White power

29/04/2016 – 12H00 New York (Breizh-info.com) – Tout au long des élections américaines de 2016, retrouvez chaque vendredi l’analyse de Pierre Toullec, spécialiste de la politique américaine, en exclusivité pour Breizh Info ! L’occasion de mieux comprendre les enjeux et les contours d’élections américaines finalement assez mal expliquées par la majorité de la presse subventionnée – sponsor démocrate de longue date. L’occasion également d’apprendre ce qui pourrait changer pour nous, Européens, suite à l’élection d’un nouveau président de l’autre côté de l’Atlantique.

Donald Trump : la victoire au bout des doigts ?

Ce mardi 26 avril, Donald Trump a réalisé un grand-chelem électoral. Cinq Etats du Nord-Est, pour lesquels il était considéré comme le favori, se sont exprimés. Dans chacun, Trump a dépassé les 50% des voix – parfois largement – lui permettant de remporter 109 des 117 délégués en jeu !

A la suite de ces résultats, Donald Trump a proclamé que la primaire était terminée, qu’il était désormais garanti d’être le nominé républicain et qu’il tournerait désormais sa campagne contre les démocrates.

Le fait que le milliardaire parvienne ainsi à dépasser les 50% des voix depuis les résultats de New York n’est pas un fait anodin : il n’était parvenu à réaliser des scores semblables dans aucun des Etats ou territoires ayant précédemment voté. Ceci donnait à ses adversaires l’argument que la majorité des électeurs républicains ne voulaient pas de Donald Trump et que ce dernier était bloqué à un plafond qui tournait entre 35 et 45% des votes. En perçant ce plafond a six reprises en l’espace d’une semaine, il se crée une légitimité à laquelle aucun autre candidat ne peut prétendre.

Autre avantage non négligeable : il ne reste désormais plus suffisamment de délégués à remporter d’ici au 7 juin pour permettre à Ted Cruz de gagner la primaire. Autrement dit, Donald Trump est le seul candidat à pouvoir dépasser le chiffre de 1237 et pour cela, il n’a besoin de gagner que 42% des délégués encore disponibles. Enfin, même s’il était trop court de quelques dizaines de représentants à la convention, l’important nombre de délégués libres lui offre une chance supplémentaire : si quelques-uns décident de soutenir Trump, alors la victoire lui sera assurée même s’il n’avait pas obtenu les 1237 avant la convention.

Donald Trump peut-il encore être arrêté ?

L’espoir des adversaires du milliardaire était de parvenir à continuer à grappiller suffisamment de délégués jusqu’au 7 juin pour forcer une convention contestée. La stratégie de Ted Cruz, John Kasich et leurs alliés était basée sur le fait que jamais Donald Trump n’était parvenu à dépasser 50% comme nous l’avons vu. Cependant, ses très larges victoires du nord-est à New York et cette semaine étaient inattendues de par leur ampleur.

Il reste deux arguments en faveur de ses adversaires : le premier est que malgré ses derniers résultats particulièrement positifs, l’électorat républicain reste très divisé sur le plan national. La moyenne des quatre derniers sondages sur la primaire donne 43% de soutien à Donald Trump, 30% pour Ted Cruz et 21% pour John Kasich. Autres sondages d’importance, Donald Trump reste le candidat le plus impopulaire des deux partis et perdrait très largement dans un duel contre Hillary Clinton en recevant à peine 40% des voix des électeurs américains. Ceci donne un second argument en faveur de ses adversaires : Donald Trump ne peut pas gagner à l’élection générale de novembre.

Quoi qu’il arrive, la primaire ne sera pas terminée avant le 7 juin au plus tôt. Cela laisse un peu plus d’un mois au sénateur Cruz et au gouverneur Kasich pour convaincre les électeurs des Etats de l’Ouest de se détourner du New Yorkais. Cette tâche sera particulièrement ardue car les électeurs de droite expriment un très fort mécontentement à l’encontre de cette primaire, particulièrement négative et agressive, basée sur des attaques en-dessous de la ceinture et une absence partielle du débat d’idées. En clair, même des électeurs qui ne veulent pas de Donald Trump pourraient choisir de voter pour lui pour en finir avec ce spectacle qu’ils jugent honteux pour leur propre parti.

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En clair, il ne reste que deux possibilités pour que Donald Trump ne remporte pas la nomination républicaine :

– Ted Cruz et John Kasich, qui se sont officiellement alliés pour empêcher Trump de remporter la nomination, parviendront à grappiller suffisamment d’électeurs pour l’empêcher d’atteindre les 1237. Le problème est que si cette stratégie semblait encore facilement réalisable il y a dix jours, cette possibilité semble désormais particulièrement difficile.

– Si Ted Cruz et John Kasich ne parviennent pas à bloquer l’avance de Donald Trump, la dernière chance pour qu’un autre que lui ne soit désigné sera de parvenir à faire élire suffisamment de délégués liés au milliardaire légalement mais qui personnellement ne voudront pas de lui. Cela leur permettrait de modifier les règles de la nomination républicaine avant la désignation du candidat, de se libérer du lien légal et voter pour le candidat de leur choix en allant à l’encontre du vote des électeurs. Cette possibilité reste du domaine de l’improbable mais est de plus en plus discutée par des stratèges républicains. Les conséquences pourraient être terribles pour le parti, créant une véritable révolte de l’électorat de Donald Trump qui pourrait choisir d’abandonner purement et simplement ce parti et encourager leur favori à se présenter en indépendant.

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*Les règles de chaque Etat diffèrent et peuvent faire légèrement évoluer le nombre de délégués « libres » en fonction de la tenue des différentes conventions qui se tiendront au cours des mois d’avril, de mai et de juin, ainsi qu’en fonction des règles qui seront votées au début de la convention. Ce chiffre est donc indicatif et pourrait varier d’ici à la mi-juillet de la manière suivante : les délégués gagnés par un candidat qui a abandonné la course pourraient finalement leur être liés plutôt que « libres ».

Le parti républicain parviendra-t-il à refermer les blessures de cette campagne ?

Qu’importe la manière dont les événements vont s’enchaîner au cours des prochaines semaines : le parti républicain va sortir profondément divisé et affaibli par cette primaire, bien plus qu’en 1976. Contrairement à ce qu’il s’est passé il y a quarante ans, il n’y a pas deux mouvements solides et complémentaires qui semblent devoir ressortir de ces derniers mois. Au contraire, la situation semble inversée. Le mouvement que l’on appelle « conservateur » aux Etats-Unis qui regroupe traditionnalistes et libéraux n’avait pratiquement aucune prise sur les élections et dans les médias après la seconde guerre mondiale. Au cours des années 1960, il n’existait pas réellement de mouvement conservateur, les républicains et les démocrates étant plutôt progressistes. L’exception de la victoire à la primaire républicaine de 1964 de Barry Goldwater, qui a connu après l’une des pires défaites du parti républicain depuis sa fondation.

Au cours des années 1960 et 1970, les quelques membres de ce mouvement ont travaillé dur pour créer un lien fort entre les intellectuels et les électeurs, une réalité qui faisait défaut aux conservateurs. Après un travail de terrain et intellectuel de plus de vingt ans, les conservateurs sont parvenus à faire gagner Ronald Reagan basé sur la théorie des « trois jambes » du conservatisme : libéralisme économique et libre-échange, traditionalisme et importante politique de défense militaire. Ces trois valeurs majeures ont permis de créer une large coalition qui a donné le pouvoir aux conservateurs pour la première fois depuis la fin du XIXème siècle et a dominé une importante partie du débat politique et philosophique pendant les quarante dernières années.

2016 semble avoir changé la donne. La révolte des TEA Party de 2009 – 2011 a renforcé la branche libérale du parti républicain et quelques peu modifié la direction de ce parti. Il est possible que la primaire de 2016 soit la conséquence inverse de ce qu’ont défendu ses représentants. Les deux sénateurs les plus emblématiques des TEA Party, Marco Rubio et Ted Cruz, ont été incapables de percer réellement. Le mouvement que représente Donald Trump semble être aux antipodes de ce court « réveil conservateur » qui a dominé le premier mandat du président Obama.

Au contraire des TEA Party et de ce que défendent les intellectuels et dirigeants conservateurs, Donald Trump propose une politique plus progressiste, avec davantage d’intervention de l’Etat dans l’économie, dans la santé et dans la redistribution. Il propose aussi des hausses d’impôts, ce qui était inimaginable au sein du parti républicain il y a seulement quatre ans. Enfin, il propose une ligne beaucoup plus dure sur l’immigration que ce que les conservateurs traditionnels défendaient.

Les intellectuels conservateurs se sont rapidement ligués contre Donald Trump, affirmant au cours du second semestre de 2015 que sa candidature était une blague et qu’il n’avait aucune chance. En 2000, 2008 et 2012, l’opinion de ces leaders était particulièrement importante et écoutée. Se mettre à dos les grands journaux conservateurs tels que National Review (par exemple) rendait improbable une victoire à la primaire. En 2016, l’inverse est apparu.

La convention de Cleveland sera douloureuse pour le parti républicain. La ligne libérale-conservatrice défendue par Ted Cruz et ses alliés a été en partie rejetée par une part importante de l’électorat de droite, une première depuis 1980 ! Deux courants profondément opposés se sont développés, et ceux qui se présentaient comme les défenseurs des plus pauvres, du peuple, les conservateurs, sont désormais vu par un grand nombre d’électeurs comme faisant partie des élites intellectuelles et politiques en décalage avec les souhaits populaires. Un phénomène similaire est observable chez les démocrates, mais il n’a pas pris cette ampleur.

Les blessures de cette primaire seront difficiles à refermer et quoi qu’il arrive, le risque d’une scission du parti en cas de victoire de l’un ou l’autre camp. Il est trop tôt pour dire si ce phénomène va perdurer ou bien si 2016 aura été une année particulière, mais si cette division entre les électeurs et les élites conservatrices continuent, l’ensemble de la politique américaine pourrait en être modifiée pour les années à venir.

Retrouvez les articles précédents :

1 – L’Iowa et Ted Cruz (5 février 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/02/05/usa-iowa-retour-sur-la-victoire-de-ted-cruz-aux-primaires-republicaines/)

2 – Le New Hampshire et Donald Trump (12 février 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/02/12/new-hampshire-retour-victoire-trump-primaire-republicaine/)

3 – Le décès du juge Scalia (19 février 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/02/19/elections-usa-les-consequences-du-deces-du-juge-scalia/)

4 – L’ascension de Donald Trump (26 février 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/02/26/39697/etats-unis-donald-trump-poursuit-son-ascension)

5 – Qui a réellement gagné le Super-Tuesday du 1er mars ? (4 mars 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/03/04/40056/elections-americaines-qui-a-gagne-super-tuesday)

6 – La convention républicaine de 2016 : l’arrivée d’une crise politique majeure ? (11 mars 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/03/11/40308/elections-americaines-convention-republicaine-de-2016-larrivee-dune-crise-politique-majeure)

7 – La primaire républicaine : une course à deux ou à trois ? (18 mars 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/03/18/40559/etats-unis-la-primaire-republicaine-post-15-mars-2016-une-course-a-deux-ou-a-trois)

8 – Les conséquences des attentats du 22 mars sur les élections américaines (25 mars 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/03/25/40896/consequences-attentats-22-mars-elections-americaines)

9 – 2016 : la compétition des impopulaires ? (2 avril 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/04/02/41152/elections-americaines-2016-competition-impopulaires)

10 – Le 5 avril 2016 : un tournant dans les primaires ? (8 avril 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/04/08/41594/usa-5-avril-2016-tournant-primaires-republicaines-democrates)

11 – L’Etat de New York : la surprise (22 avril 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/04/22/42453/elections-usa-letat-de-new-york-surprise)

Crédit photo : DR
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2 Commentaires

  1. Ce n’est pas vrai que Trump voudrait aggraver les politiques de redistribution.
    Il a seulement renoncé à remettre en cause celles que tous les gouvernements républicains avant lui ont été incapables aussi bien de réformer que de supprimer.
    Ce qui est certain en revanche, c’est qu’il est le seul qui puisse arrêter ces deux catastrophes socialistes que sont l’immigration illégale et néanmoins massivement subventionnée, et Obamacare avant que le monstre ne détruise totalement ce qui reste de l’économie américaine.
    Pour relancer l’économie ce qu’il propose c’est des baisses d’impôts, la seule hausse proposée concernant les financiers qui tirent les ficelles dans les deux grands partis.
    Ce qu’il propose à la place d’Obamacare c’est ce dont les libéraux rêvent depuis des lustres, sans que leurs dirigeants politiques soient jamais parvenus à le faire voter.

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