Prisons. Jean-Marie Bertrand (UNSA-UFAP) : « Mieux valait signer avec Nicole Belloubet que de sortir la queue basse du conflit »

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02/02/2018 – 06h20 Rennes (Breizh-info.com)  – Après le mouvement historique qui a secoué la pénitentiaire, nombre de personnels ont le sentiment que leur mobilisation s’est terminée en queue de poisson. L’UFAP a en effet décidé vendredi dernier de sortir de l’intersyndicale et signer des propositions du ministère de la Justice pourtant unanimement rejetées par les adhérents des deux autres syndicats représentatifs, la CGT-Pénitentiaire et FO-Pénitentiaire.

L’accord s’appliquera à tous les personnels dans les mois à venir. Jean-Marc Bertrand, secrétaire régional adjoint de la DISP de Rennes (prisons de Bretagne, Anjou, Maine, Normandie, Vendée) nous explique le choix de son syndicat, qui représente 38% des personnels pénitentiaires.

Breizh Info : Jean-Marie Bertrand, votre syndicat a décidé de signer et provoque des réactions violentes, si ce n’est l’incompréhension, des autres membres de l’intersyndicale. Pourquoi avez vous décidé de mettre fin à ce mouvement ressenti par les personnels comme historique dans son ampleur ?

Jean-Marie Bertrand (UFAP-UNSA) : C’est nous qui étions à l’initiative de ce mouvement, auquel se sont  rattachées ensuite la CGT, puis FO qui a amené des revendications purement indemnitaires et s’est mis à part. On a essayé de rabibocher tout le monde pour le bien commun car on travaille ensemble dans les établissements de l’administration pénitentiaire. Notre objectif était d’obtenir des moyens matériels et des effectifs supplémentaires.

Breizh Info : Votre syndicat est accusé d’avoir signé un accord à minima, sans garanties…

Jean-Marie Bertrand (UFAP-UNSA) : FO et CGT voulaient à tout prix augmenter le salaire des personnels, ça ne réglait pas pour autant les problèmes de sécurité. Si on peut limiter les agressions et leur gravité, c’est très bien.

Breizh Info : Qu’y-a-t-il de concret dans les propositions que Nicole Belloubet vous a faites ?

Jean-Marie Bertrand (UFAP-UNSA) : Les axes vont être travaillés.

Breizh Info : Mais concrètement ?

Jean-Marie Bertrand (UFAP-UNSA) : On aura des équipements, notamment des passe-menottes pour pouvoir menotter les détenus agressifs pendant leurs déplacements. Il y aura aussi des quartiers spécifiques pour les détenus dangereux, violents ou radicalisés, qui devront être séparés du reste de la population pénale.

Breizh Info : Au Moyen-Age on séparait physiquement les lépreux du reste de la population. Ils avaient leurs villages, à l’écart des vents dominants, leurs lieux de culte et leur mobilier. Si on traite les radicalisés comme les lépreux du XXIe siècle en les mettant à l’écart, ne risque-t-on pas plutôt de les conforter dans leurs choix ?

Jean-Marie Bertrand (UFAP-UNSA) : L’objectif est de supprimer pour eux la possibilité de faire du prosélytisme. Rien ne les empêche d’avoir une démarche éventuelle de réinsertion. Mais s’ils ne veulent pas le faire, on ne peut pas les prendre par le fond de la culotte et les y obliger, passez moi l’expression. Par exemple, en prison il y a des enseignants qui viennent, il y a des cours, mais l’assistance n’y est pas obligatoire.

Breizh Info : L’éventualité de leur mise à l’écart s’ils adoptent un prosélytisme trop voyant ne risque-t-il pas d’être pire que le mal, en les poussant à la taqîya – une pratique marginale au sein de l’islam, mais tolérée dans ses versions radicalisées, qui conduit à la dissimulation de la foi lorsqu’un élément extérieur la menace. Ici, ils se soumettraient formellement tout en continuant à agir discrètement, et être d’autant plus déterminés ?

Jean-Marie Bertrand (UFAP-UNSA) : C’est possible. Mais la priorité est d’abord de faire le ménage, forcément, la mise à l’écart ne va pas leur plaire.

Breizh Info : Le centre pénitentiaire de Nantes compte plusieurs dizaines de détenus radicalisés ou en voie de l’être, entre la maison d’arrêt et le centre de détention – ou l’un d’eux est même auxiliaire, ce qui ne peut que faciliter son prosélytisme. Combien y a-t-il de radicalisés sur la DI de Rennes ?

Jean-Marie Bertrand (UFAP-UNSA) : Je n’ai pas les chiffres, et c’est une info qui ne filtre pas. Seul le directeur interrégional doit les avoir. Du reste, je suis secrétaire administratif, j’étais aux ressources humaines à la direction, je suis maintenant permanent syndical, je n’ai pas de contact quotidien avec la réalité de la détention.

Breizh Info: Pour vous, l’accord signé est-il bon ou pas ?

Jean-Marie Bertrand (UFAP-UNSA) : De toute façon, nous avons respecté notre parole et consulté notre base de façon démocratique, en contactant au moins 75% des agents syndiqués de chaque établissement, voire 95% ou la totalité par endroits. Après, c’est un bon début. Il valait mieux signer avec Nicole Belloubet et prendre ce qu’elle donnait que de sortir du conflit la queue basse.

Madame Belloubet « ne maitrise pas grand chose« 

Breizh Info : La ministre ne vous a pas apparu quelque peu bloquée face au mouvement des agents ?

Jean-Marie Bertrand (UFAP-UNSA) : Je suis certain qu’elle ne maîtrise pas grand chose. Elle y est depuis six mois, elle dit qu’elle connaît la pénitentiaire, j’y suis depuis 30 ans et je ne connais pas tout. Cela dit, après les interventions d’Édouard Philippe et de Macron, c’était ça ou rien. Et puis il faut savoir mettre fin à une grève…

Breizh Info : Comme nous l’ont expliqué les agents mobilisés devant leurs établissements, un agent pénitentiaire touche 900 € à l’école, 1050€ de fixe en début de carrière (ainsi que 400 € de prime), des salaires manifestement très insuffisants, surtout eu égard aux risques qu’ils affrontent. Qu’en est-il sur cette question ?

Jean-Marie Bertrand (UFAP-UNSA) : Le sujet des salaires a été abordé par FO afin d’amener le plus grand nombre d’agents au mouvement. Ce qui a mis le feu aux poudres, ce sont les agressions commises par des détenus islamistes à Vendin le Vieil et à Borgo. La revendication principale est que nous soyons protégés, pas de demander 200 € d’augmentation mensuelle.

Breizh Info : Cependant, qu’en est-il sur ce sujet ? Est-ce que la « prime à l’agression » proposée par Nicole Belloubet et qui a suscité un tollé de la part des agents est maintenue ?

Jean-Marie Bertrand (UFAP-UNSA) : Pas de prime à l’agression, bien sûr, même si elle a ravi nos collègues FO. Déjà, 10 millions d’euros sont débloqués pour payer les heures supplémentaires, la prime de dimanche et jours fériés passe de 26 à 36€, la prime de sujétion spéciale, qui était à 26% du salaire, passe à 28%. Comme FO, nous demandions 30%. Ce n’est pas énorme, mais c’est mieux qu’un coup de pied au cul. Et surtout la fameuse prime de charge pénitentiaire passe de 1000 à 1400 €, c’est 40% de plus.

Breizh Info : quelle est cette prime ?

Jean-Marie Bertrand (UFAP-UNSA) : Elle a été créée il y a pas mal d’années et est touchée par tous les personnels ; elle est majorée selon les fonctions ; les surveillants de base sont tous sûrs de toucher 1400 € en décembre, les autres ont un versement mensualisé, c’est un bon coup de pouce.

Breizh Info : CGT-Pénitentiaire et FO-Pénitentiaire ont annoncé vouloir continuer et faire des actions coup-de-poing, est-ce que ça va perturber le fonctionnement des prisons et de l’institution judiciaire ? (extractions bloquées…)

Jean-Marie Bertrand (UFAP-UNSA) : Seul l’avenir nous le dira. Localement, des membres de leurs syndicats en avaient marre de la grève, il faut y aller, au piquet. Ce n’est pas du temps pris pour se reposer ou pour la famille. De plus les agents qui sont dedans sont réquisitionnés, ils font des heures sup’ et ne sortent pas avec le sourire. A faire durer, les gens sont fatigués, attention aux dépressions ! Il faut être responsable. Un mouvement social qui dure trop longtemps, ça n’a jamais donné grand chose.

Breizh Info : Sans compter que, faute de promenades, de cantines et de parloirs, les détenus de certaines prisons semblent à bout, au vu des nombreux mouvements collectifs voire des débuts de mutinerie, à Nantes, Uzerche, Maubeuge, Lille, Fleury-Mérogis… ?

Jean-Marie Bertrand (UFAP-UNSA) : Il faut effectivement se demander comment vont réagir les détenus. A Vezin (Rennes), toute la semaine depuis le 19 janvier, les camions ne rentraient plus, il n’y avait plus de cantines ni de parloirs. Les détenus grognaient. A la maison d’arrêt des femmes, faute de livraisons, les stocks alimentaires étaient au bord de l’épuisement. C’était une poudrière, certaines prisons étaient au bord de l’explosion. Il fallait aussi éviter un drame.

Breizh Info : Certains ont parlé d’une surenchère syndicale alors que des élections professionnelles ont lieu en décembre 2018 dans la fonction publique…

Jean-Marie Bertrand (UFAP-UNSA) : Y a de ça. La CGT a pris une claque en 2014 et est en perte de vitesse. Essaient-ils de récupérer des voix ?

Breizh Info : Et FO ?

Jean-Marie Bertrand (UFAP-UNSA) : Joker. D’autant que leur actuel secrétaire général [Emmanuel Baudin, NDLR] était celui de la DI Rennes pour le syndicat, avant. Je m’abstiens de tout commentaire.

Breizh Info : Pourquoi ?

Jean-Marie Bertrand (UFAP-UNSA) : C’est un âne.

Breizh Info : En somme votre syndicat est réformiste ?

Jean-Marie Bertrand (UFAP-UNSA) : Moi au quotidien, j’essaie de faire en sorte que notre organisation syndicale continue, construise. Nous sommes réformistes, nous essayons de discuter en toute intelligence car on le fait pour l’ensemble du personnel pénitentiaire.

Propos recueillis par Louis-Benoît Greffe

Crédit photo : DR
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