Évidemment, il n’est pas obligatoire pour un ministre de l’Agriculture d’être fort en histoire. Mais, pour autant, un homme politique revenu de tout sait faire preuve de prudence. Ce n’est pas le cas du Normand Stéphane Travert. « La Corse fait partie intégrante de la République, une et indivisible », martèle-t-il (Le Figaro, mardi 6 février 2018).

On peut en effet le renvoyer à la constitution du 4 novembre 1848 (Seconde République). L’article II lui aurait fait plaisir : « La République française est démocratique, une et indivisible. » Mais l’article 109 lui aurait causé une certaine gêne : « Le territoire de l’Algérie et des colonies est déclaré territoire français ». A tel point qu’en 1960, l’Algérie était riche de dix préfectures, d’un quadrillage de sous-préfectures et de toutes les administrations qui font le bonheur du système administratif français. Tous, Européens, Juifs, Arables, Kabyles effectuaient leur service militaire. Pourtant, à l’été 1962, l’Algérie devenait indépendante et un million de Pieds-Noirs débarquaient en métropole avec leur valise. Ceci n’était pas faute d’avoir cru au refrain « Algérie française ».

Stéphane Travert devrait comprendre que le dossier corse évoluera à la vitesse que lui impulsera le rapport de force. Et puis la lassitude peut gagner le gouvernement parisien – comme ce fut le cas pour l’Algérie. Un Premier ministre nommé Raymond Barre – alors que Valéry Giscard d’Estaing était président de la République – n’avait-il pas lancé un jour que si les Corses voulaient prendre leur indépendance, eh bien ! qu’ils la prennent. Bon débarras, en quelque sorte.

Et comme la Corse coûte plus cher à la République française qu’elle ne rapporte, la question pourrait très bien être vue sous cet angle un beau matin par le triangle Élysée – Matignon – Bercy. L’île de Beauté reçoit en effet 4,7 milliards d’euros par an et elle paye 2,3 milliards. Ce n’est donc pas une affaire rentable diront les gens qui savent compter !

Décomposition des 4,7 milliards d’euros qu’elle reçoit : rémunération des personnels d’État et retraites des fonctionnaires (hors défense) : 1 milliard. Dépenses d’intervention des services de l’État : 800 millions. Dotations aux collectivités locales et continuité territoriale : 740 millions. Dépenses de santé : 1 milliard. Dépenses de retraite : 700 millions. Dépenses sociales nationales : 100 millions. Indemnisation chômage : 280 millions. Fonds européens : 110 millions.

Décomposition des 2,3 milliards qu’elle paye.  Impôt sur le revenu : 263 millions. CSG-CRDS : 300 millions. TVA : 300 millions. Impôt sur les sociétés : 100 millions. Cotisations sociales : 1 à 1,2 milliard. TIPE et taxes diverses : 100 millions. Droits d’enregistrement : 25 millions. A cela il faut ajouter les nombreux privilèges fiscaux et sociaux que l’État accorde à l’île de Beauté. Sans ces avantages, les Corses paieraient 400 millions de plus chaque année (Capital, février 2018).

Évidemment, on peut tenir le même raisonnement pour la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion, la Guyane…Rappelons que la loi de finances pour 2018 prévoit un déficit de 85,673 milliards d’euros (uniquement pour l’État), tandis que la charge de la dette (c’est-à-dire les intérêts) représentera pour ce même État 41 milliards d’euros.

Tous ces éléments pourraient non seulement fournir matière à réflexion à Stéphane Travert, mais encore le conduire sur le chemin de la sagesse.

Bernard Morvan

Crédit photo : G. Garitan/Wikipedia (cc)
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