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22/04/2017 – 09h00 Rennes (Breizh-Info.com) – Joris Miachon est président de la section Jeunes de la Coordination rurale. Alors que l’élection présidentielle se tient ce dimanche, il publie une « lettre ouverte à un futur nouvel installé » concernant l’agriculture, que nous reproduisons ci-dessous :
Madame, Monsieur,
Bientôt, l’un/l’une de vous débutera son quinquennat !
Depuis plusieurs mois, vous élaborez vos programmes. Des « experts » ont planché dessus. Ils y ont apporté des modifications, améliorations… Vous les soumettez à l’occasion de différentes rencontres et réunions. Vous expliquez vos choix. Vous faites parfois le dos rond quand les critiques fusent. Pour résumer, vous y croyez !
Et les Français vont choisir l’un/une d’entre vous. Ils s’attendront légitimement à ce qu’il/elle mette en œuvre son programme.
Je ne sais pas encore aujourd’hui qui gagnera cette élection, mais selon le résultat et pour ce qui me concerne en tant qu’agriculteur et responsable de la section Jeunes de la CR, j’assisterai peut-être à « la sortie de l’agriculture de l’OMC », au « transfert des charges du travail vers la consommation » (TVA sociale), à la création du « droit à l’erreur lors d’un premier contrôle »… En toute logique, je serai heureux de voir les normes revues, puisqu’une grande partie d’entre vous a inscrit la « révision des normes » à son programme.
Mais je dois vous prévenir qu’au cours des 5 années qui suivront, ce programme sera soumis à bien des aléas. Lesquels exactement ? Je ne peux pas l’affirmer mais il est peu probable que ce mandat soit exempté :
- d’un ou de plusieurs accidents climatiques, comme ce fut le cas lors de l’été 2016 ;
- d’une réforme de la PAC, annoncée pour 2020, mais dont personne ne peut connaître le contenu ;
- des demandes de l’Union européenne, imposant des modifications importantes dans certains dispositifs (système RPG, ICHN…) ;
- d’une nouvelle « crise » économique ;
- d’épizooties…
Tous ces événements impacteront à coup sûr votre projet et vous considérerez, légitimement, que votre devoir est de l’adapter au contexte, à la réalité conjoncturelle de l’économie.
Nous-mêmes, agriculteurs, reconnaîtrons, pour tout ou partie – en fonction des sensibilités de chacun – ces nécessités d’adaptation.
Nous saurons distinguer ce qui pouvait être fait, de ce qui ne le pouvait pas.
Personne n’exigera, par exemple :
- l’organisation d’une nouvelle élection, compte tenu du changement de programme (contrat) ;
- le contrôle, par un agent assermenté, de la bonne réalisation de l’engagement du candidat ;
- le remboursement partiel/total des indemnités liées à la fonction.
Bref, nous serons raisonnables et pragmatiques.
Maintenant, faisons le parallèle avec, moi, jeune installé en agriculture.
Si j’avais demandé les aides à l’installation, mon programme (plan d’entreprise) aurait été scruté par différentes commissions, qui auraient déterminé si oui ou non j’allais faire partie des heureux élus bénéficiaires de la mirobolante DJA.
J’y aurais détaillé les cinq premières années de mon activité : investissements, agrandissements, coûts de production, aides perçues… jusqu’au prix de vente de mes produits !
Mais moi, une fois accepté au sein du clan des « élus », je n’aurais pas d’autre option que de mettre en œuvre mon projet. Je subirais moi aussi ces mêmes aléas mais chaque modification substantielle, chaque adaptation, devrait repasser au crible d’une nouvelle commission d’experts. A mes frais, évidemment.
J’aurais pu m’en accommoder si j’avais pu prétendre à une rémunération décente.
Mais, comprenez-moi : un président de la République gagne environ 16 000 € nets par mois et la MSA a indiqué qu’un tiers des agriculteurs avait gagné moins de 354 €/mois en 2015. Vous gagnerez donc à peu près autant en 8 jours que ce que le tiers d’entre nous ont gagné en 2015 !
Je n’affirmerai ni n’infirmerai ici que les élus de la République sont trop payés ou pas assez payés, mais simplement que nous, agriculteurs, ne sommes pas rémunérés décemment pour le travail que nous fournissons.
J’ai conscience que le parallèle entre un chef d’État et un nouvel installé peut paraître démagogique. Cependant, les décisions que vous prendrez auront un impact autrement plus important sur l’économie nationale et européenne sur nos perspectives de réussite… que mon petit projet d’installation, et que l’utilisation des quelques millions d’euros de l’enveloppe « Aides à l’installation ».
Alors, comme j’ai pu remarquer que votre programme s’intéresse finalement peu aux problématiques de la jeunesse agricole, je me permets quelques suggestions pour vos premiers mois d’activité.
Si vous voulez créer un cadre propice à la réussite des jeunes installés, il faudrait vous atteler dès votre élection à mettre en place, avec l’ensemble des partenaires, de réelles mesures de bon sens :
La première : une PAC efficace, pour un retour à des prix rémunérateurs, à même de garantir des perspectives de revenu dignes et durables pourra bénéficier à l’ensemble du monde agricole.
La seconde, une remise à plat totale des politiques d’accompagnement à l’installation :
- elles doivent être ouvertes au plus grand nombre et permettre aux jeunes de s’adapter, car l’agriculture a besoin de tous ses jeunes installés ;
- elles doivent être équitables pour que quel que soit le projet mis en œuvre, le nouvel agriculteur ne soit pas classé selon les « bons » et « mauvais » jeunes installés : investir peu ou beaucoup, produire en bio ou en conventionnel, être issu du milieu agricole ou non… peu importe ! Participer au renouvellement des générations, créer une activité agricole viable dans le contexte économique que nous connaissons aujourd’hui justifie déjà amplement l’attribution d’une aide substantielle, et tel est bien là l’objet de la DJA ;
- elles doivent être efficientes, en servant d’abord les jeunes installés eux-mêmes plutôt que les structures qui les accompagnent.
Ces propositions sont bien sûr très générales, mais nous avons cinq ans devant nous. Les jeunes de la CR sont prêts à avancer et à entreprendre. Respectez le pluralisme, écoutez-nous !
Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’assurance de mes sentiments respectueux.
Joris Miachon
Président de la section Jeunes
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