[Tribune libre] Le peuple kurde, patriote et identitaire, doit respecter les Français qui défendent leur identité

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02/02/2017 – 12h00 Nantes (Breizh-Info.com) – Le Conseil Démocratique Kurde en France a décidé d’appeler à manifester contre une conférence organisée par Breizh-Info à Nantes, le 3 février prochain. Pour eux, la conférence de Jean-Yves Le Gallou serait un moyen de propager « la haine ».
Cette prise de position est étonnante. Premièrement, les Kurdes sont eux-mêmes des patriotes qui défendent leur identité et devraient respecter le droit des Français à faire de même dans leur pays. Deuxièmement, la présence de Kurdes, parlant au nom de leur communauté, en Bretagne, pour s’opposer à une conférence sur l’immigration, justifie en elle même cette conférence.

De plus, ces Kurdes manifesteront aux côtés de mouvances antifascistes qui sont des opposants féroces à beaucoup de valeurs qu’ils défendent…

Le Conseil Démocratique Kurde en France est un organe très proche du PKK puisqu’il se réclame de son meneur : Abdullah Öcallan. C’est également un Conseil qui promeut le projet politique mis en oeuvre dans le Rojava, région tenue par le Parti de l’union démocratique, pendant syrien du PKK.

Intéressons-nous donc à ce parti et à son idéologie afin de comprendre en quoi le rapprochement entre les antifas français et les patriotes kurdes n’a pas grand sens.

Le fantasme de l’extrême-gauche sur le positionnement politique des Kurdes

Si le parti kurde MLKP se revendique clairement communiste, beaucoup d’observateurs extérieurs, distants de la question, fantasment sur le positionnement politique du PKK.

Il est vrai que la signification du nom de ce parti (Partiya Karkeren Kurdistan, le Parti des Travailleurs du Kurdistan) ainsi que son histoire pourraient tromper celui qui ne s’intéresse pas au sujet.

Abdullah Öcalan

Le PKK n’est pourtant pas le parti marxiste qu’on imagine trop souvent !
S’il le fût sans conteste dans ses premières années, il y a bien longtemps qu’il ne l’est plus, ni dans les paroles, ni dans les actes.
Pour étudier l’idéologie de ce parti, il est fondamental de comprendre que le positionnement politique du PKK est indissociable de celui de son chef incontesté Abdullah Öcallan, dit « Apo » (« Oncle » en turc).

Les extraits qui vont suivre sont tirés d’un document très intéressant en deux parties dans lequel on découvre que le PKK n’est pas un mouvement marxiste classique – c’est le moins que l’on puisse dire – et que l’identité Kurde est le premier des moteurs de la révolution.

Paru dans la revue Inprecor, ce long article recèle plusieurs passages passionnants permettant de mieux comprendre le positionnement idéologique du PKK.
Voici quelques-uns de ces extraits qui permettent de démystifier un positionnement politique que l’extrême-gauche française et européenne ne comprend sans doute pas du tout.

Le particularisme Kurde ou l’importance du fait identitaire

Sur la mentalité kurde :
L’élément le plus distinctif de la pensée du PKK au cours des années 1980 et 1990 : son ambition de créer un « homme nouveau », caractérisé par sa « personnalité ». Ce thème de la « personnalité » des Kurdes est déjà apparu dans les écrits d’Öcalan au début des années 1980 et reste une part importante de ceux-ci. Selon Öcalan il y aurait une « mentalité kurde », métaphysique, une certaine « composition de la psyché kurde ». Il continue à avancer que « de nombreuses qualités et caractéristiques attribuées aux Kurdes et à leur société d’aujourd’hui peuvent être déjà remarquées au sein des communautés néolithiques des chaînes de montagnes de Transcaucasie – la zone que nous appelons le Kurdistan ».

La libération de la femme comme un retour à une identité kurde originelle :
Les idées du PKK sur la libération des femmes sont fortement influencées par le mythe d’un passé préhistorique matriarcal, au néolithique, « lorsque la femme était une déesse de la création », comme l’a formulé Öcalan.

Le primat du fait identitaire sur le fait politique :
Pour Öcalan, le socialisme et les luttes ouvrières sont des questions d’une importance secondaire par rapport aux questions d’identité religieuse et ethnique ou des libertés démocratiques. Cette évaluation semble partagée par un bon nombre de ses disciples. Lorsqu’un groupe de militants de gauche allemands a visité le nord du Kurdistan pour observer la pratique du système de l’autonomie démocratique, un sujet comme la réforme agraire n’a même pas été soulevé. Comme en écho au vieux principe maoïste, selon lequel l’attention devrait se concentrer sur la « contradiction principale » (donc nationale), un militant de la jeunesse a déclaré au groupe : « le socialisme et la lutte anticapitaliste sont des éléments importants de notre idéologie. Mais en ce moment notre oppression en tant que Kurdes est notre problème principal ».

Le rejet du marxisme

La fin de l’idéalisme marxiste :
Dans ses écrits récents, Öcalan mentionne très peu la profonde inégalité socio-économique entre l’ouest et l’est de la Turquie. De même en ce qui concerne les propositions pour améliorer la situation économique de la population kurde. C’est plutôt surprenant de la part de quelqu’un qui avait prétendu être marxiste. Les thèmes de la lutte des classes et de la structure de classe, traités comme des clichés dans les documents anciens, ont aussi en grande partie disparu.

Les kurdes sont biens des patriotes avant tout :
Au début des années 1990, Öcalan a déclaré que la société kurde ne connaissait pas une vraie division en classes. La véritable ligne de démarcation, selon lui, était entre « collaborateurs » et « patriotes » et non entre capitalistes et travailleurs.

Critique violente du totalitarisme socialiste :
En 2011, Öcalan déclarait : « Notre expérience du socialisme réel montre que des classes et des structures du pouvoir d’État extrêmes ont pu se former sous ce modèle prolétarien. Les pays qui ont appliqué ce modèle ont en fait développé les structures les plus autoritaires et totalitaires dans l’histoire. »

Le PKK est-il nationaliste ?

Malgré tous les points étudiés ci-dessus, les Kurdes manifestent aux côtés des antifascistes. Pourquoi donc ?
Les antifascistes abhorrent pourtant les frontières, les nations, les patries ainsi que ceux qui s’en réclament…

L’inconséquence intellectuelle des antifascistes peut parfaitement expliquer leur soutien à ce peuple patriote. Il est tout à fait possible que les antifascistes n’aient pas conscience de l’incongruité de ce soutien à des combattants qui se réclament très clairement d’un combat patriote et identitaire.

Peut-être est-ce également l’attrait de l’aventure marxiste qui joue. Le jeune antifa, ayant passé de longues heures à s’imaginer dans la jungle sud-américaine à traquer des nazis du Front National, aurait ainsi l’impression de vivre un moment historique intense…

Autre hypothèse : la sur-focalisation sur des pratiques correspondant à l’idéal d’extrême-gauche comme, par exemple, la libération de la femme et les quelques opérations libertaires collectives qui fleurissent au Kurdistan.
En se concentrant sur ces bons côtés, les membres de l’extrême-gauche passeraient outre le patriotisme et la défense de l’identité kurde.

Peut-être s’agit-il enfin d’un aveuglement idéologique poussé à son maximum.
Ainsi, le militant antifasciste pourrait se focaliser sur ces quelques lignes de la déclaration finale de la 3ème Assemblée Générale du KONGRA GEL (le congrès du Peuple du Kurdistan) : « L’Assemblée Générale a appelé les peuples turc, arabe et iranien à ne pas tomber dans le piège du nationalisme développé par les Etats et à soutenir la création d’une Union confédérale démocratique fondée sur l’égalité et la fraternité entre les peuples. »
L’antifa oublierait le rejet explicite du marxisme, l’amour des particularismes identitaires du peuple kurde, les drapeaux et les appels au patriotisme grâce à cette charge contre le nationalisme.
Bien sûr, il est tentant d’analyser cette déclaration à la lueur de la situation géostratégique très complexe du Kurdistan. Le nationalisme rejeté, c’est avant tout celui des états plus forts que le Kurdistan, qui est en position de dominé par rapport à eux !

Mais passons, peut-être que le PKK n’est pas, en façade, un parti nationaliste. Quoi qu’il en soit, il est très clairement un parti patriote, identitaire, enraciné et prêt à tout pour défendre sa culture face à l’imposition de mœurs qui ne sont pas les siennes.
Il n’est clairement plus marxiste, et reste très critique du socialisme, jusqu’à le voir comme une voie royale vers le totalitarisme !

Étonnant donc cet amour de l’extrême-gauche pour un parti qui défend de nombreuses valeurs similaires à celles portées par les patriotes français !

Louis Dubourg
Crédits Photos : Kurishstruggle [CC BY-SA 2.0] / Halil Uysal [CC BY-SA 3.0]

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5 Commentaires

  1. Même si le fond de votre article présente une vérité sur le PKK ou l’YPG, votre évocation sur ce site « Breizh-info » du « peuple français » qui défend son identité est aussi absurde que la démarche des anti-fas.

    Ici, nous sommes en Bretagne pas en France, et les Bretons ne sont pas des Français!
    Et oui, comme le Kurdistan ce n’est pas la Turquie, et les Kurdes ne sont pas des Turcs!

    Je ne sais pas si vous êtes Breton ou Français, mais dans les 2 cas vous avez un problème avec votre identité :

    Un Français qui pense qu’un Breton est Français ne sait visiblement pas ce qu’est un Français…!
    Un Breton qui se prend pour un Français ne sait visiblement pas ce qu’est un Breton…!
    2 peuples pourtant clairement distinct par leur origine et leur histoire…!

    Donc, si vous voulez défendre votre identité… faites comme les Kurdes : intéressez-vous à votre culture et à votre histoire…!

    Pour revenir au PKK, bien entendu que c’est un parti politique nationaliste!

    Quand ils s’adressent aux Iraniens, Arables et Turc pour leur dire de ne pas « tomber dans le pièce du nationalisme »…. ils parlent évidement du nationalisme issu de l’État-nation, c’est à dire de la « nation artificielle imposé par la force »… et quand ils évoquent les « peuples » ils évoquent bien évidemment la nation historique construite par l’histoire et les hommes…!

    Mais je comprends que vous n’avez pas compris, vu votre problème identitaire pour vous définir comme « Français » ou « Breton »…! Le fameux « piège du nationalisme » (État-nation) que vous n’avez pas compris et dans lequel vous êtes visiblement tombé!

    (Pour conclure sur le fond de votre article : je doute que les anti-fa seraient le bien venus au sein du PKK et de l’YPG au delà du temps d’une simple visite touristique…!)

  2. Pour un marxiste, un parti kurde, même vaguement particulariste, est un obstacle à la solidarité internationale des prolétaires. Evidemment que le PKK ne peut pas être marxiste.
    Le MLKP (parti communiste marxiste-léniniste) pro Enver Hoxha est un parti turc même si beaucoup des ses militants sont kurdes.
    Quand à la position des marxistes « purs et durs » sur le PKK :
    http://www.icl-fi.org/francais/lebol/210/procheorient.html

  3. Bravo à Louis Dubourg : il a pu brillamment montrer qu’il ignore tout à la fois de l’antifascisme, du marxisme et des luttes de libérations nationales. On voit ici bien dans quel cloaque sous-idéologique totalement confus évoluent les fascistes de Breizh Info et compagnie.

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