Paul Eparvier raconte sa randonnée à travers les pays Celtes [interview + photos]

A LA UNE

21/06/2016 – 06H15 Dublin (Breizh-info.com) – Paul Eparvier est un jeune Européen qui s’est lancé, durant plusieurs mois, dans une randonnée à travers les pays Celtes. Nous l’avons rencontré à l’occasion des commémorations de l’indépendance Irlandaise. Il nous raconte, en exclusivité pour Breizh-info.com, son périple, entre Irlande, Ecosse et Galles notamment.

Breizh-info.com : Vous vous êtes lancé dans un périple à travers les pays celtes, pouvez-vous nous expliquer la genèse de ce projet ?

Paul : Difficile de définir précisément ce qui m’a poussé à imaginer un tel périple. Je dirai qu’une multitude d’influences m’ont poussé à partir. Je viens d’une famille ou les récits des héros et explorateurs d’un autre temps nous étaient régulièrement contés.

Même si notre planète est désormais bien connue, il n’y avait pas de raison que je n’ai pas le droit de vivre à mon tour une aventure. Aujourd’hui, dans un monde édulcoré, sécurisé de tous les côtés, partir avec un sac à dos, en hiver constitue déjà en soi une petite aventure qui m’allait très bien. D’autres personnes avant moi, dans un passé très récent, avaient pris ce chemin de l’aventure et m’ont considérablement inspiré. Je pense tout particulièrement à deux amies, Mathilde et Fanny (qui avaient, elles aussi, répondu à vos questions je crois bien) qui avait parcouru l’Europe à pied pendant 10 mois. Leur périple a largement inspiré le mien. Si elles pouvaient le faire, alors pourquoi pas moi ? Par dessus tout cela, il faut aussi rajouter de nombreuses lectures, des récits de voyages et d’aventure qui ont fait nourrir dans mon esprit l’envie des grands espaces.

Restait à définir ou partir et comment. Il se trouve que l’Irlande m’avait toujours fasciné pour des raisons diverses dont certaines tiennent surement du stéréotype. J’imaginais y retrouver une culture et un esprit celte toujours bien vivant. Puis au fur et à mesure que le projet prenait forme dans ma tête, j’ai décidé d’en profiter pour traverser les sœurs celtes de l’Irlande : l’Ecosse et le Pays de Galles. Je trouvais une certaine cohérence à découvrir ces pays dont l’identité est toujours forte mais de façon différente. J’avais aussi dans la tête l’image de pays résistants depuis des siècles à la puissance anglaise voisine : un esprit de rébellion que je voulais aller voir au plus près.

Et puis, il y avait ce centenaire de l’insurrection de Pâques de 1916 auquel je souhaitais participer et qui devait être le point culminant du voyage, mêlant les deux fils conducteurs que je viens d’évoquer : l’exaltation de l’esprit, la culture et l’identité irlandaise et celtique et la foi dans la révolte et la volonté d’indépendance et de liberté.

Enfin, il fallait définir quelle forme ce voyage aller prendre. La randonnée m’est apparu comme une évidence. Grâce au scoutisme, j’y ai pris goût depuis de nombreuses années. C’est le seul mode de transport qui incite autant à la rêverie, à la contemplation, qui forge à ce point le corps et l’esprit, qui fait appel aussi souvent à la force de la volonté. Jean-Jacques Rousseau disait je crois « Avant, quand je marchais, j’avais le plaisir d’aller. Aujourd’hui en voiture, je n’ai que la hâte d’arriver ». Tout ceux qui ont pu goûter à cette immense joie qu’est la randonnée savent à quel point – sur ce sujet en tout cas – il avait bien raison ! Faire ce choix a donc été assez rapide et facile pour moi : je me devais de partir avec mes chaussures de marche et mon sac de randonnée, dans le plus pur style vagabond !

Breizh-info.com : Quelles ont été les différentes étapes de votre parcours ?

Je suis parti du port du Havre le 18 janvier, en ferry, direction Portsmouth. Le premier endroit que je souhaitais rallier était Stonehenge. Commencer mon voyage en passant par ce haut lieu de la spiritualité européenne me paraissait un bon moyen de mettre mon périple sous les meilleures des augures. J’ai très rapidement rallié le sud du Pays de Galles en commençant par la ville de Chepstow. C’est de là que part le Offa’s Dyke Path (le chemin de la digue d’Offa) part pour rejoindre la côte nord du Pays sur environ 200 kilomètres, en longeant la frontière britannique.

A l’époque je pensais suivre ce chemin sur toute sa longueur. Dès le 3ème jour, j’ai décidé de changer mes plans, de suivre un autre grand chemin de randonnée (le Wye Valley Walk) pour m’enfoncer plus profondément dans le cœur du pays de Galles. Arrivé à la source de la Wye, j’ai décidé de faire appel au stop pour rejoindre la côte et la remonter jusqu’à Snowdon, le point culminant du Pays de Galles. J’ai passé trois jours ensuite sur l’Ile d’Anglesey, dernier refuge des druides britanniques avant de partir pour Glasgow, en stop et en bus. Je me suis posé un peu plus de deux jours à Glasgow pour reconditionner un peu mon sac et préparer les prochaines semaines.

J’ai commencé par rallier Fort William en suivant en grande partie le West Highland Way, un chemin de randonnée que je conseille vivement à tout ceux qui souhaiteraient découvrir l’Ecosse ! A Fort William, j’en ai profité pour gravir Ben Nevis, point culminant de l’Ecosse. Les Dieux devaient être avec moi puisque j’ai bénéficié d’un temps radieux pour l’ascension, assez rare en Ecosse, surtout en février. L’étape suivante était l’Ile de Skye, que j’ai rejoint en stop. J’y ai passé une semaine complète, hébergé par plusieurs foyers. L’hospitalité chère aux Européens depuis la nuit des temps n’a pas complètement disparue, bien au contraire. Il suffit d’aller la chercher !

Je suis revenu sur mes pas vers Fort William et ensuite j’ai rallié Inverness, la capitale des Highlands. Enfin, je suis allé arpenter quelques jours les Glens aux alentours du Loch Tay. J’ai ensuite visité Stirling, ville à l’hommage du héros William Wallace et Edimbourg. Pour terminer, je suis allé à Stranraer pour sauter dans le dernier ferry pour l’Irlande.

Ce sont ensuite enchainés une dizaine de jours sur la côte Nord de l’Irlande. J’en ai profité pour visiter Belfast et Derry, deux villes symboliques de la lutte des Irlandais pour leur indépendance. J’ai arpenté les montagnes Wicklow avant de revenir à Dublin pour les célébrations du centenaire de l’insurrection de Pâques. J’ai ensuite rallié la côte Ouest, l’abbaye de Kylemore pour être exact. J’ai longé la côte jusqu’à la péninsule de Dingle, en passant par le Burren et les Iles d’Aran. Pour finir, j’ai passé quelques jours à Cork, la ville rebelle avant de rentrer au pays. 15 semaines au total, dont 14 de marche.

Breizh-info.com : Avez-vous des anecdotes, des souvenirs particulièrement marquants ?

Paul : Evidemment ! Il serait d’ailleurs assez barbants de tous les raconter ici. J’en ai donc choisi trois, un par pays.

Au Pays de Galles, après une semaine de marche, la pluie qui s’était faite bizarrement oublié tout ce temps est apparu. Et autant dire qu’elle n’a pas fait les choses à moitié ! Un véritable déluge. Des heures et des heures de pluie sans discontinuer. J’ai réussi à avoir un premier répit en début d’après midi quand une femme travaillant à l’office de tourisme à eu l’aimable obligeance de m’offrir une tasse de thé, véritable marqueur d’hospitalité dans ces contrées. Plus tard dans la journée, je frappais aux portes des fermes pour trouver un abri dans une quelconque grange. Après 6 refus, j’ai fini par trouver mieux encore ! Un retraité qui m’offrit le gite et le couvert. Un véritable soulagement après 6 jours de solitude quasi complête.

En Ecosse, c’est un paysage qui m’a marqué. Le tracé du West Highland Way fait passer, le premier jour à flanc de colline des ‘Conic Hills’. Au détour du dernier virage on arrive face à face avec le Loch Lomond, le plus grand Loch d’Ecosse. Le soleil commençait à se coucher et ses rayons dorés se reflétaient dans les eaux paisibles du lac. Un paysage somptueux qui cumulait la profondeur de l’eau, la chaleur du soleil, la dureté et la blancheur des montagnes au lointain qui annonce la proximité des Highlands. Et ces visions se sont succédées pendant deux jours, le long de ce Loch mythique.

En Irlande, le moment marquant est tout autre. Il s’agit de la visite du musée de Free Derry à Derry. A travers 10 panneaux, le musée relate les combats entre catholiques et protestants dans la ville culminant dans l’épisode sanglant du Bloody Sunday. La bande son ou l’on entent les tirs des fusils anglais tirant sur la foule, le gérant du musée qui annonce que l’une des 14 victimes est son propre frère, tout cela donne à ce musée un poids certain qui pousse à le reflexion. Et qui donne d’un coup à la ville une toute autre saveur, celle du combat, celle de la lutte.

Mais comme j’ai dit, de nombreux autres moments incroyables auront marqués ce voyage : une tempête insoutenable sur l’Ile de Skye, une soirée avec une communauté soudée dans un glen d’Ecosse, deux heures d’attente près d’un phare à Holyhead pour pouvoir prendre la photo d’un coucher de soleil, être invité à un concert avec trois nord-irlandais lors de ma première soirée à Belfast, la visite de la distillerie de Bushmills avec un couple d’amis et plus tard de celle de Jameson à Cork… tant de moments qui seul l’aventure peut faire surgir et qui marquent à jamais !

Breizh-info.com : Des trois nations traversées, laquelle vous a le plus plu. Pour quelles raisons ?

Pour le marcheur que je suis, l’Ecosse était surement l’endroit le plus incroyable à traverser. Les paysages y sont plus beaux, plus majestueux. C’est aussi le moment ou j’ai eu les conditions climatiques les plus difficiles à supporter. Dans ce genre d’aventure, la difficulté est primordiale. C’est parce que le voyage est dur qu’il est beau et qu’on s’en rappelle. Etre seul pendant plusieurs jours d’affilée, se réveiller avec des températures bien en dessous du zéro et repartir à l’assaut du col suivant donnent encore plus de valeur et de beauté aux paysages que l’on traverse.

Pour l’Européen que je suis aussi, l’Irlande m’aura beaucoup plus marqué. L’esprit celte et gaélique – que je rêvais de retrouver –  y est toujours très fort. Une façon d’accueillir le voyageur, de partager une bière dans un pub, de se rendre à une session de musique pour entendre des anciens (et heureusement, des moins anciens aussi) jouer du violon, de la flute… Evidemment, il ne faut pas non plus idéaliser cet aspect là de l’Irlande.

Comme partout en Europe, les traditions ont tendance à péricliter. Les jeunes se tournent vers d’autres horizons, d’autres façons de faire que celles de leur propre peuple. Mais malgré tout, cette disparition m’a semblé moins marquée sur cette ile. Et puis pouvoir participer aux célébrations du centenaire de l’Insurrection de Pâques aura donné à cette partie là du voyage une saveur sans comparaison. Voir un peuple venir en nombre célébrer ses héros de cette façon était réjouissant, surtout en comparaison avec l’oubli qui semble avoir frappé nos compatriotes en France.

Breizh-info.com : Comment se prépare un périple de ce genre ? Quel est son coût ?

Paul : J’aurais du mal à donner une réponse précise à la première question puisque j’avais fait le choix de ne pas me fixer un cadre trop strict. J’avais peu d’impératifs pour pouvoir improviser à ma guise, en fonction de ce que je découvrais, des rencontres que je faisais etc. Je m’étais fixé des grandes lignes et certaines choses que je voulais absolument voir et faire. J’avais feuilleté quelques guides. Je m’étais surtout renseigné auprès d’amis qui était déjà parti dans ces différentes régions et qui ont pu me conseiller sur certains points à voir, les bons sentiers de randonnée etc.

D’ailleurs, je recommande vivement la partie ‘Itinéraires Européens’ du site de l’Institut Iliade qui donne de très bonnes idées pour partir arpenter ce que notre continent a de plus beau !

Pour ce qui est du coût, la encore tout dépend des moyens de chacun. Personnellement, je m’étais fixé un budget de 400€ par mois sur place qui comprenait tout : nourriture, visites, transports, cadeaux pour la famille et les amis, visites et bien sur, l’occasionnel pub !

En plus de cela, j’avais le billet de ferry aller et l’avion pour le retour qui m’ont couté une centaine d’euros. Quelques éléments de matériel aussi que j’ai acheté un peu avant de partir. J’avais déjà la plupart de ce qu’il me fallait : un bon sac, des chaussures etc. L’essentiel des achats s’est d’ailleurs concentré sur une bonne parka pour affronter les légendaires pluies galloises, écossaises et irlandaises.

Breizh-info.com : Aujourd’hui, avez vous d’autres projets ? Que conseillez vous à des jeunes qui voudraient suivre vos pas ?

Paul : Pour l’instant je n’ai pas encore de projet de la même envergure ! Mais ça ne saurait tarder! Je repars marcher dès cet été sans aucun doute mais de façon plus local : la Suisse normande et le Mont Saint-Michel, le val de Loire et peut être d’autres coins de notre douce France.

Par ailleurs, ce voyage a créé aussi beaucoup de frustration. Il y avait tant de choses à voir et j’ai eu la sensation de ne jamais avoir assez de temps. Je pense notamment aux Hébrides Extérieures (les iles d’Harris et Lewis tout particulièrement) que je n’ai pas pu aller découvrir mais que j’aimerais voir. Pourquoi pas en arrivant par la mer ? Je pense aussi à l’Irlande du Nord que j’aimerais découvrir plus intensément. Je repartirai donc surement dans les pays déjà visités pour compléter ce que je n’ai pas pu faire sur ce premier tour !

Pour tous les jeunes qui voudraient eux aussi partir sur les chemins j’ai tout d’abord un premier conseil. N’hésitez plus une seule seconde et partez. Nous vivons dans un monde cadré, normé, sécurisé de toute part. Partir à l’aventure est une des dernières façons de toucher du bout des doigts la véritable liberté. La difficulté que rencontre de nombreuses personnes est de trouver le bon moment. Il faut aussi savoir se créer le bon moment. La fin des études supérieures constitue souvent un moment propice pour prendre le temps et partir arpenter notre belle terre d’Europe (et à fortiori les chemins du monde).

Sinon, même si c’est loin d’être la seule façon de partir à l’aventure, la marche à pied a quand même plusieurs avantages que Sylvain Tesson décrit et explique bien mieux que je ne pourrais le faire : elle permet d’aller la ou d’autres ne vont pas, elle donne au voyageur un autre rapport avec le temps et elle permet à l’esprit de voyager lui aussi dans des univers imaginaires !

Crédit photos : DR
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