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Nous avons interrogé Eric Lemoine, secrétaire national de la CGT Pénitentiaire et ancien délégué du syndicat dans la région de Rennes.
Breizh Info : L’UFAP a décidé de signer les propositions du ministère de la Justice et de sortir d’un conflit social historique dans l’histoire de la pénitentiaire avec une très grande majorité de prisons concernées. C’est aussi la première crise sociale majeure du mandat d’Emmanuel Macron. Que faites-vous ?
Eric Lemoine (CGT Pénitentiaire) : Nous on maintient l’appel à mobilisation, nous avons consulté nos adhérents qui ont rejeté massivement les propositions du ministère, notamment en terme d’emplois.
Breizh Info : Elles ne suffisent pas ?
Eric Lemoine (CGT Pénitentiaire) : Elles prévoient de recruter 1100 personnes outre les départs en retraite, or il y a 1800 postes considérés comme vacants. Le problème, c’est que ce recrutement se fera par petites tranches : 100 en 2018, 400 en 2019, 300 en 2019, 300 encore en 2020. Il ne prévoit pas non plus la charge de travail induite par les ouvertures d’établissements et d’unités, ni les nouvelles missions comme les extractions judiciaires (PREJ) qui ont été faites en dégarnissant les effectifs en détention, bref, c’est complètement insuffisant.
Breizh Info : Comprenez-vous pour quelles raisons l’UFAP a-t-elle préféré signer ?
Eric Lemoine (CGT Pénitentiaire) : Non. C’est difficile à comprendre, car nos adhérents ont massivement rejeté l’accord, alors qu’ils disent avoir consulté leur base et ceux de FO aussi. Ils travaillent pourtant tous dans les mêmes établissements, ils perçoivent donc, normalement, la même réalité.
Breizh Info : les sanctions promises par le gouvernement – reprises sur salaires pour les agents qui ont déposé les clefs, exclusions de 5 à 15 jours avec sursis – sont elles tombées ?
Eric Lemoine (CGT Pénitentiaire) : Elles ont commencé à tomber en effet, mais sans remettre en cause l’importance de la mobilisation qui est due à la lenteur du gouvernement à répondre aux attentes du personnel, lassé par le laisser-aller depuis des décennies.
Breizh Info : Dans la mesure où l’UFAP a signé, doit-on s’attendre à un blocage des négociations si vous continuez, même avec FO [qui a appelé aussi à continuer la mobilisation, « écoeurée » après ce qu’elle qualifie de « haute trahison » de la part de l’UFAP], au moins au début de la semaine prochaine ?
Eric Lemoine (CGT Pénitentiaire) : C’est possible qu’il y ait un blocage, parce que le gouvernement va jouer le pourrissement par calcul politique. Cela dit, il faut quand même savoir que l’UFAP représente 38% des personnels, nous 15% et FO 30%, autrement dit nous représentons plus de personnels que ce syndicat. Suite à la mobilisation historique des personnels pénitentiaires, chacun prend ses responsabilités. D’autant que nous avons l’occasion historique d’obtenir l’abrogation du statut spécial [qui interdit notamment le droit de grève] que nous demandons depuis des années.
Breizh Info : Dernière question. Certains comparent cette mobilisation avec celle de 1992. A Rouen le 15 août 1992, dans la maison d’arrêt de Bonne Nouvelle, le surveillant principal Francis Caron est agressé par un détenu « à haut risque » alors qu’il vérifie la solidité des barreaux de cellule. Son décès le 17 août est le point de départ d’une grande grève qui touche une centaine d’établissements dont quelques uns déposent les clefs. La grève dure trois semaines et les grévistes demandent l’isolement des détenus dangereux ainsi que, déjà, des postes. En septembre de la même année, le meurtre du surveillant principal Marc Dormont relance la mobilisation des agents. Est-ce que pour vous cette mobilisation est plus forte que celle de 1992 ?
Eric Lemoine (CGT Pénitentiaire) : A l’époque il y avait eu pas mal de mobilisation mais beaucoup moins de dépôt de clés – lors de cette semaine, une quarantaine d’établissements avaient déposé les clefs. Déjà à l’époque, les personnels avaient obtenu certaines choses, notamment des postes supplémentaires, mais le gouvernement avait utilisé la carotte et le bâton pour les manipuler. L’ampleur de la mobilisation actuelle est cependant plus grande.
Propos recueillis par Louis-Benoît Greffe
Crédit photo : DR
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