Fay-de-Bretagne : un squat anar-féministe dans l’ancien CHRS depuis plus d’un an

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30/11/2017 – 06h45 Fay de Bretagne (Breizh-info.com) –  Depuis le 5 octobre 2016, l’ancien CHRS Le Val, situé à la Noë entre Fay de Bretagne et Malville, est squatté par des anarchistes et féministes. Ce squat, successivement nommé Fayradiz puis l’Ancre Noire fait partie des « lieux périphériques » de la ZAD, hors de contrôle – les paysans et la ZAD ne s’en occupent pas, pas plus que les pouvoirs publics – qui ont émergé autour de la ZAD de Notre-Dame des Landes et constituent autant de zones de non-droit.

Le CHRS le Val était installé dans une ancienne ferme et a été désaffecté voilà plusieurs années, essentiellement pour des raisons budgétaires. C’était une structure de 16 places qui accueillait des personnes avec des difficultés psychiques ou psychiatriques, avec un coût de 32.000 € la place par an, contre une moyenne régionale de 15.068€. Le surcoût était lié à la masse salariale – deux moniteurs d’ateliers et quatre travailleurs sociaux – ainsi qu’à l’organisation d’ateliers autour du jardin potager et de la menuiserie. Après sa fermeture et sa transformation en CHRS « diffus » de 8 places, les bâtiments ont été mis en vente sans succès et sont demeurés vides.

Le 5 octobre 2016, une demi-douzaine de personnes se sont introduites dans le bâtiment – repéré depuis le mois de juillet – et s’y sont barricadés tandis qu’une vingtaine d’autres leur prêtaient main forte dans la journée pour rendre les lieux habitables. Un chantier collectif de remise en état de l’électricité, de la plomberie, des fenêtres et des meubles a eu lieu le dimanche 9 octobre.

Des squatteurs expulsables depuis le 31 mars 2017

Tout de suite, le lieu s’est affirmé comme un squat « féministe » et « vegan » pour « faire vivre et approfondir les solidarités féministes MTPG dans et autour de la zone ». L’abréviation MTPG signifie «  meuf, trans, pédé, gouines ». En janvier 2017, le lieu est déclaré expulsable à la fin de la trêve hivernale – le 31 mars – et les squatteurs sont condamnés à payer 800 € de frais de justice. Des événements de soutien du 23 au 25 mars et un repas de soutien le 31 sont organisés pour payer la douloureuse, le plus souvent « en mixité choisie meufs, trans, pédés, gouine », c’est à dire à l’exclusion de tous les autres.

Curieusement, bien qu’il est expulsable depuis le 31 mars 2017, le squat n’a pas été expulsé. Le squat est présenté sur squat.net en juillet 2017. Il a pour vocation de « se positionner contre les agressions racistes, sexistes, masculinistes, transphobes, homophobes, lesbophobes et validistes. Ceci sans masquer, et en interrogeant, nos privilèges de personnes blanches hétéronormées, nos comportements oppressifs et nos préjugés intégrés ». Un appel au don d’outillage divers, d’outils de jardinage, de meubles et d’accessoires de puériculture est lancé sur la même page, avec une liste très détaillée.

Une perquisition policière début novembre pour récupérer des objets volés dans le voisinage

Le 2 novembre, alors que le squat n’est toujours pas expulsé – et s’apprête donc à passer son deuxième hiver, cette fois sous l’appellation Ancre Noire – une perquisition policière y a lieu vers 15h30. Elle permet de récupérer « 3 chaises, une gazinière inservible, un sommier, une chauffage éléc’, une pelle de four à pain, une échelle et un tréteau » que les squatteurs ont tout simplement pris, comme ils le reconnaissent dans un communiqué, « aux heureu.se.x proprios d’un mobil-home en décomposition à coté de la bâtisse ».

Ces derniers, victimes des vols, sont traités entre les lignes de fachos : « Ce serait beaucoup plus simple et cordial de nous avoir facilité une liste d’affaires perdues, en bonne entente voisinale, au lieu de nous jeter au cul des képis et camouflés, faisant appel à l’État répressif qui vous légitimez » dans un « réflexe de délation, de citoyen-vigilantisme, proie de la collaboration et de la légitimation de la violence institutionnelle et de ses boucs-émissaires » (sic). Sur ce le squat entend s’ouvrir vers l’extérieur du 17 au 26 novembre.

Selon nos informations, d’autres vols ont eu lieu dans les environs du squat – dans des hameaux situés aux limites des communes de Fay-de-Bretagne, Bouvron et Malville – depuis un an. De l’outillage et des objets divers ont disparu. Si les riverains ne relèvent « pas de hausse particulière par rapport aux habitudes », la coïncidence avec la perquisition de l’Ancre Noire est tout de même curieuse.

Des lieux périphériques où se réfugient les incontrôlables, en délicatesse avec la ZAD de Notre-Dame des Landes

Dans le jargon, l’Ancre Noire est un « lieu périphérique », situé à 10 km (tout de même) de la ZAD. C’est à dire que ce n’est pas la ZAD de Notre-Dame des Landes, il n’en dépend pas et ne suit pas ses règles, pas plus que celles du mouvement paysan (bio) qui la soutient. Mais des activités militantes liées de près ou de loin à la ZAD peuvent y être organisées. Il y en a d’autres, tout autour de la ZAD, parfois assez éloignés, notamment à la Pâquelais, Vigneux, Héric, Fay-de-Bretagne, dans des squats ou sur des terrains perdus dans la campagne.

Un de ces lieux périphériques s’appelle le Haut Fay, créé fin avril 2013, au moment où éclatent les premiers conflits d’usages entre les divers habitants et militants de la ZAD. Fin octobre, il a été encerclé par quatre voitures du PSIG et survolé par un hélicoptère des forces de l’ordre : celles-ci recherchaient une personne qui a fui une arrestation et qui était censée habiter dans le squat. Après avoir bouclé les lieux, ils sont finalement repartis, bredouilles. C’est là que se trouve une université populaire anarchiste, aux confins de Héric et de Grandchamp, à l’ouest de la Grande Haie sur la route de Notre-Dame des Landes.

« Au début, la ZAD accueillait presque toutes les tendances des mouvements anarcho-autonomes », nous explique un proche du dossier. « Cependant, il y en a qui ne suivait pas les règles élémentaires, notamment ne pas s’attaquer aux populations locales ou aux paysans. Y en a qui coupaient les clôtures, essayaient d’empêcher les chasseurs du bourg de chasser, intimidaient les paysans qui coupaient des arbres dans les haies ou utilisaient des pesticides, volaient dans les commerces ou menaçaient les habitants supposés soutenir le projet d’aéroport. Bref, ils sapaient la bonne entente nécessaire entre riverains, paysans et zadistes pour stopper le projet d’aéroport ».

Au fur et à mesure les plus incontrôlables ont été poussés dehors, notamment « en juin 2013 et en août 2014 », nous affirme notre source. Elles ont été dénoncées par le CLCA, micro-comité de lutte anti-aéroport fondé par un fermier anarchiste du sud-Loire, et qui s’est longtemps prétendu comme la voix unique du mouvement. Or ledit anarchiste « avait été en délicatesse avec la ZAD et avait fini par y devenir persona non grata », nous explique un autre militant anti-aéroport. « Sur son blog il n’a alors cessé d’attaquer les divers acteurs du dossier en les accusant de se soumettre à Vinci, de trahir la lutte, de ne travailler que pour leurs intérêts, d’être fascistes voire le tout en même temps ».

En juin 2013 le CLCA écrit ainsi « des camarades libertaires résistants depuis plus d’un an au projet de VINCI, ont été traqués dans leurs cabanes, vendredi soir, par un vingtaine de personnes, leur demandant de quitter les lieux, sinon ils se chargeraient de les virer », tandis que la veille un paysan libertaire proche du CLCA aurait été menacé dans sa ferme. Le 10 mai 2014 le CLCA appelle à réoccuper la ferme de la Grée, au centre-sud de la ZAD, brocardant pêle-mêle les paysans (Copain44 et Acipa) qu’il accuse d’avoir signé « des accords avec la Préfecture » et d’être « bien décidés à évincer les zadistes jugés incontrôlables ». Le lendemain, le CLCA écrit encore que « dans la nuit de l’occupation, un groupe de personnes encagoulées est venu intimider des personnes qui ont organisées l’action » puis « les occupants ont été confrontés au bureau de la ZAD qui leur a demandé de quitter les lieux ». Il se trouve en effet que la ferme, inoccupée, appartenait à un paysan soutenant la lutte et qui a refusé de vendre à Vinci. Une fête y a été organisée puis les occupants ont quitté les lieux.

Dominique Fresneau, historique de la lutte paysanne, précisait alors que le CLCA «  a déjà appelé par le passé à occuper des fermes qui étaient habitées et dont les propriétaires avaient refusé de vendre au département et à Vinci ». CLCA qui suscitait aussi des réactions sur Indymedia de la part d’un zadiste : « relais massif de fausses rumeurs d’intervention policière, accusation infondées d’infiltrations, détournement de dons qui leur parviennent via leur site internet et dont personne ne voit jamais la couleur dans le mouvement (si ce n’est le versement de sommes liquides à quelques individus bien choisis), tentatives de sans cesse attiser les divisions dans le mouvement, ouverture bidon comme celle de la Grée ». Bref, « c’est un micro-groupuscule de pseudos radicaux,un pitoyable ramassis d’idiots utiles ».

Suite à cette affaire, le CLCA n’a plus fait parler de lui. « Ils ont quitté la ZAD et ont créé d’autres squats aux alentours, nous on s’en fout, ce n’est pas sur la ZAD et bon débarras », s’exclame un riverain, opposé à l’aéroport. Le squat de l’Ancre Noire en fait partie, un communiqué de mars 2017 laisse entendre qu’il a été créé par des personnes en délicatesse avec la ZAD officielle : « son ouverture faisait suite à deux week-ends d’ateliers et de discussions organisés en mixité choisie MTPGI pour réfléchir à d’éventuelles expulsions de la ZAD, théâtre en 2012 de nombreux propos et comportements sexistes, virilistes, homophobes ou transphobes ». La ZAD n’a d’ailleurs pas commenté son ouverture, pas plus que celle d’autres lieux périphériques.

Malgré le ras-le-bol des riverains, les forces de l’ordre regardaient ailleurs, jusqu’à ces dernières semaines. « Nous connaissons ces lieux, nous savons qu’il y a des personnes recherchées ou fichées qui y habitent, mais nous avons ordre de ne pas intervenir », nous expliquait tout récemment, sous le couvert de l’anonymat, un gradé de la gendarmerie. Les paysans s’en sont débarrassés, les forces de l’ordre regardent ailleurs – ces lieux périphériques sont pour l’heure autant de zones de non-droit que les riverains doivent subir sans mot dire. Pour l’instant.

Louis Moulin

Crédit photos : DR
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  • Pschitt

    Ces perturbateurs à cheval sur la politique et la maladie mentale se maintiendront tant que le projet d’aéroport n’aura pas été abandonné — et se trouveront réintégrés dans une lutte d’ensemble si jamais il est validé. Quel désastre que la gestion de ce dossier par l’Etat ! (On se sentirait presque en sympathie avec les anarchistes, tiens…)

    • jaouen

      C’est effectivement le problème. La seule solution pour se débarrasser des perturbateurs et assainir la ZAD sera en effet l’abandon de l’aéroport et carte blanche aux paysans pour l’avenir. On y arrivera si l’aéroport est en effet abandonné.

  • Armoricaine

    L’emprise immaturante du socialisme et autres gauches suinte en sanies dans les empreintes permissives malsaines de leur tolérance en chaos.