Revenu universel : pourquoi la Finlande ne prolonge pas l’expérience ? (Partie 1)

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En janvier 2017, saluée par la presse française, la Finlande commençait à expérimenter l’idée du revenu universel (perustulo). C’est à dire le remplacement de l’allocation chômage, versées sous conditions de revenus, par une allocation unique de 560€ versée sans justificatif ni obligation de chercher du travail. L’expérience, limitée à 2000 chômeurs, ne sera pas reconduite après la fin de l’année 2018. Une décision qui va à contre-courant de la volonté de 13 départements de gauche (dont l’Ille-et-Vilaine) en France d’expérimenter le revenu de base sur leurs territoires à partir de début 2019.

Le revenu universel, aussi appelé « revenu de base » est une allocation de base, versée sans conditions de revenus ou de situation sociale, qui remplacerait les allocations existantes. Unique et universelle, elle pourrait selon ses défenseurs- relayés par une presse mainstream française acquise – générer à la fois des économies pour le système social et améliorer le niveau de vie des couches sociales les plus basses.

Cependant le revenu de base aurait un coût – « environ 6.5% du PIB de chaque pays, et tous ne pourront pas se le permettre », a déclaré Nemat (Minouche) Shafik, directrice de la London School of Economics, au forum de Davos en janvier 2018. En revanche, « ce serait une bonne solution dans des pays à faibles revenus où le transfert de faibles sommes à des foyers pauvres pourrait transformer leur vie. Dans les pays plus avancés qui ont un État-Providence, transférer un montant égal à tous, y compris à ceux qui n’en ont pas besoin, serait un gaspillage inefficace ».

Vers un revenu universel en crypto-monnaie pour éviter l’Etat tyran ?

Cependant le flou demeure sur son montant (de 400 à 1200 €), sa fonction – RSA amélioré ou vrai salaire – et ses dérives possibles (contrôle accru de l’État, mécanisme qui pousse à la consommation et créant de l’inflation, poids de la mesure pour la fiscalité et l’État,…). Le blogueur libéral H16 l’avait d’ailleurs fortement critiqué dans nos colonnes.

Un autre penseur libéral, Gaspard Koënig, souligne de son côté que la suppression de toutes les aides et leur remplacement par un revenu universel conduirait à d’importantes économies d’échelle. Même si cela reste difficile à faire en pratique en France, puisqu’une telle décision entraînerait immédiatement un tollé et serait démantelée en exceptions et effets de seuils pour satisfaire les divers mouvements catégoriels.

Une autre solution émise par les libéraux serait de le verser en cryptomonnaie, en contournant les systèmes bancaires et étatiques, ce qui éviterait le risque de tyrannie soulevé par H16, et permettrait de construire une économie locale fondée sur la confiance. Utopique ? Pas tout à fait. Le projet a été lancé avec la cryptomonnaie Circles, fondée sur l’idée du revenu universel.

En Finlande, un projet originel trop ambitieux revu à la baisse

Le projet originel – une allocation de 800 € à chaque individu sans justificatif ni conditions de ressource – avait déjà été largement abandonné. La Finlande en espérait pourtant « un sursaut de croissance », l’allocation permettant aussi de jouer le rôle « d’amortisseur social » en poussant les employeurs à moins hésiter avant de recruter ou de licencier, voire de réguler les flux migratoires si elle n’est servie qu’aux citoyens du pays.

Même pour l’ensemble des chômeurs, c’était trop cher et probablement inconstitutionnel, la Constitution finlandaise reconnaissant le principe d’égalité. En l’état, étendre l’allocation de 560 € à tous les finlandais aurait coûté 15 milliards d’euros en année pleine, et augmenterait le déficit de près de 5% du PIB.En l’occurrence, en Finlande, l’expérience était limitée à 2000 chômeurs et au remplacement de la seule allocation chômage par une allocation unique de 560 €, une somme assez modeste au demeurant.

Le budget total est de 20 millions d’euros sur deux ans. L’allocation n’est pas imposable et est cumulable avec un emploi, en revanche elle n’est plus servie si l’allocataire entre dans l’armée, quitte le pays ou commence à recevoir des allocations familiales. Le groupe pilote (2000 personnes dans tout le pays, tirées au sort et ne pouvant refuser l’expérimentation) recevant l’allocation est comparé à un groupe témoin de 173.000 personnes.

L’objectif de l’expérimentation appliquée aux chômeurs était de mettre fin à un curieux effet de seuil obligeant les chômeurs à refuser les offres avec un petit salaire : dès qu’ils touchaient plus de 400 €, ils perdaient le bénéfice de leurs allocations chômage. L’objectif était de voir si avec cette allocation universelle, ils étaient plus motivés pour trouver des emplois ou créer leur entreprise. Certains s’en sont servis pour faire des activités bénévoles, d’autres se former, s’occuper de leurs parents âgés ou pour créer une entreprise.

Des syndicats opposés au revenu de base

Au journal russe (pro-occidental, d’opposition) Meduza, le professeur Olli Kangas, responsable de l’expérimentation au sein de la Kela, expliquait que « la principale chose qui nous intéresse, c’est le chômage. Notre gouvernement est intéressé justement par cette question. Après, nous aimerions savoir si quelqu’un a plus de facilité à accepter un emploi à temps partiel ou des missions très courtes s’il a un revenu de base ? Ou s’il a plus de facilité à lancer son projet. Nous cherchons à connaître aussi les effets psychologiques. Nous savons que les sans-emploi doivent se battre pour leurs revenus, car ils ne savent pas de quoi demain sera fait. Si on leur promet qu’ils auront des revenus quelle que soit leur activité, est-ce que le stress économique diminuera ? ».

Il précise aussi qu’outre les réticences des conservateurs et des démocrate-chrétiens, les sociaux-démocrates étaient aussi opposés à cette expérience : « en Finlande, comme en Suède et au Danemark, les sociaux-démocrates sont très liés aux syndicats. Dans les pays nordiques les fonds d’indemnisation du chômage sont dirigés par les syndicats. Si vous voulez être indemnisés, vous vous syndiquez – c’est pourquoi tout le monde l’est, entre 70 et 80% de la population en âge de travailler en Finlande. Les syndicats sont contre le revenu de base car ils ont peur de perdre leur influence, mais ils ne le disent pas ouvertement ».

Trop coûteux et sans impact sur l’emploi

Cependant, le gouvernement finlandais a décidé d’abréger l’expérience. Pour des raisons de coûts – qui auraient conduit à augmenter les impôts de tous si le système était mis en place. Et parce qu’aucun impact sur l’emploi n’a été remarqué, relève le média libéral Atlantico. Selon Lapin Kansa, la sécu finlandaise, la Kela, a demandé de 40 à 70 millions à l’Etat pour étendre l’expérience à 8000 allocataires supplémentaires, mais a essuyé un refus.

« Selon les résultats intermédiaires de l’expérience, les attentes des allocataires envers le marché du travail ont augmenté. Ils affirmaient qu’ils n’étaient pas d’accord pour prendre n’importe quel poste et avaient de plus en plus de demandes. Tant pour les employeurs que pour les syndicats, ce fut une suprise désagréable », relève RIA Novosti. Le professeur Olli Kangas a affirmé à Ria Novosti que « l’expérience suivait son cours et s’achèvera fin 2018 ». Cependant il a concédé que « l’enthousiasme du gouvernement s’est évaporé ».

Quant au rapport officiel, il ne serait publié que fin 2019. Comme l’explique Olli Kangas au journal progressiste Kaleva, des premiers résultats préliminaires seront présentés fin 2018 mais il faut du temps, d’abord pour établir un questionnaire des participants et traiter leurs réponses, ensuite pour comparer l’expérience finlandaise à celles qui ont pu avoir lieu aux Pays-Bas, en Ecosse, au Canada, en Inde et au Kenya.

Harri Järvinen fustige, dans Kouvolansanomat, le caractère « irresponsable » de la « politique de l’argent gratuit » symbolisée par le revenu de base. Et il en pointe le coût : « s’il y avait une allocation de 1000 € par mois pour deux millions de personnes [la population totale est de 5.5 millions] ça ferait un 24 milliards d’euros par an, la moitié du budget [et 10% du PIB] Il est clair que l’économie du pays ne le supporterait pas ». Pour lui, « à tout le moins, les distributions d’argent gratuit ne peuvent pas financer l’Etat providence. Même quand les élections législatives sont toutes proches ». On en revient aux distributions de pain et de céréales aux pauvres sous l’Empire romain tardif, qui n’ont pas plus permis d’empêcher l’Empire de s’effondrer sous les coups de boutoirs répétés, liés et accentués des difficultés économiques, militaires et sociales.

Fin de la première partie.

Louis-Benoît Greffe.

Crédit photo : DR
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