Notre-Dame des Landes : des ex-opposants à l’aéroport relancent une association citoyenne

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Alors que l’ACIPA a acté sa dissolution fin juin, des opposants ont relancé une association citoyenne nouvelle, cette fois pour soutenir les zadistes qui ont signé avec la Préfecture – et s’appuient sur le soutien de Copain 44 et de la Confédération Paysanne. Mais peuvent être en froid avec les habitants et agriculteurs historiques, du fait de diverses raisons historiques (lire notre enquête).

La nouvelle association, qui devrait s’appeller « NDDL Poursuivre ensemble » reprend la démarche de « Pour un avenir commun dans le bocage », un collectif qui s’était aussi donné pour mission de succéder à l’ACIPA une fois l’aéroport abandonné. Elle pourrait se structurer pendant cet été et se lancer à la rentrée.

Un fonds de dotation pourrait y être adossé, à la fois pour acquérir légalement des terres sur Notre-Dame des Landes et bloquer l’extension des exploitations agricoles conventionnelles existantes – notamment celles des agriculteurs qui ont accepté de laisser leur terrain à Vinci puis qui l’ont redemandé depuis. Pas sûr qu’une telle idée referme les cicatrices idéologiques et sociales dans le bocage de Notre-Dame des Landes, ni qu’elle contribue à la paix dans les campagnes.

Le putsch raté pour faire continuer l’ACIPA contre l’avis des locaux

C’est cependant une solution de repli. En effet, tandis qu’une majorité d’adhérents historiques et locaux souhaitaient une dissolution de l’ACIPA dès la lutte contre l’aéroport gagnée, d’autres, plus marqués politiquement (à l’extrême gauche) ou moins locaux, souhaitaient qu’elle continue et avaient prévu de transformer le vote pour ou contre la dissolution en putsch. Et ce alors que la vocation de l’ACIPA était de lutter contre l’aéroport, pas contre son monde ou pour les zadistes, ni de couvrir les actions illégales des zadistes irréductibles.

C’est ce raté qu’ils racontent sur une de leurs plateformes : « Nous étions plus de trois cent à venir à cette assemblée, trois cent parmi lesquels une majorité diversifiée, présente contre cette dissolution, parmi lesquels il s’en serait justement trouvé pour reprendre le flambeau de ce mouvement des idées et des actions portées, au-delà de l’abandon de l’aéroport ».

Mais le bureau de l’ACIPA avait prévu le coup et fait ce qu’il fallait pour faire prévaloir la voix des locaux : « nous nous sommes aperçus, un peu tard, qu’effectivement les quasi trois cent présents venus débattre des diverses bonnes raisons de ne pas dissoudre l’Acipa, et voter, n’étaient que les dindons de la farce. Comme d’habitude l’Acipa avait déjà tout réglé d’avance dans le cercle fermé de son administration […] Les administrateurs ayant la possibilité de déposer un nombre de pouvoirs ( de votes ) illimité ( si, si, c’était écrit dans les statuts, fallait lire les petites lignes, hein ! ) étaient donc arrivés à cette assemblée avec un gros paquet de pouvoirs « contre «, tandis que les adhérents présents ne disposaient que de deux pouvoirs possibles en plus de leur propre vote. Au final, du 60% pour la dissolution contre du 40% contre la dissolution ».

Copain 44 : à quand la dissolution ?

Le collectif syndical contre l’aéroport et son monde, émanation de la CGT de Loire-Atlantique, a acté sa dissolution le 11 juin dernier. L’ACIPA, le 30. Des voix s’élèvent en interne pour que le groupe Copain44 – très proche de la Confédération Paysanne – se dissolve aussi.

Ce n’est d’ailleurs pas tant à cause de la disparition du projet d’aéroport, mais à cause de la forte contestation au sein du monde paysan local que suscitent les méthodes de Copain 44 et de la Confédération Paysanne : projets zadistes imposés sur les terres des agriculteurs locaux « au nom de la lutte », paysans virés de leurs terres, toujours au nom de la lutte, pour les libérer en faveur de zadistes ou d’agriculteurs proches de la Conf’, intimidations d’agriculteurs par des membres du groupe souvent (très) extérieurs à Notre-Dame des Landes et à ses environs, etc.

La parution de notre enquête sur les manipulations derrière la lutte paysanne contre l’aéroport (partie 1 et partie 2) a libéré la parole des paysans qui se sont tus et ont subi chacun dans leur coin trop longtemps, de peur que cela ne favorise la cause de l’aéroport. A l’approche des élections agricoles (en janvier 2019), les conséquences de l’action débridée de Copain44 pourraient être dévastatrices pour la Confédération Paysanne dans le département…

Émilie Lambert

Crédit photo : DR
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