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02/05/2016 – 05h00 New York (Breizh-info.com) – Tout au long des élections américaines de 2016, retrouvez chaque vendredi l’analyse de Pierre Toullec, spécialiste de la politique américaine, en exclusivité pour Breizh Info ! L’occasion de mieux comprendre les enjeux et les contours d’élections américaines finalement assez mal expliquées par la majorité de la presse subventionnée – sponsor démocrate de longue date. L’occasion également d’apprendre ce qui pourrait changer pour nous, Européens, suite à l’élection d’un nouveau président de l’autre côté de l’Atlantique.

2016 : la compétition des impopulaires ?

Cette année 2016 a déjà été riche en surprises sur de nombreux plans au cours des derniers mois. Pour ce qui est de l’élection présidentielle américaine, un phénomène particulièrement étrange est observable : la quasi-totalité des candidats à l’élection présidentielle ont une image très négative aux yeux des électeurs américains.

Cette donne est relativement nouvelle. Au cours des précédentes élections, les candidats étaient vus comme étant de qualité. En 2000 et 2004, le président Bush avait une image positive. En 2008, le futur président Obama avait une aura forte et a commencé sa présidence avec un soutien populaire rarement vu même auprès des électeurs républicains. Son adversaire John McCain était un héros de guerre, centriste et apprécié de beaucoup de gens. En 2012, le président Obama avait perdu beaucoup de sa popularité mais avait toujours une image relativement positive, tout comme son adversaire Mitt Romney qui représentait le modèle de l’entrepreneur à succès et aux valeurs familiales fortes.

2016 montre un visage très différent. Les candidats ont chacun de nombreux soutiens fidèles mais, en particulier pour ceux qui ont une chance de remporter les primaires républicaine et démocrate, leur image auprès des électeurs est catastrophique.

Passons-les en revue.

Donald Trump

Donald Trump reçoit un fort soutien de militants très engagés en sa faveur, c’est une certitude. Dans le même temps, il est le candidat à l’élection présidentielle le plus impopulaire ! Sur l’ensemble de la population américaine en âge de voter, 31,6% ont une image positive du candidat contre 63,3% qui le voient négativement !

Donald Trump est aussi le seul candidat républicain qui semble ne pas pouvoir gagner face à Hillary Clinton ou Bernie Sanders. Sur les cinquante-cinq sondages réalisés depuis mai 2015, seuls cinq d’entre eux ont donné le milliardaire gagnant. Il n’est sorti comme favori dans aucun sondage depuis le début du mois de février.

Cette difficulté n’est pas nouvelle et n’est pas liée à sa candidature. En effet, depuis qu’il a annoncé qu’il s’engageait dans la course, son image auprès des électeurs a peu évolué, et ce malgré plusieurs scandales qui ont éclaté suite à certaines de ses prises de position. Donald Trump était déjà fortement connu avant d’être candidat et était très mal perçu. Multimilliardaire agressif, connu pour des émissions peu morales et une forme de mégalomanie le conduisant à nommer toutes ses entreprises « Trump » ont fait que 68% des américains avaient déjà une mauvaise opinion de lui avant qu’il ne déclare officiellement sa candidature. D’un certain point de vue, il est parvenu à améliorer un petit peu son image si l’on compare avec l’opinion que les américains avaient de lui il y a un an.

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Ted Cruz

Le sénateur du Texas doit aussi affronter une forte hostilité de la part des électeurs. Chez les républicains, nombreux sont ceux qui le soutiennent principalement par opposition à Donald Trump plutôt que par adhésion à son discours considéré comme trop libéral par de nombreux cadres et élus du parti.

Auprès de l’électorat général, seuls 34,5% des américains ont une image positive de Ted Cruz, contre 51,2% qui ont une vision négative de sa personnalité. Ces résultats sont certainement meilleurs que ceux de Donald Trump mais le met en difficultés pour l’élection de novembre s’il devenait le nominé républicain.

Ces chiffres ne sont pas nouveaux. Dès son élection en 2012, républicains et démocrates avaient une image négative du sénateur. Sa défense radicale des idées libérales associée à de fortes opinions religieuses l’ont rapidement catalogué parmi les élus les plus conservateurs. Le vrai problème est qu’il s’est fait élire au Texas sur un discours anti-républicain, affirmant que les élus du parti républicain étaient souvent des alliés indirects de la gauche. Au cours de ses trois années au Sénat, Ted Cruz n’a pas hésité à s’en prendre directement aux élus et aux cadres de son parti qui ne se battaient pas assez contre le programme du président Obama et des élus démocrates. En conséquence, nombre de républicains – cadres et électeurs – voient Ted Cruz d’un mauvais œil et ce depuis plusieurs années.

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Cruz

John Kasich

Paradoxalement, le candidat le moins populaire auprès des républicains est celui qui bénéficie de la meilleure image auprès des électeurs. 40,3% d’entre eux ont une image positive du gouverneur de l’Ohio et seulement 31,9% ont une image négative de sa personnalité.

Pourtant, John Kasich n’est parvenu à gagner que dans un seul Etat (le sien) et n’a pas gagné suffisamment de délégués pour espérer remporter la primaire. Sa seule chance serait en cas de convention négociée dans laquelle aucun candidat ne parviendrait à recevoir la nomination du parti. Il est probable que sa faiblesse dans les résultats électoraux explique sa meilleure image : peu menaçant pour ses adversaires, il est principalement ignoré, est moins interviewé et n’est pas attaqué par Ted Cruz et Donald Trump alors que ces deux derniers rivalisent de publicités agressives et d’attaques personnelles. Donald Trump est même allé jusqu’à comparer le physique de leurs femmes respectives en en faisant un argument pour démontrer sa supériorité sur le Texan !

Hillary Clinton

Fort heureusement pour les républicains, la probable candidate du parti démocrate, Hillary Clinton, souffre elle-aussi d’une image désastreuse auprès des électeurs. Plus impopulaire que Ted Cruz, ses résultats sont proches de ceux de Donald Trump : 40,7% des américains ont une image positive d’elle contre 54,7% qui ont une image négative de sa candidature et de sa personnalité.

En cas d’affrontement avec Ted Cruz ou Donald Trump, la question que les américains devront se poser ne sera pas « quel candidat a ma préférence ? » mais « quel candidat je déteste le moins ? »

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Bernie Sanders

Paradoxe complet : l’adversaire de Hillary Clinton dans la primaire démocrate a du mal à rattraper son retard. Peu connu du grand public avant de se lancer dans la course, il est aujourd’hui le candidat le plus populaire de tous les compétiteurs ! 49,5% des électeurs ont une image positive de lui contre 41% qui ont une image négative.

La surprise est particulièrement forte quand on observe le fort décalage entre les opinions qu’il exprime comparé à celles partagées par la majorité des américains. Bernie Sanders, candidat représentant l’extrême-gauche américaine, est vu positivement même par des électeurs républicains ! Tous ses adversaires souffrent d’une difficulté semblable : les électeurs pensent qu’ils sont prêts à faire de nombreuses promesses pour être élu sans réellement être en mesure de les tenir ou de vouloir les tenir. Hillary Clinton a la pire des images à ce sujet : lorsqu’il leur est donné de dire quelle est la première image qu’ils ont de Clinton, 21% des américains affirment d’abord qu’elle est malhonnête et menteuse ! A l’inverse, même les électeurs qui sont en désaccord avec Bernie Sanders le voient comme un candidat honnête, qui dit réellement ce qu’il pense tout en ayant le courage de s’attaquer au système politique et financier américain.

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Le trublion libéral

Quelques peu passés à la trappe médiatique au cours des dernières semaines, les libéraux américains pourraient sortir leur épingle du jeu de cette situation historique étonnante. Ce mouvement s’est fortement développé au cours des dernières années en particulier suite à la candidature de Ron Paul à l’élection présidentielle en 2007. Basé sur trois idées fortes : une très faible taxation, rendre le pouvoir aux Etats locaux plutôt qu’à l’Etat Fédéral et supprimer la FED, la banque centrale américaine, il s’est rendu mondialement connu avec la montée des TEA Party de 2009 à 2012. La lourde défaite de Rand Paul aux primaires républicaines de 2016 ont fait quelque peu oublier l’importance de ce mouvement, comme une parenthèse qui se serait fermée. Ted Cruz reste le seul rescapé à représenter certaines de ces idées.

Où sont passés ces électeurs ? La réponse est apparue au cours des derniers jours : ils se détournent massivement des partis démocrates et républicains. Selon un récent sondage, dans le cas d’un affrontement entre Trump et Clinton, le favori du Libertarian Party, Gary Johnson, recevrait 11% des voix, contre 34% pour Trump et 42% pour Clinton. Si ces chiffres se confirment dans les prochains mois, le parti libéral réaliserait le plus fort score de son histoire. De plus, aucun candidat en dehors des partis républicains et démocrate n’a eu un tel impact dans une élection présidentielle depuis 1996. Enfin, Gary Johnson est pour le moment très largement inconnu. S’il parvient à montrer un support aussi fort pendant les prochains mois, alors les médias américains seront forcés de lui donner un temps de parole équivalent aux partis républicains et démocrates et potentiellement de l’inclure dans les débats présidentiels.

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Cette année électorale 2016 continue de nous surprendre.

Retrouvez les articles précédents :

1 – L’Iowa et Ted Cruz (5 février 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/02/05/usa-iowa-retour-sur-la-victoire-de-ted-cruz-aux-primaires-republicaines/)

2 – Le New Hampshire et Donald Trump (12 février 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/02/12/new-hampshire-retour-victoire-trump-primaire-republicaine/)

3 – Le décès du juge Scalia (19 février 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/02/19/elections-usa-les-consequences-du-deces-du-juge-scalia/)

4 – L’ascension de Donald Trump (26 février 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/02/26/39697/etats-unis-donald-trump-poursuit-son-ascension)

5 – Qui a réellement gagné le Super-Tuesday du 1er mars ? (4 mars 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/03/04/40056/elections-americaines-qui-a-gagne-super-tuesday)

6 – La convention républicaine de 2016 : l’arrivée d’une crise politique majeure ? (11 mars 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/03/11/40308/elections-americaines-convention-republicaine-de-2016-larrivee-dune-crise-politique-majeure)

7 – La primaire républicaine : une course à deux ou à trois ? (18 mars 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/03/18/40559/etats-unis-la-primaire-republicaine-post-15-mars-2016-une-course-a-deux-ou-a-trois)

8 – Les conséquences des attentats du 22 mars sur les élections américaines (25 mars 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/03/25/40896/consequences-attentats-22-mars-elections-americaines)

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