Pénurie de carburants : la grève se poursuit dans la majorité des raffineries françaises

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07/06/2016 – 19H00 France (Breizh-info.com) –Le spectre de la pénurie de carburants n’est pas encore tout à fait écarté : la poursuite de la grève dans la majeure partie des raffineries françaises tranche avec le discours rassurant des pétroliers et du gouvernement ; pendant ce temps les dépôts se vident et les stocks militaires continuent à être mis à contribution.

Débloqué il y a dix jours après une semaine de blocage, le dépôt pétrolier de la SFDM (groupe Bolloré) à Donges a de nouveau été bloqué ce 6 juin au petit matin. Après l’arrivée des gendarmes mobiles et des CRS vers 15 h 30, le blocage a été levé pacifiquement une heure plus tard. Ce lundi toujours, les gendarmes ont aussi débloqué le dépôt de carburants de Cournon-d’Auvergne, bloqué depuis vendredi dernier. Ces deux blocages, même de courte durée, montrent que la contestation est toujours présente.

« Le mouvement se poursuit dans les raffineries de la Mède, de Feyzin, Donges et de Normandie pour Total, ainsi qu’à Lavera pour Petroineos », nous explique Eric Sellini, coordinateur CGT du groupe Total. A Grandpuits (Seine-et-Marne) en revanche, la grève est levée : « dans le quart de ce lundi matin, la majorité des salariés faisaient grève ; mais parmi les salariés qui ont pris la relève à 14 heures, la majorité n’était pas gréviste ». Le travail a donc repris, mais « la raffinerie ne redémarrera pas avant deux ou trois jours », précise le syndicaliste.

Dans les raffineries de Feyzin et de Normandie, le mouvement a été reconduit en AG jusqu’à vendredi au moins. Les expéditions et la production sont à l’arrêt. A la Mède, la situation est plus compliquée, les grévistes n’étant pas majoritaires dans toutes les équipes, « du fait du nombre important d’intérimaires qui y travaille », explique Eric Sellini (CGT Total). La grève y est donc votée et reconduite à chaque relève, toutes les huit heures. « La production continue, mais les expéditions sont à l’arrêt. Il y en a eu un tout petit peu cette semaine, la direction ayant profité d’un quart [période de huit heures, NDLR] où les intérimaires étaient en nombre important pour en faire un peu, mais ça s’est très vite arrêté. Et maintenant, les cuves sont presque toutes pleines, il n’y a plus d’espace pour stocker la production, la raffinerie va donc être obligée de s’arrêter ».

Donges : une raffinerie coupée en deux entre grévistes et non-grévistes ?

A Donges, la grève est reconduite jusqu’à mardi. Pourtant la direction avait organisé sa propre consultation, auprès de 358 des 650 salariés, dont 94% étaient favorables à l’arrêt de la grève et à la reprise des activités du site. La CGT a rejeté ces résultats, et en AG la grève a été reconduite à la majorité écrasante des votants. « C’est une parodie de consultation », affirme Eric Sellini au sujet de celle organisée par la direction. « Seuls les non-grévistes y ont été conviés et ont participé ». Un salarié de la raffinerie, non-gréviste, confirme ces propos : « effectivement, la CGT n’a pas voté ou très peu lors de cette consultation ».

Deux votes, mais pas les mêmes votants : la raffinerie serait-elle coupée en deux ? « Ce qui embête beaucoup notre direction », confie Eric Sellini (CGT), « c’est que la majorité des grévistes est concentrée dans la production. Ils peuvent bien faire voter les cadres et les bureaux, si la production fait grève, rien ne sort, rien ne fonctionne ».

Les stocks baissent dans les dépôts, l’armée mise à contribution

Tandis que le gouvernement continue à ignorer les blocages, même s’il ne peut cacher la virulence de la contestation, comme avec les images hypermédiatisées du mauvais accueil fait au ministre Macron dans la citadelle communiste de Montreuil , les stocks disponibles dans les dépôts ne cessent de baisser.

« Certes, aujourd’hui la plupart des pipelines qui alimentent les dépôts sont interconnectés, mais c’est difficile d’en inverser le sens de la circulation », précise Eric Sellini (CGT Total). « La situation est très variable selon les dépôts. Certains sont alimentés par pipelines quand les cuves situées dans les ports sont réapprovisionnées, d’autres en camions venus de l’étranger. Les réapprovisionnements sont très irréguliers, et comme la production est arrêtée depuis près de deux semaines, les réserves dans les dépôts baissent ».

Il y a pourtant les stocks stratégiques, mais tout le monde pompe dedans. « La grande question est jusqu’à quand les pétroliers auront droit d’y pomper », s’interroge le syndicaliste. « Selon mes informations, l’armée ravitaille déjà directement, avec ses camions, certains aéroports de province. Notamment Toulouse-Blagnac la semaine dernière ».

Le service des essences de l’armée (SEA) compte 41 dépôts de carburants en France, 746.000 m3 de stockage, 253 camions-citernes, 244 avitailleurs d’aéronefs, 141 wagons-citernes et 2189 personnels dont deux tiers de militaires. En Bretagne historique, depuis le démantèlement du dépôt de Couëron – la Chabossière situé près de Nantes en 2013-2014  le SEA compte plusieurs cuves à Donges, et des dépôts dédiés à Brest, Lanveuc, Landivisiau et Lann Bihoué.

Certes, il y a trois mois de carburants en stock, « mais tous produits confondus. Les réserves ne sont pas éternelles ». Et surtout elles ne sont pas censées servir d’alibi à un gouvernement qui refuse de voir la contestation et de la calmer. De nouvelles grèves sont prévues dans les jours à venir chez les éboueurs et égoutiers parisiens, dans l’énergie, chez les dockers le 14 juin, et chez les pilotes d’Air France du 11 au 14 juin. L’Euro 2016 risque d’être perturbé, et pas seulement http://www.breizh-info.com/ par les hooligans venus « pour la nation, la fête, le football et la bagarre ».

Crédit photo : DR
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