout le monde fait 3 m 40, c’est une aberration.

La problématique est plus souvent sur la forme que sur le fond, mais la forme a une incidence énorme sur la vie des gens. Anne Hidalgo a rendu le stationnement payant jusqu’à 20 h au lieu de 19 h. Qui est-ce que ça gêne ? Pas les Parisiens qui ont droit au stationnement résidentiel. Mais les banlieusards qui veulent venir à Paris passer la soirée. Cela ne rapporte rien et cela gêne toute l’activité économique du soir à Paris.

Breizh-info.com : Sur la question de l’immigration, Anne Hidalgo n’est pas ministre de l’Intérieur, mais elle a quand même en charge la gestion de sa ville, les attributions de logement sociaux, les centres d’accueil pour migrants… Qu’avez-vous découvert à ce sujet ?

François Delétraz : Pourquoi monte-t-elle au créneau sur ce sujet ? Pas par humanité. Elle est dans une guerre sans merci avec Macron. Chaque fois qu’elle prend position sur les migrants, c’est pour expliquer que l’État ne joue pas son rôle, que les budgets sont insuffisants. Elle est en confrontation permanente. Cela vient de la haine qu’elle voue à Macron.

Breizh-info.com : Pourtant, ils sont proches idéologiquement non ?

François Delétraz : Elle est beaucoup plus à gauche que lui. En plus elle a besoin des écologistes et des communistes pour avoir une majorité.

Breizh-info.com : Anne Hidalgo a-t-elle une chance d’être réélue l’an prochain ?

François Delétraz : On verra qui sera en face d’elle. Si j’étais elle, je me ferais du souci. Pour deux raisons : faire 22 % dans les sondages sans adversaire alors qu’elle était à 34 % au premier tour de la précédente élection, c’est un signe. C’est du jamais vu à ce niveau-là. Le deuxième phénomène, c’est que l’image qu’elle envoie est tellement déplorable qu’en une année, c’est dur à remonter.

Breizh-info.com : Est-ce que le système de vote à Paris n’est pas un peu biaisé ?

François Delétraz : Oui, on peut être élu en ayant moins de voix que l’autre. C’est bien pour cela qu’elle se concentre sur les arrondissements qui rapporteront le plus de conseillers. Elle délaisse ceux qui sont plus centristes ou à droite et qui apportent moins de conseillers. Elle a la même technique que celle de Trump pour les élections américaines, qui se concentraient seulement sur quelques États importants. Elle passe, par exemple, son temps à « faire du terrain » dans le 19e, le 20e… D’autre part elle pousse pour qu’il y ait un maximum de logements sociaux, car elle sait que les gens logés ainsi sont plus enclins à voter pour elle que pour un autre.

Breizh-info.com : Cela marche encore ce système clientéliste ? 

François Delétraz : Quand vous payez un loyer à 600 € au lieu de 1 600 €, vous avez forcément une forme de reconnaissance envers la Ville, c’est humain. À Paris, le nombre de logements privés ne peut quasiment plus augmenter. Donc en rachetant des logements privés et en les transformant en logement social, ils se donnent un appel d’air pour les futures élections.

Propos recueillis par YV

Crédit photos : DR
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine – V

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