Alain de Benoist : « Les migrants qui s’entassent à Calais veulent aller en Angleterre, pas en foyer d’accueil au fin fond de la Lozère » [interview]

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02/10/2016 – 08H00 Paris (Breizh-info.com) –  Comme il le fait régulièrement, Alain de Benoist nous livre ici ses réflexions sur l’actualité. Des migrants de Calais à la Zad en passant par la revue Éléments, Michel Onfray ou le Front national, le point de vue du philosophe de la « Nouvelle droite ».

Breizh-info.com : Que pensez-vous du plan de Bernard Cazeneuve d’étaler l’immigration et de vider la Jungle de Calais en imposant des migrants dans toutes les régions ? Est-ce un risque majeur pour la France comme l’affirment certains élus et leaders politiques à droite ?

Alain de Benoist : C’est le principe de la confiture : plus on l’étale, plus elle perd son goût. La Jungle de Calais était un symbole éclatant de l’impuissance gouvernementale, qu’il n’était plus possible de laisser en l’état à quelques mois d’une importante échéance électorale. Bernard Cazeneuve a donc décidé le démantèlement de la Jungle pour répartir les milliers de migrants qu’elle abrite dans des foyers d’accueil disséminés dans toute la France. Il sait évidemment qu’en matière de potion amère les petites doses sont plus faciles à avaler que les grandes. Mais l’idée fondamentale est toujours la même : plutôt que d’aborder frontalement le problème, rendre le visible invisible.

Sur le fond, il est clair que cela ne résoudra rien. Les migrants qui s’entassent à Calais veulent aller en Angleterre, pas en foyer d’accueil au fin fond de la Lozère. Il est donc probable qu’à la première occasion, ils reviendront dans la région d’où on les aura fait partir. N’oublions pas que la Jungle de Calais a fait suite au démantèlement du campement de Sangatte en novembre 2002.

Les migrants veulent aller en Angleterre, mais les Anglais n’en veulent pas. Question simple : pourquoi n’en veulent-ils pas ? Apparemment parce que les migrants ne répondent pas aux critères d’entrée en Grande-Bretagne. Mais en France, à quels critères répondent-ils ? Et pourquoi les Anglais gèrent-ils leur frontière sur le territoire français ? Ce sont évidemment les accords franco-britanniques du Touquet, signés en 2010, qu’il faut remettre en cause.

Breizh-info.com : Le gouvernement a déclaré vouloir expulser la ZAD de Notre Dame des Landes ; un grand combat s’annonce. Finalement, la petite minorité Zadiste n’est-elle pas du fait de ses méthodes et de sa détermination, bien plus influente que le million de français descendu pacifiquement dans la rue lors des Manif pour Tous ?

Alain de Benoist : Il sera sans doute plus difficile d’expulser les sympathiques zadistes de Notre-Dame-des-Landes que de démanteler la Jungle de Calais, mais cela ne veut pas dire que les premiers auront finalement gain de cause. Ils se sont certes montrés plus combatifs que les sages participants de la Manif pour Tous, mais le résultat final n’est pas garanti. Au moins les zadistes auront-ils échappé au ridicule d’une Manif pour Tous ayant eu comme seuls prolongements politiques le ralliement de Sens commun à François Fillon et celui du Marmiton à Alain Juppé.

Breizh-info.com : Depuis plusieurs mois, la revue Éléments est éditée tous les deux mois. Comment expliquez-vous la nouvelle réussite de la revue, et l’attraction qu’elle suscite ?

Alain de Benoist : Éléments existe depuis plus de quarante ans. C’est aujourd’hui un magazine de 100 pages tout en couleurs, que l’on trouve dans les kiosques tous les deux mois. Sa nouvelle formule est en effet un grand succès, qui s’explique à mon avis par plusieurs raisons. D’abord le caractère professionnellement très réussi de sa nouvelle maquette, due à Patrick Péhèle.

Ensuite un contenu très attractif, qui donne la parole à des personnalités très variées, voire inattendues (Michel Onfray, Jacques Julliard, Jean Clair, Elisabeth Lévy, etc.). Enfin, une équipe nombreuse, talentueuse (François Bousquet, Xavier Eman, Jean-François Gautier, Olivier François, Pierric Guitaut et tant d’autres), dirigée de main de maître par Pascal Eysseric, son rédacteur en chef.

Ce qui est également caractéristique avec Éléments, c’est que ce n’est pas un « bulletin paroissial » : on n’y parle pas au nom d’un « nous », mais avec le souci constant de s’adresser à un lectorat venu de divers horizons. En publiant des articles, des entretiens et des dossiers traitant aussi bien de littérature que de philosophie politique, des séries télévisées, de l’actualité scientifique ou de celle des idées, l’objectif est d’accélérer les nouveaux clivages qui se font jour actuellement dans le paysage intellectuel.

Breizh-info.com : Avec vous suivi le lancement de la télévision de Michel Onfray, avec qui vous avez débattu cette année sur TV Libertés notamment. Qu’en pensez vous ?

Alain de Benoist : Michel Onfray est l’un de ceux qui ont le plus contribué, ces dernières années, à faire fondre la banquise idéologique. C’est un esprit libre et un homme courageux, qui ne cède pas aux tentatives d’intimidation. Sur le plan philosophique, son dernier livre, Cosmos, me paraît marquer l’émergence d’un « nouvel Onfray ».

Je suis donc avec beaucoup de sympathie la télévision qu’il a créée sur le Web. On y trouve d’ailleurs aussi l’émission sur Proudhon que j’avais organisée avec lui sur TV Libertés.

Breizh-info.com : Marine Le Pen vous semble-t-elle vouloir vraiment remporter les élections à venir en 2017 ? On a l’impression qu’y compris chez les Républicains, certains (comme Wauquiez, Copé notamment) en deviendraient même parfois plus radicaux ? 
Les attaques récentes de Louis Aliot sur les propos « racistes » de Robert Ménard ne sont elles pas le signe d’une forme d’autisme au sein du FN ?

Alain de Benoist : Votre question laisse entendre qu’il faudrait se montrer d’autant plus «radical» qu’on veut vraiment remporter une élection. Je ne vois pas les choses comme cela. Pour remporter une élection, il faut d’abord être crédible, et ce n’est pas en s’engageant dans une surenchère à la radicalité qu’on gagne en crédibilité. Concernant le Front national, la question n’est pas de savoir s’il doit se montrer plus ou moins « radical », mais de savoir s’il est en mesure d’articuler dans une perspective contre-hégémonique les différentes demandes sociales qui sont à l’œuvre dans la société. Une telle tâche, qui est celle de tout mouvement populiste, implique de se situer dans un affrontement, non pas horizontal (droite-gauche), mais vertical (ceux d’en bas contre ceux d’en haut). De ce point de vue, le slogan « Au nom du peuple » me paraît plutôt bien venu.

Breizh-info.com : Suivez-vous ce qu’il se passe en Europe centrale, notamment en Hongrie, Tchéquie, Pologne. Les dirigeants de ces pays représentent ils un danger pour l’Europe ou bien sont ils les seuls « debout au milieu des ruines » ? 

Alain de Benoist : L’Union européenne ne cesse de trahir son intitulé : depuis la crise de l’euro, elle divise l’Europe au lieu de l’unifier. Mais en réaction, l’Europe se recompose. La façon dont les pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, Slovaquie, République tchèque) cherchent actuellement à s’organiser pour faire face aux directives de Bruxelles, notamment à propos des migrants, est évidemment une initiative qu’il faut suivre de près et encourager. Si l’Autriche rejoignait ce groupe dans un avenir proche, c’est presque tout l’empire des Habsbourg qui se trouverait reconstitué !

Propos recueillis par Yann Vallerie

Photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2016 dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

7 Commentaires

  1. La contestation des accords du Touquet, thème fort à la mode ces temps-ci, est une marque d’anglophobie très malvenue. Les barrages contre les migrations sauvages doivent intervenir aussi en amont que possible. Plus long est le chemin déjà accompli par les migrants, plus grand est leur espoir de s’imposer dans le pays de leur choix. Si l’Angleterre ne veut pas d’eux, il vaut mieux les arrêter en France, de même qu’il aurait mieux valu les arrêter à la frontière italienne.
    De plus, si le contrôle était opéré côté anglais, les migrants stoppés à la frontière auraient vocation à être renvoyés en France. Ce qui ne ferait sans doute qu’aggraver le problème de la jungle : imaginez le migrant qu’on croit parti pour de bon, qui revient quand même et trouve sa cabane occupée… De plus, le voyage retour serait probablement effectué aux frais des transporteurs, exposés en outre à des amendes. Cela reviendrait à laisser les routiers, les compagnies de ferrys, Eurotunnel et Eurostar se débrouiller eux-mêmes pour éviter d’embarquer des migrants (ou, pire, éviter qu’ils débarquent en Angleterre…). Là, pour le coup, le sang coulerait.

    • @Pschitt,
      Vous dites : « De plus, si le contrôle était opéré côté anglais, les migrants stoppés à la frontière auraient vocation à être renvoyés en France. »
      Ils ne sont pas français; pourquoi reviendraient-ils en France?
      Ne pourrait-on envisager que les anglais, s’ils n’en veulent pas, le disent clairement et les renvoient chez eux ?
      Un migrant en situation irrégulière n’est pas une patate chaude !
      Ils veulent aller en Angleterre. C’est aux anglais de traiter leurs désirs comme ils l’entendent.

      • Il y a une défiance du politique en France. Et pourtant ils peuvent raconter des énormités et les français croient.

        Ainsi il suffirait que ces migrants veuillent aller en Angleterre pour que la France les y envoie (écoutons Xavier Bertrand).
        Tout cela se ferait sur parole, un migrant aurait pour unique visa : »I want to go in UK ».

        Ceci est contraire aux principes de droit international le plus élémentaire.

        EU a même un principe encore plus compliqué et innaplicable : Schengen. En théorie un illégaux doit revenir dans son 1er pays d’entrée EU.

        C’est à la France de controler ses frontieres, comme tout les pays du monde, tant pis si elle se plante. La France a aussi signé Schengen, pas les anglais, dont acte.

        Les anglais ont une 2eme frontiere très efficace : moins de protection sociale.

        Continuez les voeux pieux illégaux ou innaplicables. Le bordel va continuer.

        • A raisonner comme vous le faites, en légaliste et en dépit du bon sens, Oui, « Le bordel va continuer. »
          Ces messieurs de Calais ne veulent pas rester en France. Allons-nous dépenser une énergie folle et un fric fou pour les y contraindre ?
          Les laisser en « enfer » dans la jungle est peut-être le meilleur moyen de limiter l’invasion.
          Impliquer Sorros et les ONG qui alimentent le « marché » pour en financer le traitement serait peut-être le meilleur moyen d’améliorer durablement la situation. Qu’ils se dépensent pour fixer les candidats au Maghreb ou ailleurs; mais pas en France ni même en Europe.

          • Cette fois nous sommes d’accord. La meilleure solution est de laisser les migrants où ils sont.

            Les plus malins qui arrivent à passer en Angleterre n’auront pas une vie facile.

            Cette jungle pourrait même se vider toute seule. Il suffirait de mettre les prélèvements à 20% du PIB en France; avec ce chiffre qui viendrait ? On pourrait même ouvrir les frontières et économiser des douaniers.

  2. Les européens sont des cons et ils crèverions avec leur connerie, le problème des migrants n’est ni français ni anglais ni grec ou italien il est européen, ces pseudo réfugiés de guerres mais véritables immigrés économiques doivent êtres renvoyés au delà des frontières de l’Europe point final.

    • Certes, mais vous oubliez seulement que c’est la politique de l’Europe, décidée par Merkel, de faire venir les immigrés. L’Allemagne est en déficit de naissance d’une part et a besoin de main d’œuvre bon marché d’autre part. Il est donc prioritaire de quitter cette Europe là !

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