Christian Troadec ne craint pas Internet

Christian Troadec (divers gauche), maire et conseiller départemental de Carhaix, se faisait discret ces derniers temps. On avait bien pris connaissance de ses propositions pour « construire la Bretagne de demain et ne pas attendre les instructions de Paris » mais c’est tout.

On y trouvait d’abord un constat à propos du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes : «  S’il avait été construit, il aurait creusé encore un peu plus la fracture territoriale déjà forte entre l’est et l’ouest de la Bretagne ». Puis une grande ambition concernant « des outils efficaces capables de mener des politiques ambitieuses et volontaristes, dont la clé de voûte doit être une assemblée unique de Bretagne fusionnant les cinq départements bretons » (Ouest-France, vendredi 26 janvier 2018).

A part ça, silence radio. Il faut peut-être chercher l’explication du côté de ses projets de presse, car notre homme a du pain sur la planche. En effet, d’après Valeurs actuelles (1er février 2018) « Christian Troadec va reprendre sa casquette de patron de presse.  Via sa société Nadalan, il vient de racheter au Télégramme l’hebdomadaire local Le Poher, qu’il avait créé il y a vingt et un ans. Fondateur du festival musical des Vieilles charrues, Christian Troadec vise même un projet plus ambitieux. A partir du Poher, il compte lancer, fin 2018, un nouvel hebdomadaire sur la région Bretagne. Le Journal de la Bretagne table sur des ventes de l’ordre de 35 000  exemplaires et comptera une quarantaine de pages. Dix journalistes vont être recrutés par Nadalan, qui confiera la direction de la publication du futur titre à Erwan Chartier. Ce dernier a déjà été nommé rédacteur en chef du Poher. »

Dès que Christian Troadec développe un projet de presse, il faut consulter le calendrier électoral pour comprendre la finalité de l’opération : européennes en 2019, municipales en 2020, départementales en 2021, législatives en 2022. Or le lancement du Journal de la Bretagne est annoncé pour fin 2018… A la vérité, Troadec n’en est pas à son coup d’essai en la matière ; il avait déjà tenté sa chance avec Bretagne hebdo qui était censé soutenir une liste que le maire de Carhaix dirigeait lors d’élections régionales. Échec.

Pour relancer un hebdo, il faut disposer d’une base financière solide. Gageons que, derrière Troadec, se dissimulent quelques « investisseurs » fidèles à la cause bretonne et un peu « Bonnets rouges » sur les bords. Pour autant, se figurer qu’avec une dizaine de journalistes, on pourra fabriquer chaque semaine une quarantaine de pages de qualité relève du rêve total. Prétendre couvrit les cinq départements bretons avec une poignée de collaborateurs s’appelle mission impossible. Surtout si l’on veut proposer aux lecteurs enquêtes, reportages, interviews, sujets magazine… Avec du sport, des faits divers, du sensationnel, c’est-à-dire tout ce qui fait le sel d’un journal populaire.

Si la qualité n’est pas au rendez-vous, si l’on ne parvient pas à proposer un produit intéressant, si on se contente de faire du remplissage avec des rédacteurs médiocres, l’objectif des 35 000 exemplaires ne sera jamais atteint. Troadec sera alors  contraint de fermer la boutique.

A ceux qui s’intéressent à l’histoire de la Bretagne, rappelons que le seul grand hebdomadaire breton fut L’Heure bretonne qui parut pendant l’Occupation. Fort symboliquement, le premier numéro sortit le 14 juillet 1940. Le tirage, « à partir de 1941, se serait stabilisé autour de 20 000 exemplaires. Un premier rédacteur en chef fait un passage éclair. Olier Mordrel s’en souvient : « Morvan Lebesque est apparu, famélique, à Rennes au moment où j’avais besoin d’un rédacteur en chef. C’était un bon copain. Je l’ai pris. Mais quand il a vu que le coup était manqué, il s’est éclipsé ». » (Sébastien Carney, Breiz Atao ! Presses universitaires de Rennes). Bon vent au Journal de la Bretagne !

Bernard Morvan

Crédit photos : DR
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