J-F Copé (LR) : « Notre-Dame-des-Landes est l’illustration même de l’absence de commandement que je dénonce » [interview]

A LA UNE

07/06/2016 – 08H00 Locarn (Breizh-info.com) – Jean-François Copé, candidat (Les Républicains) à la primaire de la droite pour l’investiture à l’élection présidentielle de 2017, était à l’Institut de Locarn vendredi 3 juin 2016. Son passage en Bretagne, à l’occasion duquel il a tenu des réunions publiques à Pléneuf-Val-André (22) et à Landerneau (29), lui aura permis de rencontrer des élus locaux, mais aussi des entrepreneurs, des agriculteurs et des forces vives de la Bretagne.

Jean-François Copé s’est présenté à l’Institut de Locarn en compagnie d’Agnès Le Brun, maire de Morlaix, mais aussi de Patrick Le Lay, ancien président de TF1 et du Stade Rennais. Marc Le Fur les a rejoins dans l’après-midi afin de participer à ce débat qui aura rassemblé une centaine de personnes. L’Institut de Locarn  souhaite en effet inviter l’ensemble des candidats potentiels à l’élection présidentielle de 2017 à venir présenter leur projet.

Durant plusieurs heures, Jean-François Copé a présenté une partie de son projet présidentiel, notamment sur l’aspect économique. Point central de ce projet, 15 ordonnances prises dans les 40 jours suivant son élection, ordonnances légalement basées sur l’article 38 de la Constitution française qui permet au président de la République de demander au Parlement de prendre des mesures par ordonnances durant un délai limité.

Jean-François Copé, qui s’est déclaré hostile aux référendums « qui peuvent saborder le travail d’une majorité en fonction de quelques aléas d’actualité » estime en effet qu’en l’élisant, le peuple donne au président de la République le signal pour mettre en place les réformes qu’il prône dans son programme électoral, réformes qu’il faut mettre en place immédiatement. « Les 5 années qui suivent l’élection doivent être essentiellement faites pour constater l’efficacité et la bonne application des mesures prises immédiatement après l’élection » a déclaré cet admirateur de Bonaparte, de Charles de Gaulle ou encore de Margaret Thatcher.

Devant le scepticisme, voire une forme de pessimisme d’une partie du public de Locarn quant à l’avenir de la France, Jean-François Copé s’est voulu particulièrement offensif et positif, « sinon, on ferme la boutique dès maintenant ». Fustigeant la CGT, le « gauchisme », les blocages des syndicats et la violence des casseurs, le candidat à l’investiture à droite a tenu un langage incisif durant l’ensemble de son intervention.

S’affirmant « de droite décomplexée », M. Copé a toutefois rappelé « qu’on avait frôlé la catastrophe » en évoquant l’élection présidentielle autrichienne.  Ce qui a fait dire à un de nos journalistes présents qu’il y a là un paradoxe entre s’affirmer de droite décomplexée, et se féliciter de la victoire d’un candidat de gauche radicale en Autriche face au FPÖ. Réponse de Jean-François Copé : « il n y a aucune place pour le dialogue avec les partis d’extrême-droite, cela n’est pas incompatible avec se dire de droite décomplexée».

Face à un public sensible à la question des régions, à la liberté d’entreprendre, à la libération des énergies régionales, Jean-François Copé a rappelé qu’il souhaite qu’un « leadership» donne les grandes orientations. L’homme semble en effet plutôt réservé quant aux pouvoirs donnés aux autonomies régionales . Prenant l’exemple allemand, il explique que l’autonomie des länders était fréquemment source de blocage avec les autorités gouvernementales, et qu’il était ainsi difficile de globaliser les réformes. Autre raison de la crainte de M. Copé vis-à-vis du pouvoir jugé excessif donné aux collectivités régionales et locales : le coût des fonctionnaires locaux et l’augmentation du déficit budgétaire en fonction des étiquettes politiques qui dirigent.

L’heure tournant, Jean-François Copé n’aura pas eu le temps de parler d’autres aspects majeurs de son programme politique. Nous avons pu toutefois obtenir quelques réponses lors d’une interview qu’il a bien voulu nous accorder.

Breizh-info.com : Quel regard portez-vous sur votre séjour en Bretagne ?

Jean-François Copé (LR) : Ce fût très touchant sur le plan affectif puisque j’ai démarré ma vie professionnelle du côté de Landerneau, dans une coopérative agricole : Coopagri Bretagne. A chaque fois que je reviens en Bretagne, j’ai toujours un petit moment de nostalgie de ces mois heureux passés aux côtés d’agriculteurs.

Par rapport à l’actualité, j’ai la chance, grâce à Marc Le Fur, grâce à Agnès le Brun, d’avoir fait des rencontres exceptionnelles; A l’Institut de Locarn, mais aussi sur le terrain.

Breizh-info.com : Marc Le Fur et Agnès le Brun sont-ils des soutiens officiels ?

Jean-François Copé (LR) : Ils ne m’ont pas encore parrainé, mais ils sont des amis proches. Ca n’est un secret pour personne qu’ils sont proches de moi, tout comme Stéphane de Sallier Dupin.

Breizh-info.com :Vous avez évoqué 15 ordonnances que vous prendriez dès votre arrivée à la Présidence de la République. A Locarn, vous avez révélé celles qui toucheraient à l’économie. Pouvez-vous nous préciser celles qui concernent la sécurité ?

Jean-François Copé (LR) : Au niveau de la sécurité, nous avons baissé le garde depuis dix ans. Contre le terrorisme et contre toute sorte de délinquance. Si je suis élu président de la République, j’embaucherai 50 000 policiers, gendarmes, gardiens de prison, magistrats, militaires.

Notre société est de plus en plus violente, on le voit encore aujourd’hui à travers le comportement de casseurs, qui dépassent les bornes lors de manifestations, comme en Bretagne. On ne trouve pas aujourd’hui de réponse adaptée, car même si la police fait un travail très courageux, c’est difficile pour elle.

Breizh-info.com :Avez-vous l’intention de réformer la magistrature ? L’exemple du « mur des cons », la dénonciation d’un certain laxisme des magistrats (non effectivité des peines) n’amènent ils pas de nouvelles exigences ?

Jean-François Copé (LR) : Il y a plusieurs choses : il y a la question de l’effectivité des peines qui doit être réformée mais qui ne peut pas l’être sans la construction de nouvelles places de prison. Il faut en construire 20 000 supplémentaires.

Il y a certaines décisions de justice qui suscitent l’incompréhension, mais il y en a aussi beaucoup qui conduisent les gens en prison par rapport aux actes qu’ils ont commis. Il ne faut pas être excessif. Il faut donner à la justice les moyens de travailler ce qu’elle n’a pas aujourd’hui

On est trop focalisé sur des éléments d’actualité qui font oublier l’essentiel. On oublie toutes les décisions de justice qui ne sont pas appliquées car il y a un manque des moyens. D’où cette situation de vulnérabilité de la population face à délinquants et casseurs qui défient nos lois.

Breizh-info.com :Sur Notre-Dame-des-Landes, même si le oui à l’aéroport l’emporte, il ne semble pas que les Zadistes se plient au référendum…

Jean-François Copé (LR) : Tout cela est teinté de beaucoup d’hypocrisie. Ca fait des décennies que ce problème est sur la table et que cet aéroport aurait dû être construit. C’est l’illustration parfaite du problème de l’absence de commandement que je dénonce de la part de l’exécutif.

Le cœur même de mon projet présidentiel est le rétablissement de l’esprit de commandement, du leadership. Quand une décision a été prise, il faut l’appliquer, pour la crédibilité de l’exécutif, sinon tout le système s’écroule. Et cela au bénéfice d’une minorité agissante, idéologue, brutale, qui en réalité considère qu’ils peuvent faire n’importe quoi puisqu’ils ne seront quasiment jamais sanctionnés.

Ce référendum a été fait pour gagner du temps, mais je ne vois pas en quoi il règle le problème. La décision de la construction doit être appliquée.

Breizh-info.com :Vous avez évoqué Margaret Thatcher, Charles de Gaulle en parlant de la nécessité d’un leadership, d’un homme fort pour diriger le pays. Mais au niveau européen, on a l’impression qu’il n y a aucun leadership, et qu’une vraie séparation entre l’Ouest et l’Europe centrale se fait petit à petit. En tant qu’homme de droite décomplexée (que vous vous revendiquez), pensez-vous que la politique d’Orban – dans votre groupe à l’Europe) sur les migrants soit la bonne ?

Il faut prendre les choses dans l’ordre : Schengen ne marche pas. Il y a un certain nombre d’endroits (frontière gréco-turque notamment) qui sont des passoires. L’Europe a décidé que les frontières devaient être étanches, mais n’a pas mis les moyens humains et financiers pour que cela fonctionne. Il faut multiplier les effectifs de Frontex par 5, au moins, ce qui n’est pas le cas. Si vous ne mettez pas de gardes-frontières, comment voulez-vous que l’Europe soit protégée ?

Je ne pense pas par ailleurs qu’il faille, comme l’a fait M. Orban en Hongrie, en arriver à ériger des murs à la frontière.

Breizh-info.com :Vous n’avez pas eu le temps de répondre en détail, lors de votre intervention à Locarn, sur votre position concernant la Turquie. Est-ce qu’elle constitue une menace aujourd’hui pour l’Europe ? Le flou autour de son éventuelle adhésion à l’UE n’entretient-il pas cette menace ?

J’ai toujours affirmé mon opposition à l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne, je ne sais pas où l’on m’a prêté des intentions contraires. Par ailleurs, je pense que le discours actuel d’Ankara, particulièrement ambigu sur la question de l’islamisme et de la politique étrangère, exige que l’on y fasse particulièrement attention

Breizh-info.com : Les associations sont-elles trop aidées aujourd’hui ? La dépense publique est-elle beaucoup trop élevée concernant la vie associative et doit-elle être revue ?

Je ne pense pas que les associations soient trop aidées aujourd’hui. Il faut soutenir la création dans notre pays. Il faut simplement pouvoir avoir un regard sur les initiatives qui sont financées, les sélectionner et les accompagner.

Breizh-info.com :Qu’est-ce qui vous différencie aujourd’hui de vos principaux concurrents à la primaire des Républicains?

Contrairement à Nicolas Sarkozy ancien président de la République ou à Alain Juppé et François Fillon,  anciens Premiers ministres, je n’ai jamais eu le pouvoir. Je n’ai jamais eu l’occasion de mettre en œuvre mes propositions, eux oui. Je n’ai été que Ministre (du Budget) sous Jacques Chirac, et j’ai regretté que Nicolas Sarkozy n’aille pas assez loin dans les réformes. J’ai toujours critiqué aussi sa volonté d’ouverture à gauche alors qu’il avait été élu sur un programme de droite décomplexée.

Breizh-info.com :Vos ordonnances comptent-elles une mesure concernant la réforme du syndicalisme en France ? La CGT a-t-elle encore une légitimité parmi les salariés ?

La CGT n’est pas la France, elle ne représente que 25% des 8% de personnes syndiquées en France. Autrement dit moins de 2% de la population active française. Elle ne peut donc prétendre parler au nom des salariés et encore moins prendre en otage la France pour défendre des intérêts catégoriels. Quant aux syndicats, oui il faudra aller vers une réforme de la représentativité, vers une extension du service minimum aux secteurs stratégiques pour empêcher tout blocage de la France, vers la fin du paritarisme. Plus largement, je pense qu’il faut rendre directement la parole aux salariés via un référendum d’entreprise généralisé. C’est aux salariés de décider librement de leur avenir, pas à des syndicats qui, la plupart du temps, ne les représentent pas.

Crédit photo : breizh-info.com
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1 COMMENTAIRE

  1. Comment ça, « la victoire d’un candidat de gauche radicale en Autriche » ? Ni gauche radicale ni même radical de gauche ! Les écolos autrichiens ne sont pas du tout comparables aux nôtres. Van der Bellen a été qualifié de « libéral et pragmatique » par François de Rugy, qui doit en savoir quelque chose.

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