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Tandis que Robert Ménard fait la Une de l’actualité suite à son agression violente à Saint-André de Cubzac (33) sous le regard hilare d’élus de gauche et d’extrême-gauche déterminés à empêcher une réunion sur l’union des droites, nous l’avions rencontré il y a quelques semaines dans une toute autre occasion.

Pendant plusieurs jours, nous sommes rendus sur place, à Béziers, la ville qu’il a conquise et qu’il administre depuis 2014, pour faire le bilan à mi-mandat de son action et demander aux gens de Béziers ce qu’ils pensent de leur maire et de ce qu’il fait pour leur ville.

Nous avons pu constater alors que Robert Ménard était très accessible – bien plus que bien des maires de communes plus petites. Béziers compte en effet près de 75.000 habitants – et a regagné de l’attractivité après avoir perdu des habitants de 2006 à 2011. Qu’à cela ne tienne, il est facile de joindre Robert Ménard, et plus facile encore de le croiser en ville, où il se déplace à pied, sans escorte aucune.

Nous aurons l’occasion, quelques jours après notre entretien, de le croiser et de l’accompagner ainsi entre la mairie et Saint-Jacques – un ancien couvent, transformé en caserne, où se trouvent de nombreux services municipaux.

Breizh Info : Robert Ménard, entre les multiples travaux de voirie, les nombreuses ouvertures de commerces dans le centre historique et même dans sa proche périphérie, sans parler du regain démographique, comment expliquez-vous qu’un grand vent d’optimisme semble souffler sur Béziers ?

Robert Ménard : Il faut reconnaître que mon prédécesseur est resté trop longtemps en place. Je suis favorable à la limitation des mandats municipaux à deux. Faire plus entraîne une érosion de la volonté. Il n’y a ni week-end ni fêtes, c’est un temps plein passé au service de la collectivité.

Breizh Info : Mais encore…

Robert Ménard : Mais encore il y a eu un mauvais choix de fait par mes prédécesseurs, qui a été d’abandonner le centre-ville. Ce n’est pas un quartier comme les autres, il donne l’image d’une ville. Son déclin a entraîné sa paupérisation, puis l’arrivée massive d’immigrés pauvres d’origine nord-africaine ou africaine. Cette ethnicisation du centre-ville a été vécue par les biterrois comme une expropriation.

Breizh Info: Et qu’avez-vous fait pour remonter la ville ?

Robert Ménard : On a fait preuve de volontarisme et d’autorité. On a choisi la propreté, la sécurité, l’animation, ça paie. Dans les têtes des biterrois, les choses ont changé.

Breizh Info : cela n’a pas empêché de nombreux médias parisiens de brocarder votre gestion, parfois même sans mettre les pieds à Béziers ou seulement en interrogeant l’opposition…

Robert Ménard : Je m’en souviens d’un, qui m’a dit « contrairement à mes confrères, je n’ai pas écrit mon papier avant de venir ». Le problème, c’est que la plupart d’entre eux viennent confirmer les à priori qu’ils ont. Ils ne se posent pas la question de savoir comment se fait-il qu’on a pris une ville que jamais le FN n’aurait gagné, ainsi que les trois cantons [Henri Bec et Isabelle des Garets sur Béziers-1, Marie-Emmanuelle Camous et Jean-François Corbière sur Béziers-2, Nicole Zenon et Franck Manogil sur Béziers-3] et la députée [qui n’est autre que sa femme Emmanuelle], et qu’en plus les biterrois sont contents.

Breizh Info : Existe-t-il une méthode Ménard et peut-elle être appliquée à d’autres villes que Béziers ?

Robert Ménard : La méthode qu’on a employée, c’est celle qu’il faut. Une union des droites forte, avec plus de LR que de FN dans ma liste. Aux prochaines municipales, il y aura des gens de toute la droite. On a essayé de répondre au quotidien (la propreté, la culture, la sécurité) tout en posant des mesures symboliques. Il faut tenir les deux bouts de la ficelle. Faire le quotidien tout en étant un maire qui puisse dire des choses fortes, c’est le maire qui est le plus à même d’avoir une parole forte.

Breizh Info : Nous avons entendu dire que vous donniez la chance à des citoyens de Béziers de vous accompagner dans vos activités, une fois par mois ?

Robert Ménard : Tous les mois, je reçois trois citoyens tirés au sort pour qu’ils m’accompagnent sur une journée afin de leur montrer ce qu’est le boulot de maire. Les gens se font du maire une idée un peu fausse. La seule condition évidemment est qu’ils gardent confidentiel tout ce qu’ils ont vu ou entendu.

Breizh Info : A propos de confidentialité, vous êtes assez souvent attaqué sur votre journal municipal et la « guerre de com’ » que vous seriez en train de mener contre Midi Libre ? 

Robert Ménard : Pas de chance pour eux, ils sont tombés sur un maire qui n’a pas peur de la presse. On ne se laisse pas faire. Les hommes politique se prosternent devant la presse. Je ne me prosterne pas et plus Midi Libre dit du mal de nous, plus on est populaires.

Breizh Info : Le journaliste que vous êtes a peut-être un avis sur l’évolution de la presse mainstream en France ?

Robert Ménard : je constate que la presse chute, que les ventes de Midi Libre chutent avec. Je ne comprends pas que les journalistes ne s’interrogent pas plus à ce sujet.

Breizh Info : à ce sujet, Mélenchon a déclaré fin février dernier que « la haine des médias est juste et saine », qu’en pensez-vous ?

Robert Ménard : Il est le premier à hurler avec les loups ! Il a du mal à supporter le débat. Bref, il est pour le débat mais avec ceux qui sont d’accord avec lui.

Breizh Info : vous avez axé votre action sur la sécurité, et notamment le renforcement de la police municipale…

Robert Ménard : Vivre en sécurité est la première exigence légitime d’un citoyen, il est en droit de le demander. Donc on a plus que doublé les effectifs de la police municipale, on les a mis 24h/24, toute l’année.

Breizh Info : Une politique qui a été celle d’Orléans en 2001, au tout début de la municipalité Grouard, qui succédait à la gauche.  A l’époque, c’était assez novateur, et d’autres villes de droite se sont inspirées de la politique de sécurité d’Orléans (vidéo-protection, armement de la police municipale, brigades spécialisées de la PM, effectifs disponibles H24 toute l’année…) Pas vous ?

Robert Ménard : Non. On a simplement appliqué une politique du bon sens. Le centre-ville faisait peur aux gens, la police municipale s’arrêtait à 22 heures, c’était intenable. C’est justement la nuit qu’il y a des problèmes. Nous avons comblé le retard. 90% de mes choix, ce sont des choix de bon sens.

Breizh Info : si la sécurité dans le centre-ville s’est largement améliorée – comme nous avons pu le constater nous-mêmes, les biterrois pointent des problèmes persistants rues Victor Hugo et Casimir Péret. Qu’en dites-vous ?

Robert Ménard : Je confirme, la rue Péret était d’ailleurs une ancienne rue commerçante, maintenant, c’est un autre type de commerce… Cela dit, ma femme [Emmanuelle] a demandé à l’Assemblée Nationale que la police municipale puisse fouiller, pour l’instant, c’est interdit. Y en a, il suffirait de pouvoir les fouiller pour trouver le shit qu’ils ont sur eux ! Mais on n’a pas le droit.

Breizh Info : Venons-en au social. Béziers, c’est aussi 14% de chômeurs et une absence de gros employeurs comme nous pouvons le connaître dans des villes de taille comparable en Bretagne – par exemple Airbus et les Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire, qui compte 70.000 habitants. Quels leviers économiques voyez-vous pour développer Béziers ?

Robert Ménard : Béziers, ce sont des emplois de service, dans l’industrie pétrolière [Cameron, dont l’emploi va en dents de scie, suivant le cours du pétrole], la viticulture, le tourisme, le travail saisonnier… Nous voulons miser sur le tourisme et attirer le troisième âge, en embellissant la ville. Ici, il fait beau, ce n’est pas cher et c’est une ville moyenne. Nous avons tous les atouts pour y arriver.

Breizh Info : dès votre arrivée à la mairie, vous avez rétabli la messe à la feria de Béziers. Comment  faites-vous pour être maire et chrétien ?

Robert Ménard : La messe à la feria, c’était la volonté de la mairie. C’est difficile d’être chrétien et maire en même temps, mais je l’assume sans aucun problème.

Propos recueillis par Louis-Benoît Greffe

Crédit photo : breizh-info.com
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