L’Italie en route vers une gouvernance impossible ?

A LA UNE

Comme largement prévu, les élections italiennes du 4 mars dernier ont conduit à une situation d’ingouvernabilité substantielle. D’un point de vue politique général, ce vote a vu deux gagnants et un perdant.

Les vainqueurs sont le Mouvement 5 étoiles (32,7% à la Chambre, 32,2% au Sénat) et la Ligue du Nord de Matteo Salvini (17,4% et 17,6%), c’est à dire deux forces «populistes».

Le grand perdant de ces élections est le Parti démocrate (18,7% et 19,1%), lui qui aux dernières élections de 2013 avait réalisé près de 28% et aux élections européennes de 2014 plus de 40%.

Quelques exemples décrivent bien la situation politique: le Parti démocrate, qui a été vaincu partout, résiste à des niveaux très élevés dans des quartiers comme le nord de Rome ou le centre de Milan, c’est à dire dans les quartiers les plus riches d’Italie.

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Comme la ville de Paris en France, il y a des enclaves bourgeoises détachées du pays réel.

À l’inverse, nous regardons les données de Macerata, la ville du centre de l’Italie où, après le meurtre brutal d’une Italienne par des migrants, un ancien candidat de la Lega avait tiré sur des immigrés, en blessant six. Le raid anti-immigrés (sans décès) a causé beaucoup plus de scandale dans les journaux que le meurtre de la jeune Italienne.

Durant de nombreux jours, les citoyens y ont été interrogés sur les risques du racisme, sur le fascisme qui reviendrait, alors qu’une grande manifestation antiraciste s’est déroulée dans la commune. Eh bien, dans la même ville, où en 2013 la Ligue du Nord avait pris 0,6%, cette fois-ci elle a pris 20,9% à la Chambre et 21,3% au Sénat, passant de 153 voix en 2013 à 4575 voix.

Si, toutefois, nous regardons la répartition des sièges au Parlement, la situation semble compliquée. A la Chambre, la majorité absolue est fixée à 316 députés, mais la coalition de centre-droite (Lega, Forza Italia et Frères d’Italie) n’en compte que 260, le Mouvement 5 Stelle 221, le centre-gauche (Pd plus les « dissidents » de Libres et égaux) 112.

Même situation au Sénat: le centre-droite compte 135 députés, le Mouvement 5 étoiles 112, le centre-gauche 57, mais la majorité absolue est à 161. Dans les deux chambres, personne ne peut avoir la majorité sans s’entendre avec ses «ennemis».

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A partir de ces chiffres, les scénarios possibles sont les suivants:

  • L’alliance « populiste » entre M5S et Lega, qui, pour l’instant, semble totalement improbable et a été démentie par les personnes directement impliquées.
  • Un gouvernement de la coalition de centre-droit avec le soutien de certains parlementaires pris dans les autres partis, probablement du Parti démocrate, étant donné qu’une fuite massive des parlementaires du Mouvement 5 étoiles, à ce stade, ne semble pas possible. Mais que le Parti démocrate soutienne « l’extrémiste » anti-immigration Salvini est très difficile. Un tel scénario aurait été possible si le parti du centre de Berlusconi avait été hégémonique au centre-droit, pas avec la Ligue qui commande.
  • Un scénario cauchemardesque pour les forces nationales italiennes, c’est à dire un gouvernement M5S-Pd-Leu, qui pour l’instant semble le plus plausible, même si le parti de Grillo a défini comme « mafieux » les représentants du Parti démocrate jusqu’à récemment. L’obstacle à ce plan est représenté par Matteo Renzi, qui a démissionné en tant que secrétaire du parti après la défaite, mais a dit qu’il quittera son rôle seulement après s’être assuré qu’il n’y aura pas de pactes avec Salvini ou le M5S.
  • Un gouvernement libéral avec Forza Italia, Pd et quelques « traîtres » possibles de la Lega. La ligne Salvini, en effet, a toujours été contestée par les représentants de la «vieille» Lega, dirigée par l’ancien président de la Lombardie et ancien ministre de l’Intérieur, Roberto Maroni.

Vers la formation d’un gouvernement contre le peuple ?

Paradoxalement, le seule parti présent dans tous ces scénarios, sauf dans le plus difficile (le gouvernement Lega-M5S), est le Parti démocrate, qui est le parti qui a gouverné l’Italie ces cinq dernières années et dont le gouvernement, basé sur l’accueil des immigrés, et sur une absurde campagnes anti-fasciste et un soutien au monde bancaire et à la haute finance, a été sévèrement rejetés par le peuple italien.

Une élection dans laquelle le peuple a envoyé un signal très fort contre les vieux partis, les oligarchies et les élites corrompues pourrait donc entrainer la formation d’un autre gouvernement hostile à la souveraineté nationale.

Enfin, revenons sur le score de CasaPound Italia, qui a obtenu 310.793 voix, c’est à dire 0,94%. Un résultat très loin des 3% qu’il fallait pour entrer au Parlement et, pour très peu, au dessous de 1%, ce qui reste un seuil psychologique important.

Si le résultat reste inférieur aux attentes, il faut rappeler que lors des élections de 2013, la “tortue” avait obtenu 47 691 voix, soit 0,14%. En cinq ans, les votes ont été multipliés par six, avec une augmentation de 546%. Une croissance importante, mais pas encore suffisante pour influencer la politique nationale.

Les principales raisons de cette difficulté sont les suivantes:

  • Dans le système politique italien, le langage dit «populiste» est largement répandu, avec un degré «d’extrémisme verbal» inconnu aux démocraties du nord de l’Europe. Le candidat de la Ligue du Nord à la présidence de la région la plus riche, bourgeoise et « européenne » de l’Italie, la Lombardie, qui a remporté l’élection, a commencé sa campagne en disant que « nous devons défendre la race blanche. » (Mais, il y a quelques mois, même un membre du parti démocrate, Patrizia Prestipino, avait déclaré que “Si l’on veut continuer notre race, il est clair qu’en Italie on doit commencer à donner un soutien concret aux mères et familles”). Le M5S a commencé son voyage politique avec des événements appelés « Jour de Vaffanculo ». Salvini est arrivé à parler de «nettoyage de masse en Italie contre les immigrés, quartier par quartier et avec des manières fortes si nécessaire, parce qu’il y a des morceaux entiers de l’Italie hors de contrôle.» Tout cela, bien sûr ne correspond pas à une radicalité politique réelle, mais fabrique un climat dans lequel les forces véritablement radicales ne provoquent pas de scandale, n’étant pas perçues comme une force de rupture.
  • L’Italie a un électorat avec beaucoup de personnes âgées, toujours très influencés par la télévision, espace dans lequel CasaPound a beaucoup moins de place que les autres grands partis.
  • Ces élections ont vu une grande campagne antifasciste, avec des attaques et des manifestations violentes presque tous les jours, en février. CasaPound n’a pas réagi aux provocations, préférant parler de politique plutôt que de répondre à la violence, mais le grand public a continué à entendre le nom de CasaPound seulement en ce qui concernait les cas de bagarres et de tensions. L’électorat bourgeois qui n’a aucune sympathie pour les antifascistes violents préfère voter pour la droite de Salvini, qui promet d’envoyer la police contre les « antifa » plutôt que contre Casapound, dont on sait que les membres sont perçus comme capables de se défendre dans la rue.

Il est également vrai que le résultat de CasaPound a été influencé négativement par l’enracinement trop récent du mouvement dans certaines régions du sud de l’Italie, ce qui a fortement réduit la moyenne des résultats nationaux.

En revanche, dans d’autres parties de l’Italie, les résultats sont meilleurs: le 2% a été dépassé dans plusieurs collèges et 1% dans 13 circonscriptions. Parmi les jeunes des 18-24 ans, le pourcentage de Cpi est d’environ 3,8%.

CasaPound reste le seul mouvement qui puisse compter sur une forte base de militants et de jeunes et sur la capacité à se maintenir dans des quartiers difficiles. Son ascension sera sans doute difficile, mais il est permis d’y croire fortement dans les prochaines années.

Adriano Scianca

Crédit photo : Pxhere (cc)
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