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12/03/2017 – 07H00 Paris (Breizh-info.com) – Le rêve d’Emmanuel Macron : obtenir le ralliement de « Jean-Yves Le Drian, le très populaire ministre de la défense. Dans l’opinion il est l’homme de fer, l’indestructible patron des armées, et surtout un homme pragmatique et loyal. Il rassure jusqu’à la droite. Le soutien du « Menhir de Lorient » est donc une priorité absolue..« Pour nous il est aussi un modèle en politique, confie un membre de la direction d’En Marche !

En Bretagne, aux dernières élections régionales, il a réussi à briser les lignes entre la droite et la gauche et l’a emporté sur un positionnement qui préfigure une sorte de pacte national. Des gens du centre, voire de droite, l’ont rejoint. Au fond, il est un pionnier. A Paris les médias l’ont à peine remarqué. Pas Emmanuel Macron. » Normal. Son secrétaire général n’est autre que Richard Ferrand, député socialiste du Finistère, ami de Jean-Yves Le Drian. Les deux hommes sont en contact permanent. « C’est logique, répond Richard Ferrand.

Je suis président du groupe socialiste au conseil régional de Bretagne qu’il dirige. J’ai animé son cercle de campagne pour les élections de 2015. Le Drian a appliqué sur le terrain les idées des fameux Transcourants, mouvement qu’il a animé au milieu des années 80 avec François Hollande. » Pour tous, le ralliement des fidèles d’entre les fidèles du président de la République n’est plus qu’une question de jours. La carte Le Drian est de toute évidence un sérieux atout pour le candidat Macron, comme cette de François Bayrou.

Les deux hommes ratissent au centre, voire au-delà pour le ministre de la Défense. Mais ce dernier peut-il faire le grand saut ? N’est-il pas tenu par la règle de neutralité recommandée aux membres du gouvernement par le Premier ministre, Bernard Cazeneuve, dont on sait le peu de sympathie qu’il éprouve à l’égard d’Emmanuel macron ? » (L’Obs, 2 mars 2017).

Cette préférence de Le Drian pour Macron n’étonnera pas ceux qui avaient compris depuis longtemps que le ministre de la Défense était un « socialiste » très « centriste ». Voire un « socialiste d’opérette ». C’était vrai lorqu’il était député-maire de Lorient, ça l’est encore davantage aujourd’hui avec sa casquette de président du conseil régional de Bretagne.

En 1985 paraissait un essai intitulé La gauche bouge (Jean-Claude lattès). L’auteur : un certain Jean-François Trans. Derrière ce pseudo se cachent François Hollande et quatre de ses commensaux (Jean-Yves Le Drian, Jean-Michel Gaillard, Jean-Pierre Mignard et Jean-Pierre Jouyet). On y trouve quelques perles : « Ce n’est pas par calcul ou par malignité que la gauche a accepté de laisser fermer les entreprises ou d’entamer le pouvoir d’achat des Français. C’est par lucidité. Refuser ces évolutions et c’en aurait été fait de la perspective d’une gestion régulière du pays par la gauche. » (Pages 52-53).

La flexibilité du travail est déjà à l’ordre du jour : «  Une inflexion de la courbe du chômage ne relève plus du mythe si une démarche pluraliste est adoptée et si trois orientations sont privilégiées : l’abaissement du coût du travail ; le partage du travail au service d’une meilleure utilisation des équipements ; le développement de nouvelles formes d’emploi. Ces orientations doivent concourir à rendre plus flexible le marché du travail sans qu’il soit nécessaire de remettre en cause brutalement les droits acquis par les salariés dans la protection de leur emploi comme le suggèrent les conservateurs.» (page 78).

Ce manifeste « libéral de gauche » déplorait qu’en dépit de la supériorité, à ses yeux désormais évidente, du système capitaliste, les Français demeuraient toujours « aussi frileux devant les mutations, craintifs face à l’avenir, pessimistes sur leur destin, hostiles au changement et à la mobilité ».

Et il allait même jusqu’à annoncer, dans la foulée, que ce serait dorénavant sur la seule question des « mœurs » et des réformes sociétales qu’auraient à se jouer l’ultime différence électorale entre la « nouvelle gauche » et la droite moderne. Prémonitoire !

Une proclamation nouvelle ne pouvait qu’étonner pendant ce premier mandat de François Mitterrand : »La concurrence est de gauche » (titre du chapitre 5, page 83) et même « fondamentalement une valeur de gauche » (page 88).

En résumé : «libéral de gauche» en 1985 et libéral tout court en 2017, Le Drian préfère tout naturellement le banquier Macron. En lisant La gauche bouge, on peut même se demander si Le Drian a cru un jour dans le socialisme (appropriation collective des moyens de production).

Bernard Morvan

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