Alors que les menus des fêtes se préparent dans les foyers bretons et que le choix des vins se fait de plus en plus pressant,  nombreux  seront ceux à renâcler au service d’un muscadet pour leur  réveillon. Cette défiance à l’égard du muscadet   démontre qu’en matière de vin,  l’inertie des mauvaises réputations entache pour des décennies l’image d’un vignoble et ce, en dépit des progrès accomplis.

Ce n’est pas faute de le répéter, avec  l’ambitieuse réforme des crus communaux notre vignoble s’est amendé par le haut, créant  une nouvelle génération  de grands muscadets  aux élevages sur lies fines prolongés. Mais loin de recueillir encore tous les fruits de ce courageux aggiornamento,  le Muscadet   demeure injustement dévalorisé face à des appellations beaucoup moins vertueuses dans leurs pratiques et leurs rendements. Au-devant  de cette concurrence, se poste  le Mâconnais,   autour  duquel  s’est construit le mythe d’une qualité chimérique, facilitée par l’attractivité d’un chardonnay aux accents beurrés par la « malo » qui  s’enrichit dans le faste éphémère de la barrique.

Le réflexe est là !  La peur de déchoir  par la proposition  d’un muscadet conduit souvent au repli faussement sécuritaire  sur  mâcon-villages, bien   plus vendeur en notoriété. Or, s’il faut se garder de  toute  généralisation abusive, le constat  apparaît accablant pour un  vignoble passé maître dans  l’élaboration  de vins saturés en sulfites et l’institutionnalisation de hauts  rendements (60hl/hectare). Ce   laisser-aller ambiant, qui a laissé s’installer une mentalité de pisseurs de vigne,     condamne la  qualité par  les effets dévastateurs  d’une dilution des jus,   incapable de retranscrire les nuances du terroir …

D’ailleurs une dégustation  récente organisée par l’association Vertivin  pointe un niveau d’ensemble très décevant pour ne pas dire plus… Le piètre niveau  affiché par les vins du  mâconnais, dévoile   un statut de vignoble de qualité largement usurpé,  qui capitalise en partie sur  son association avec le bourgogne blanc .Mais la réalité  se montre intraitable, car   seule une minorité  de  vignerons bio ( Domaine Valette, Nicolas Maillet, les frères  Brett ) ou de grands talents, (Guffens Heynen) parviennent à satisfaire les exigences des connaisseurs  du chardonnay  à des  prix notables ( environ 30€).

L’indulgence accordée à l’engeance mâconnaise  semble d’autant plus   imméritée si l’on veut bien   considérer l’état d’esprit passéiste  qui gouverne  ce vignoble gangréné par la  culture phytosanitaire à tous crins. Non content de sulfater les écoles, les  barons  de la viticulture traditionnelle s’adonnent au  saccage des locaux de l’INAO (en 2005), dès lors qu’il s’agit  de consentir à   une petite baisse de rendement de 2hl/ hectare !!

À rebours des excès de  l’enfant gâté de la Bourgogne, le muscadet a fait le choix d’exprimer son terroir avec plus de force et d’authenticité. La réduction des rendements (moins de 45hl par hectare pour les crus communaux) et la  progression  des conversions à la culture biologique sont les signes  les plus tangibles de cette révolution des mentalités. Il en ressort l’émergence d’une nouvelle génération de vignerons, génitrice de grands vins de terroirs  en mesure de refléter l’extrême diversité des sols sur des profils de muscadets radicalement différents.

Notre sélection est un classement de cœur à la subjectivité hautement contestable qui entend rendre justice à la  personnalité complexe du plus caméléon des  cépages   : le melon de Bourgogne. Foin de notes sur 20 (façon Revue du vin de France) ou sur 100 (à l’anglo-saxonne), les vins gagnent plus à être décrits pour l’originalité  qu’ils représentent plutôt que de  passer  sous les fourches caudines de l’analyse sensorielle. Les vignerons cités sont de  toutes les obédiences (bio, nature, conventionnel) et incarnent les multiples composantes d’un terroir qui s’étend des rives sableuses du Lac de Grand-Lieu aux coteaux granitiques du pays d’Ancenis.

 

 

  1. Domaine de la Pépière, Clos des Briords, Rémi Branger, Marc Ollivier, Gwénaelle Groix.Prix moyen 9.5€

Le Clos des Briords a permis d’isoler le fruit d’une magnifique parcelle de vieilles vignes  âgées de plus de 50 ans. Les  vieux ceps noueux aux rendements modestes donnent naissance à un muscadet très personnel   à mi-chemin entre la personnalité caillouteuse des meilleurs Sèvres et Maine et l’exubérance citronnée d’un cru communal. En outre, le domaine caracole  dans le peloton de tête des meilleurs crus communaux (Gorges, Monnières Saint-Fiacre, château Thébaud ) et la conversion du domaine a considérablement amélioré la définition des vins.

  1. Domaine de la Louvèterie, le fief du Breil, Jo Landron Prix environ 15€

Il n’y a pas de secrets ! Pour obtenir un grand muscadet le vigneron doit contenir au maximum les rendements sinon le lien vin-terroir se dilue dans l’eau des raisins… Jo Landron, figure charismatique du bio depuis plus de 30 ans,  comprime les vendanges des coteaux de la Haye-Fouassière à 40hl/hectare grâce à une densité de plantation de 7000 pieds à l’hectare et une taille très serrée. En cours de reconnaissance pour devenir un  cru communal, le fief du Breil impressionne par l’intensité et le raffinement  de ses senteurs d’infusion qu’il dégage dès l’ouverture .L’ élevage sur lies fines lui donne  un corps  robuste et  apporte  une touche légèrement fumée se liant à merveille dans la personnalité minérale d’un grand muscadet de terroir.

  1. Domaine de L’Ecu, Classic , Fred Niger Prix moyen 9€

Guy Bossard, le pionnier du bio  en terre de Muscadet, a cédé son domaine à Fred Niger qui conduit les rênes du domaine sous les préceptes de la biodynamie. Il en résulte des vins en parfaite fusion avec leur terroir, à l’image des célèbres cuvées parcellaires gneiss et orthogneiss. Après une phase de transition  un peu brouillonne, Fred Niger retrouve l’éclat et l’énergie des muscadets qui ont  assis le savoir-faire de Guy Bossard. Plus précis dans sa vinification, les vins développent des matières consistantes généralement  tendues par  des acidités feutrées et salivantes. La cuvée Classic constitue une jolie entrée en matière pour découvrir un style de muscadet  fringant, débarrassé  de l’emprise  des sulfites. Muscadet de fruit à boire dans sa juvénilité.

  1. Domaine Luneau-Papin, Excelsior, Prix moyen 20€

Ce  vin par sa  régularité sans faille a toujours tenu une place de choix au sein de l’élite des grands muscadets. Excelsior provient des vieilles vignes du domaine âgées de 75 ans et  d’une magnifique  parcelle de micashistes  exposée plein sud, située à la Chapelle Heulin. Vieilli plus de 36 mois sur lies fines, le vin affiche une personnalité luxuriante presque déroutante car très éloignée par son gras exceptionnel, de l’austérité des muscadets conventionnels. Grand vin de garde, l’Excelsior  se complexifie au terme de quelques années de bouteille et ajoute à sa palette aromatique  des arômes de fruits secs et de vieux rhum encore plus surprenants.

  1. Domaine Vincent Caillé, terre de Gneiss prix moyen 20€

Sur le terroir de Monnières, Vincent Caillé a gagné ses galons par la production de crus communaux de très haut vol  Gorges et Monnières Saint-Fiacre). Sur cette toute jeune cuvée, Vincent Caillé expérimente un élevage en cuve béton ovoïde   qui assure un brassage quasi naturel des lies (grâce à sa forme). Le résultat est flamboyant, le muscadet dense et racé  se montre encore un peu  sur la réserve mais derrière une apparente sobriété  l’élégance et un  équilibre magistral sont déjà au rendez-vous.

  1. Stéphane Orieux Clos de la Coudray. Prix moyen 10€

Muscadet monumental à moins de 10€ ! Le clos de la Coudray  est un vibrant  plaidoyer du travail consciencieux et rigoureux  de ce vigneron bio  installé sur Vallet. Reconnu par les initiés comme étant l’un des plus doués de sa génération, mais aussi l’un des plus exigeants car ses rendements  sont sans doute les plus bas de l’appellation. Toute la gamme se démarque par une insigne pureté, des corps ciselés, des acidités douces et superbement intégrées. Le Clos de la Coudray transcende toutes ces qualités  par un vin magistral dans son équilibre et son élégance.

  1. Domaine Eric Chevalier, la Noé. Prix moyen 9 €

Le muscadet  côtes-de-Grandlieu a subit une certaine condescendance par le passé. Ce terroir à dominante sableuse, bordant  les rives  mouvantes du Lac de grandlieu  traîne en effet  une réputation de gentil muscadet de soif au fruité précoce. Il est vrai que cette partie sud du vignoble a manqué de grands représentants pour défendre la singularité de ses vins. Hormis Serge Batard du domaine des Hautes Noëlles, la majorité  des vignerons de la région s’est complu dans une production routinière à hauts rendements… L’arrivée d’Éric Chevalier a bousculé la donne, ce vigneron charismatique relève les standards de la région de façon spectaculaire par la production de de muscadets délicieusement salins au goût récurrent de lime. Les sélections parcellaires portent haut le niveau des vins du domaine, en particulier la Noé dont les maturités peuvent prendre une dimension quasi exotique sur les millésimes chauds.

  1. Domaine les frères Couillaud, cuvée « M » , collection privée. Prix moyen 12€

Ce domaine historique sis à la Regrippière, près de Vallet, compte parmi les champions historiques des exportations de muscadets grâce à un carnet de  clients présent dans les quatre coins du globe. La cuvée « M »  renferme le  saint des saints, un muscadet hors norme, vieilli 30 mois sur lies fines et uniquement vinifié sur les meilleurs millésimes. De vrais petits bijoux, harmonieux à souhait  souvent subtilement mentholés, pouvant vieillir de longues années.

  1. Jérôme Bretaudeau, Granit. Prix moyen 13€

Jérôme Bretaudeau est un vigneron surdoué, respecté par ses pairs, qui s’est imposé en très peu de temps comme la grande référence du Muscadet. Il excelle également  sur ses rouges (Pinot noir fabuleux avec la cuvée Statera) et expérimente plusieurs types d’élevages (amphore, cuves ovoïdes, solera) donnant lieu à  des vins d’une originalité folle. Chez lui le melon de bourgogne s’aiguise comme une lame d’épée avec une acidité contenue et lisse, la couleur cristalline un peu transparente  ne prépare pas à l’étonnante intensité  aromatique de ses vins .Sur la cuvée Granit, le caractère effilé des muscadets de Jérôme Bretaudeau s’affirme davantage et appelle la chair de tourteau ou mieux encore d’une araignée de mer.

  1. Bruno Cormerais, cuvée Bruno Prix moyen 13€

Comment ne pas finir par le plus emblématique des vignerons ! Bruno Cormerais  est l’un des tous premiers à  nourrir de l’ambition pour un blanc sec à l’image dévalorisée à une époque (Les années 80)  où  la plupart de ses confrères avait cédé aux facilités de la  viticulture productiviste. Pionniers de la qualité, Bruno Cormerais et sa femme (excellente cuisinière imaginant des accords de légende  avec les muscadets) sont unanimement respectés pour leur contribution au redressement de la réputation du vignoble. Il est  connu pour être l’un des  vignerons à pousser l’élevage sur lies fines aux maximum de ses limites, notamment avec  la cuvée Maxime (40 mois) qui complexifie la simplicité apparente des arômes du melon de bourgogne dans  l’autolyse des levures.

Bonus (hors appellation)

  1. La Bohème, domaine de la Sénéchalière, Marc Pesnot. Prix environ 10€

Marc Pesnot  est le pape du muscadet nature, son style inimitable axé sur la recherche de maturités très poussées enfante des vins incroyablement sapides. La cuvée la Bohème révèle un melon de bourgogne débordant d’arômes de poire inédits pour ce   cépage plus enclin à faire parler la sévérité minérale du terroir. Certes, selon les millésimes, le vin est sujet à une certaine inconstance et son évolution en bouteille réserve son lot de versatilité, il n’en reste pas moins un vin iconique adulé par les adeptes du vin nature.

Raphno

Crédit photos : DR et Breizh-info.com
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3 Commentaires

  1. Jamais le muscadet n’a rivalisé avec le macon, soyons serieux.Que certains Macon périclitent et que certains Muscadet s’améliorent, on peut l’admettre mais cela reste très relatif. Regardez ensuite l’augmentation des prix de ce Muscadet: là ce n’est plus serieux du tout, bientot ce vin sera aussi cher qu’un Champagne ou un Grand Cru alors messieurs les producteurs de Muscadet ne vous étonnez pas d’etre boudés; il y a quelques années on disait que ce vin faisait des trous dans l’estomac, aujourd’hui c’est dans le porte-monnaie. Alors le muscadet? oui, un p’tit coup avec des huitres en été en Bretagne mais n’en abusons pas.

    • Clairement, vous restez sur une impression, ou une idée reçue, d' »il y a quelques années », au moins une douzaine d’années, je dirais. Peut-on encore dire « le muscadet » ? Certainement pas, pas plus que « le macon », d’ailleurs. Entre un muscadet bas de gamme et un muscadet « haute expression », il y a un monde, et aussi du travail et du talent. Apparemment, l’augmentation des prix vous a dissuadé d’explorer ce monde. Vous êtes donc mal placé pour donner des leçons générales. Et au fait, toutes les huîtres ne se valent pas non plus !

  2. Il y a 20 / 30 ans , les anglais , paraît il , nous achetaient 50% de notre production , ce qui a donné des abus dans une course à la surproduction et sur la qualité . Apparemment depuis il y a eu une reprise en main pour la crédibilité de la profession .
    Sur les conseils d’un connaisseur , vieil et infatigable arpenteur du vignoble : « Tonton » * , vieux gâs , ses amples moustaches à la gauloise ( on n’en fait plus des comme ça , cherchez bien ) , sa petite Polo rouge avec Choupette son épagneule , j’ai toujours privilégié les vignerons de La Varenne et je n’ai jamais été déçu . Muscadet fruité , frais en bouche , peu d’astringence : un véritable nectar qui vous fait aimer ce vin .
    Je me méfie des caves coopératives et des « domaines » : du vin « commercial » mais souvent déçu ; à c’t heure je prends ma petite provision pour l’année à Drain ( mon petit vigneron de La Varenne a pris sa retraite ) .
    Dans bien des cas le gros pet que j’ai goûté était juste bon à faire la vinaigrette , donc je vais rarement sur ce cru . ( il faut dire que j’ai été coopté par de vrais nantais de souche , vous savez , ceux chez qui vous êtes invités et qui vous font entrer par le cellier avant de passer à table , souvent vignerons eux mêmes )
    * Tonton est décédé il y a 20 ans , dans sa petite maison familiale des bords de Loire à Trentemoult .

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