11/12/2016 – 07H00 Washington (Breizh-info.com) – Donald Trump n’entrera officiellement en fonction que le 20 janvier prochain. Pourtant, il a déjà décidé de démontrer qu’il n’avait pas été élu par hasard. En quelques jours, il a imposé un style flamboyant fait de démonstrations de force et d’une efficacité redoutable.

Les observateurs politiques, interloqués, en sont réduits à suivre de loin une tornade qui bouscule toutes les conventions. Si Time l’a choisi comme personnalité de l’année, ce n’est pas seulement grâce à sa campagne tonitruante et à sa victoire inattendue. C’est également car Donald Trump dynamite tous les codes habituels de gouvernement et a déjà remporté quelques victoires étonnantes.

Pendant la campagne, il a présenté un discours simple concernant la protection de l’emploi aux Etats-Unis : une baisse des régulations et des charges pour les entreprises américaines couplée à la mise en place de taxes sur les produits fabriqués après délocalisation et vendus aux Etats-Unis. S’il n’a pas encore pu inscrire ce double principe dans la loi, Donald Trump a déjà commencé à défendre l’emploi.

Une usine Ford maintenue dans le Kentucky

C’était l’une des premières victoires de Donald Trump en tant que président élu. Pendant toute sa campagne il avait attaqué l’entreprise Ford qui multipliait les délocalisations vers le Mexique. Le 18 novembre 2016, il annonçait via Twitter le maintien d’une usine Ford dans le Kentucky.

Pour la presse américaine et française, l’intervention de Trump n’a servi à rien

Si le porte-parole de la mairie de Louisville s’est félicité que « l’investissement de Ford soit maintenu » dans la ville du Kentucky , la presse américaine s’est montrée sceptique sur la réalité de l’influence de Trump. De nombreux observateurs ont d’abord relevé que la délocalisation n’était prévue qu’en 2019.

Pour le New-York Times, qui cite un article du Detroit Free Press, l’intervention de Donald Trump n’a même rien changé puisque Ford avait déjà décidé de conserver tous les emplois de Louisville. La citation sur laquelle s’est basé le Detroit Free Press pour déclarer que tous les emplois étaient assurés d’être maintenus à Louisville est la retranscription des propos de Jimmy Settles, négociateur du Syndicat des Travailleurs Automobiles (UAW). Ce dernier déclarait le 9 novembre dernier : « Quoi qu’il se passe à Louisville, elle [l’usine] ne perdra pas d’emplois. »

Pourquoi ce n’est pas si simple

L’affaire paraissait donc entendue. Donald Trump n’aurait finalement fait que sécuriser la parole d’un représentant syndical.

Le New-York Times et Le Monde  abondent en ce sens. L’usine « Louisville Assembly Plant » qui emploie 4 500 personnes n’aurait pas souffert de la fin de la production de la Ford Lincoln car elle aurait pu produire des Ford Escapade à 100 %.

Mais ces deux médias ont oublié de relever qu’il y a deux usines Ford à Louisville : «  Kentucky Truck Plant » et « Louisville Assembly Plant ».


Et c’est un élément qui a son importance car les deux usines produisent des éléments à destination des Ford Lincoln.

Quand Le Monde et le NY Times déclarent que le maintien de la production de Ford Lincoln ne change rien pour l’usine « Louisville Assembly Plant », ils oublient de signaler que ce maintien de l’activité a également des conséquences pour la «  Kentucky Truck Plant ». Et ces conséquences sont peut-être largement différentes…


C’est d’autant plus léger que l’usine qui n’est pas citée par les deux médias emploie près du double des employés de l’usine médiatisée. L’impact social est donc peut-être potentiellement plus important.

Une dernière preuve de la gravité de cet oubli gênant ?

La phrase du négociateur assurant les employés Ford de Louisville que tous leurs emplois seraient conservés était manifestement destinée aux employés d’une seule usine… « Louisville Assembly Plant ».

Entre 800 et 1 000 emplois sauvés chez Carrier

L’entreprise Carrier fabrique du matériel de climatisation et de chauffage. Elle avait annoncé la délocalisation de 1 400 emplois à Monterrey au Mexique, provoquant la fureur des salariés et celle du futur président des Etats-Unis. Le 29 novembre, Donald Trump annonçait un accord avec le fabriquant. Ce dernier acceptait de maintenir 1 000 emplois aux Etats-Unis contre la promesse que Donald Trump baisserait bien les charges des entreprises ainsi que contre une réduction d’impôts (7 millions de dollars sur 10 ans).

Seulement 800 emplois sauvés pour la presse américaine

Le Washington Post  relaie les propos d’un représentant syndical de l’usine qui considère que Donald Trump a menti en parlant de 1 000 emplois sauvés. Selon lui, cet accord sauverait seulement 800 personnes, dont beaucoup seraient certainement restées employées. Mais il a quand même applaudi Donald Trump lors de son congrès en Ohio « pour les 800 emplois qui resteront sur le sol américain. »

Bill Mc Gurn, grand éditorialiste américain, a reconnu  qu’il s’agissait d’une grande victoire politique pour Donald Trump mais a également déclaré que ce genre de décision ne pouvait pas devenir la norme dans les années à venir, sous peine d’handicaper le marché du travail.

Dans le même esprit, Sarah Palin, Républicaine,  a considéré que l’accord avec Carrier s’apparentait à du « capitalisme d’accointance » (« crony capitalism ») et mettait en péril le marché libre.

Un succès populaire

Selon un sondage pour Politico 60 % des votants américains considèrent positivement l’accord conclu avec Carrier. Il s’agit d’un beau succès pour Donald Trump qui arrive à rallier à lui un tiers des électeurs d’Hillary Clinton !

Investissement massif d’une entreprise  japonaise aux USA


50 milliard de dollars d’investissement et la création de 50 000 emplois. Voilà l’énorme promesse faite le 6 décembre 2016 à Donald Trump par Masayoshi Son, PDG de l’entreprise japonaise SoftBank, acteur majeur du numérique et des communications. Cette annonce, révélée dans le hall d’entrée de la Tour Trump à New York a étonné par son importance mais aussi par la présentation à la presse d’un document révélant un investissement conjoint avec Foxconn, le célèbre fabricant de l’iPhone.

Un projet antérieur à l’élection de Trump ?

Un projet d’investissement avait été annoncé en octobre par SoftBank et le gouvernement Saoudien qui avaient conjointement annoncé un investissement conjoint de 100 milliards de dollars aux Etats-Unis. Mais pour le PDG de SoftBank, sans l’élection de Donald Trump, l’investissement n’aurait pas eu lieu, en tout cas pas dans ces conditions là.

Il a ainsi déclaré qu’il avait fêté la victoire de Trump « car il réduirait les réglementations » . Déclarait-il cela pour favoriser la fusion entre l’américain Sprint Nexel (propriété de SoftBank) et T-Mobile ? Ce projet, avorté en 2014, n’a sans doute jamais été définitivement mis de côté par Masayoshi Son.

Quoi qu’il en soit, les observateurs américains ont été estomaqués par l’apparition du constructeur Foxconn mais également par l’admiration que semblait vouer le PDG japonais à Donald Trump. Au sortir de son entretien avec Trump, Masayoshi Son ressemblait à un gamin euphorique après une rencontre avec son idole.

Un Air Force One trop cher ?

En 2009, Barack Obama avait déjà décidé d’annuler la commande d’un nouvel hélicoptère présidentiel après l’annonce du doublement du budget prévu.  Donald Trump a, lui, menacé Boeing d’annuler la commande du nouveau Air Force One après avoir appris que les budgets ne seraient vraisemblablement pas respectés. Le PDG de Boeing, Dennis Muilenburg, et Donald Trump ont échangé après ce tweet et le constructeur s’est engagé à réduire les coûts de production.

« Nous allons gagner, gagner, gagner ! Vous allez devenir lassés de gagner ! »

Ces premiers résultats sur le front de l’emploi sont spectaculaires. Même s’ils sont controversés, parfois à raison, parfois de manière partisane, ils sont avant tout révélateurs d’un style Trump qui détonne. C’est également une réponse épicée aux allégations de Barack Obama qui moquait les grandes déclarations de Donald Trump, alors candidat à la présidence, sur l’affaire Carrier.

Dans cette vidéo, Donald Trump le promet :

« Nous allons gagner, gagner, gagner ! Vous allez devenir lassés de gagner ! Vous allez même dire : « Pitié, Monsieur le président, nous ne voulons plus gagner, c’est trop ! » Et je vous dirai : « Désolé, nous allons continuer à gagner car nous allons rendre sa grandeur à l’Amérique ! »

En quelques semaines, Donald Trump a montré à tous les Américains qu’il ne fallait pas prendre ces affirmations à la légère…

Nicolas Serrand

Photos : DR
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3 Commentaires

  1. Malheureusement aux présidentielles de 2017, nous n’aurons pas un Trump comme président mais une couille molle comme d’habitude.
    Il suffit de voir la liste « des gagnants  » qui nous ait proposée.
    Pauvre France.

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