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25/03/2016 – 12h45 Washington (Breizh-info.com) – Tout au long des élections américaines de 2016, retrouvez chaque vendredi l’analyse de Pierre Toullec, spécialiste de la politique américaine, en exclusivité pour Breizh Info ! L’occasion de mieux comprendre les enjeux et les contours d’élections américaines finalement assez mal expliquées par la majorité de la presse subventionnée – sponsor démocrate de longue date. L’occasion également d’apprendre ce qui pourrait changer pour nous, Européens, suite à l’élection d’un nouveau président de l’autre côté de l’Atlantique.

Les attentats du 22 mars

Avons-nous été choqués par les attentats de ce mardi à Bruxelles ? Pour de plus en plus d’individus, la sensation d’horreur bien présente se mélange à une forme de fatalité. Dans l’ensemble de l’occident, ils deviennent pratiquement réguliers. Quasi-hebdomadaires en Israël, leur nombre a fortement augmenté dans l’ensemble de l’Europe, de l’Amérique du Nord, mais aussi en Afrique. Quel impact sur les élections américaines ?

La réaction de Donald Trump

La réaction de Donald Trump aux attentats de Bruxelles ne s’est pas faite attendre. Peu de nouveautés ont été annoncées car son programme sur la sécurité et l’immigration est le plus développé de toutes ses propositions, ce depuis longtemps. Des précisions sur sa pensée et sa volonté de réagir face aux menaces extérieures et intérieures ont cependant été précisées.

Depuis le début de cette campagne, Donald Trump n’a pas caché sa vision à tendance isolationniste. Ses premières réactions furent donc orientées sur les questions de sécurité intérieur pour empêcher qu’un nouvel attentat comme à Bruxelles, Paris ou San Bernardino ne se réalise. Première mesure : organiser un contrôle beaucoup plus strict des mosquées. Cependant, Donald Trump n’est pas allé jusqu’aux positions du ministère de l’intérieur Français : il considère que l’Etat Fédéral doit mettre en place une observation systématique de tout ce qui est dit dans les mosquées et ficher tous ceux qui viennent aux prêches les plus radicales. Il n’a pas affirmé vouloir fermer les mosquées, notamment salafistes, comme le gouvernement français l’a fait pour certaines.

Le fichage des citoyens américains musulmans est pour lui important car il observe que bien qu’une minorité d’entre eux soit potentiellement des terroristes qui passeront à l’acte, ceux qui ne passent pas à l’acte ne dénoncent pas ceux qui se radicalisent ou expriment des menaces contre les Etats-Unis. Pour cela, il affirme que l’ensemble de la communauté musulmane qui vit en Occident est indirectement complice des auteurs des attentats terroristes.

Afin de lutter contre cette menace et pour empêcher la croissance de la population de confession musulmane, Donald Trump a confirmé sa volonté d’interdire (temporairement mais sans définir davantage ce qu’il entend par « temporairement ») l’entrée sur le territoire américain de toute personne de confession musulmane qui ne serait pas aujourd’hui citoyen américain. Précisons que la population musulmane des Etats-Unis n’a pas la même ampleur qu’en Europe. Seuls un peu moins de 1% des résidents dans les cinquante Etats et les territoires se revendiquent de l’Islam selon le dernier recensement de 2010, soit un peu moins de 3,3 millions de personnes.

Enfin, Donald Trump a certes la volonté de rapatrier l’ensemble des forces militaires américaines sur le territoire américain car il considère que les Etats-Unis n’ont pas à payer pour la protection du reste du monde démocratique. En revanche, il conserve une exception : ISIS doit être détruite. Son opinion est que les stratégies utilisées contre l’Allemagne et le Japon durant la Seconde Guerre Mondiale ne sont plus d’actualité. Il prend notamment pour exemple les échecs des interventions en Afghanistan, Irak et Lybie. Plutôt que de viser les installations militaires, le milliardaire prône une destruction systématique et totale de l’intégralité des champs pétroliers contrôlés par ISIS afin de supprimer leurs sources de financement. Dans le même temps, Trump observe que ISIS utilise la torture et cible les civils. Les Etats-Unis, qui suivent la Convention de Genève, ne le font pas. Pour lui, c’est pour cela que les Etats-Unis et l’Occident perdent la guerre au Moyen-Orient. L’ex-démocrate souhaite que les forces américaines ciblent directement les civils et en particulier les familles des membres soupçonnés d’ISIS. Il ajoute qu’il faut appliquer – comme ISIS – la torture de manière large (ne pas se limiter au Waterboarding) pour pouvoir avoir des réponses. Notamment, Donald Trump a affirmé qu’en ayant torturé Salah Abdeslam, qui a fui Paris pour la Belgique après les attentats du 13 novembre, il aurait été possible d’empêcher les attaques de Bruxelles.

La réaction de Ted Cruz

La réaction de Ted Cruz fut plus modérée, malgré les cris d’effroi de plusieurs commentateurs de gauche.

Pour le sénateur du Texas, l’Etat – qu’il soit fédéral ou local – a bel et bien un rôle à jouer dans la sécurisation du territoire. La première menace, de son point de vue, est l’existence d’ISIS qui finance, arme et envoi des terroristes dans le monde entier, mais particulièrement en Europe et en Amérique du Nord. Afin de contrer de nouvelles attaques potentielles, il considère qu’il faut tout d’abord nommer la menace telle qu’elle est, c’est-à-dire le terrorisme Islamique radical : des mots que le président Obama refuse d’utiliser. Deuxièmement, il faut exterminer la menace que représente ISIS. Pour ce faire, le sénateur a repris la position qu’il défend depuis plusieurs années : il faut cesser d’intervenir dans l’ensemble des pays du monde, les Etats-Unis ne doivent pas jouer le rôle de gendarmes du monde, mais lorsqu’une menace telle que ISIS grandit et s’attaque aux Etats-Unis et à ses alliés, alors les forces américaines doivent être utilisées entièrement pour éradiquer la menace.

Ted Cruz souhaite qu’un plan méthodique de tapis de bombe (« Carpet Bombing ») soit mis en place contre les places fortes d’ISIS et ses intérêts économiques afin d’éradiquer toute poche de résistance avec une stratégie semblable à celle de la seconde guerre mondiale, puis armer les Kurdes et laisser ces derniers et les pays Arabes autour récupérer le contrôle militaire du territoire d’ISIS.

Enfin, Ted Cruz a affirmé que le projet du président Obama d’autoriser 300.000 réfugiés Syriens à entrer sur le territoire américain doit être immédiatement stoppé. Dans son projet de contrôle des frontières, il ne souhaite pas empêcher l’immigration mais considère que chaque individu non-citoyen américain qui entre sur le territoire doit être contrôlé avec une analyse des fichiers de terroristes tenus par les services secret ainsi que des publications réalisées dans les médias et sur les réseaux sociaux : en cas de risque, une interdiction totale d’entrée sur le territoire doit être appliquée.

Le sénateur a aussi fortement attaqué Donald Trump, affirmant que le souhait de ce dernier de voir les Etats-Unis quitter l’OTAN et rester neutre dans le conflit Israélo-Arabe démontre que Donald Trump ne comprend pas le monde ni la menace de l’Occident. Ted Cruz a répété et confirmé sa position : afin de lutter contre l’extrémisme Islamiste, les Etats-Unis doivent être clairement du côté d’Israël et toute négociation avec les populations arabes occupant les territoires de Cisjordanie doivent cesser tant qu’ils ne reconnaissent pas la légitimité d’Israël à exister et le fait que Jérusalem est la capitale de ce pays. Pour lui, les positions de Donald Trump démontrent que ce dernier a une position « de gauche de relativisme moral » et qu’il refuse de voir qu’il y a dans le monde des alliés des Etats-Unis qui partagent leurs valeurs et des ennemis qui n’hésitent pas à viser des civils et des innocents, qui doivent être combattus. Enfin, Ted Cruz a fortement condamné la volonté de Donald Trump d’utiliser les mêmes stratégies qu’ISIS : viser les familles civiles et utiliser la torture.

Enfin, sur le territoire fédéral, Ted Cruz souhaite voir la mise en place de contrôles policiers plus réguliers au sein des quartiers dans lesquels il y a une majorité de population musulmane. Cependant, il considère toujours que la constitution américaine doit être respectée et donc qu’aucun contrôle de police sur un individu ou dans une propriété privée ne peut être réalisée sans un mandat signé par un juge.

Les conséquences dans l’opinion américaine

Il est trop tôt pour dire quelles seront les conséquences de ces attentats dans l’opinion américaine. La fréquence de plus en plus grande crée une forme de fatalisme. Dans le même temps, la population nord-américaine est moins touchée par la montée de l’Islamisme, la religion musulmane elle-même étant peu visible sur le territoire américain. Cependant, 25 années de guerres au Moyen-Orient ont créé cette sensation forte que l’Islam est une menace plus dangereuse que la Russie. C’est pour cela que le discours de Donald Trump raisonne particulièrement fort. Ted Cruz lui aussi met en garde contre le danger que représente l’Islam radical, mais il est moins audible sur ce sujet que ne l’est son adversaire.

En revanche, son positionnement en faveur de la défense sans concession de la constitution – et donc du droit de port d’arme – lui permet de conserver un argument de poids : pour lutter contre les terroristes et la menace de l’Islam radical, il faut rendre à chaque citoyen le droit de se défendre et donc supprimer toutes les « gun-free zones », c’est-à-dire les zones dans lesquelles le droit de port d’arme est interdit (principalement les lieux publics tels que les mairies, les écoles, les universités et beaucoup de zones commerciales).

Les prochaines semaines nous donneront une meilleure vision des conséquences électorales de ces nouveaux attentats.

Les résultats du 22 mars

Alors que la nouvelle des attentats en Europe leur arrivait, les américains de l’Utah et de l’Arizona se sont rendus aux urnes. Les résultats ont plus ou moins été ce qu’attendaient les observateurs : une victoire de Donald Trump en Arizona, lui permettant de récupérer les 58 délégués disponibles et une victoire de Ted Cruz en Utah. Ce qui n’était pas prévu fut l’ampleur de la victoire de Ted Cruz. Pour la première fois depuis le début de cette primaire, il est parvenu à dépasser la barre des 50%, ce qu’aucun autre candidat n’est parvenu à faire (les seules exceptions furent dans des territoires non-reconnus comme Etats).

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Dans ces circonstances, certes Donald Trump est parvenu à creuser un peu plus l’écart avec son adversaire, mais chaque délégué gagné par un autre candidat est une chance de moins pour le milliardaire d’atteindre les 1237 délégués nécessaires. La course est encore loin d’être terminée.

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*Les règles de chaque Etat diffèrent et peuvent faire légèrement évoluer le nombre de délégués « libres » en fonction de la tenue des différentes conventions qui se tiendront au cours des mois d’avril, de mai et de juin, ainsi qu’en fonction des règles qui seront votées au début de la convention. Ce chiffre est donc indicatif et pourrait varier d’ici à la mi-juillet de la manière suivante : les délégués gagnés par un candidat qui a abandonné la course pourraient finalement leur être liés plutôt que « libres ».

Les prochaines étapes électorales

Les quatre prochaines semaines vont être particulièrement calmes pour ce qui est de résultats électoraux. Contrairement au mois de mars, très peu d’Etats et de territoires vont se prononcer avant le 26 avril. Quelques exceptions : le Dakota du Nord va tenir la seconde partie de l’élection de ses délégués mais ceux-ci ne seront pas liés à un candidat. Les deux vrais prix à venir seront le Wisconsin le 5 avril puis New-York le 19. L’enjeu est de taille. Donald Trump est le grand favori à New-York, sa ville d’origine dans laquelle il est particulièrement connu. La question est : quelle sera sa marge de victoire ? L’Etat fonctionne en « winner-take-all » mais par circonscription législative au lieu de l’Etat en entier. Une large victoire pourrait lui permettre de récupérer l’ensemble des 95 délégués et le rapprocher solidement des 1237. En revanche, si une fois de plus il ne parvient pas à dépasser les 50%, alors remporter la primaire deviendra très difficile pour le milliardaire.

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Retrouvez les articles précédents :

1 – L’Iowa et Ted Cruz (5 février 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/02/05/usa-iowa-retour-sur-la-victoire-de-ted-cruz-aux-primaires-republicaines/)

2 – Le New Hampshire et Donald Trump (12 février 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/02/12/new-hampshire-retour-victoire-trump-primaire-republicaine/)

3 – Le décès du juge Scalia (19 février 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/02/19/elections-usa-les-consequences-du-deces-du-juge-scalia/)

4 – L’ascension de Donald Trump (26 février 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/02/26/39697/etats-unis-donald-trump-poursuit-son-ascension)

5 – Qui a réellement gagné le Super-Tuesday du 1er mars ? (4 mars 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/03/04/40056/elections-americaines-qui-a-gagne-super-tuesday)

6 – La convention républicaine de 2016 : l’arrivée d’une crise politique majeure ? (11 mars 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/03/11/40308/elections-americaines-convention-republicaine-de-2016-larrivee-dune-crise-politique-majeure)

7 – La primaire républicaine : une course à deux ou à trois ? (18 mars 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/03/18/40559/etats-unis-la-primaire-republicaine-post-15-mars-2016-une-course-a-deux-ou-a-trois)

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