Orban – Salvini : une rencontre pour « changer le destin » de l’Europe

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Ce mardi 28 août, Viktor Orban rencontrait Matteo Salvini à Milan. L’occasion pour ces deux hommes d’échanger sur les sujets chers aux pays du groupe de Višegrad. Dès l’élection de Salvini, le premier ministre autrichien, Sébastian Kurz avait déclaré que « l’Italie est un allié fort » tandis que le premier ministre hongrois, Viktor Orban, lui, affirmait que « les choses avancent à son goût dans la politique européenne : ils sont apparus des hommes durs. […] C’est ce que je vois en Autriche et en Italie ».

Viktor Orban a bien remarqué le charisme politique de Salvini : « Il est mon héros et aussi mon compagnon de destin. Je suis bien curieux de connaitre sa personnalité : je suis un de ses grands admirateurs et j’ai un peu d’expérience que je pourrai partager avec lui. J’en ai la sensation ». Ce rapport entre les deux hommes est bien différent de celui établi avec l’ancien premier ministre italien, Paolo Gentiloni, ou même le précédent, Matteo Renzi. Mais de son côté, Salvini lui aussi, exprimait dans un tweet son admiration pour la Hongrie.

Au centre de ce sommet se posaient évidemment la question migratoire et des débarquements d’urgence : « La Hongrie – selon Viktor Orban – est la preuve du fait que les migrants même sur la terre ferme peuvent être arrêtés et là est la mission de Salvini. Il devait montrer que les migrants peuvent aussi être arrêtés en mer. Et jusqu’à présent, aucun homme politique n’en a assumé la charge, ni le Portugal, ni l’Espagne, ni la France. Il est le premier homme politique en Méditerranée à assumer cette responsabilité ».

Puis le premier ministre hongrois a évoqué les nouveaux équilibres qui se forment en Europe : « Les pays se divisent en deux grands blocs. Quel est l’objectif de notre politique ? Bruxelles nous dit, et avec elle, les allemands, les français, et les espagnols que leur politique consiste à gérer au mieux l’immigration. Dans tous les documents européens, c’est ce même discours. Nous, qui sommes dans le camp opposé, nous disons inversement que notre est objectif est de la stopper. Pour cela Salvini et nous, avons la même position ». Viktor Orban est très clair : « L’Europe veut gérer les flux de migrants, Salvini et moi voulons les arrêter ».  

Après la réunion en préfecture des deux dirigeants, une conférence de presse conjointe a eu lieu. Mateo Salvini y a déclaré vouloir donner suite à une alliance avec Viktor Orban contre les gauches : « Nous travaillons à une alliance qui exclut les socialistes et les gauches et porte au centre de tout les identités que nos mouvements représentent. Nous pouvons unir des énergies diverses avec un objectif commun », a affirmé Salvini.

Il a envoyé un message clair aux “buonisti”. Ce terme spécifique italien désigne, en politique, une personne tolérante et bienveillante à l’excès, qui n’est capable que de compromis mous. Il est associé à une certaine frange de l’extrême gauche italienne, caractérisée entre autres par un immigrationnisme sans limite – NDT]. Ces  » buonisti  » ont défilé sur la place San Babila contre cette rencontre : « La gauche ne peut pas décider qui je dois rencontrer ou pas ! Je suis surpris de leur étonnement, mais après ils ne peuvent pas être surpris si les gens ne votent plus pour eux ! ».

Le ministre de l’Intérieur a aussi parlé des enquêtes de la part du Parquet d’Agrigento après le cas Diciotti [bateau utilisé par des gardes côtes italiens pour les soi-disant sauvetages de migrants – NDT] : « Sur le front de la gestion de l’immigration, nous continueront à faire tout ce que nous avons fait jusqu’à présent. Ils peuvent ouvrir toutes les enquêtes qu’ils veulent, mais elles ne me feront absolument pas revenir en arrière, ni même changer de ligne ! ».

Et pour finir, le ministre de l’Intérieur a envoyé un message clair à Bruxelles et à Emmanuel Macron. « Changer les traités européens reste une de mes priorités et de celles de mon gouvernement », puis il s’est tourné vers Macron : « Macron, vous qui êtes, de manière historique, au plus bas dans les sondages de votre Patrie, vous devriez être le premier à montrer votre solidarité en rouvrant la frontière de Vintimille [Vintimille est une ville clé à la frontière entre la France et l’Italie pour le passage des migrants. Il y a peu, la France a décidé de fermer cette brèche. Cela pose des problèmes à l’Italie à cause de camps de migrants immenses NDT]. Et cela vous pouvez aussi le faire demain matin ! ».

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Ainsi, créer une alliance électorale aux européennes pour éliminer les socialistes et les démocrates, changer l’Union Européenne au nom de la sécurité et montrer que l’on peut bloquer les migrants avant qu’ils ne débarquent sur les côtes européennes : voici donc les points sur lesquels se base l’accord entre Salvini et Orban. La rencontre a vraiment été sous le signe de l’entente cordiale et d’une estime mutuelle.

Elle montre une fois de plus le tournant qu’a pris la politique italienne : « J’espère que cet entretien sera le premier d’une longue série, afin de changer le destin de l’Italie, celui de la Hongrie, et celui du continent européen entier ». Et il lance un appel aux autres Etats,  particulièrement  à la France : « Changer les traités européens, et pas seulement sur le thème de l’immigration, reste une de mes priorités et de celles de mon gouvernement. Nous demandons l’aide des autres pays, et particulièrement celui de la France.

Cependant, en Italie, aussi bien qu’en Europe, l’opposition à cette rencontre a tenu à montrer son existence ! Sur la place San Babila, entre « anti-souverainistes », et « antiracistes »… il y a un peu de tout ! Toute la gauche et l’ultra-gauche locale. Le mot d’ordre ? « Europe sans frontières » ! Au rendez-vous lancé par Insieme senza muri [Ensemble sans frontière : une association italienne – NDT] et Sentinelli di Milano [Sentinelles de Milan : une association italienne d’ultra-gauche – NDT], ont répondu « présent » le PD de Milan, Possibile, et Liberi e Uguali avec Laura Boldrini entre autres.

Les ONG étaient elles aussi représentées : Action AID, Amnesty International, Terre des Hommes… Tandis que le soutien ne manquait pas de la part des associations comme ArcyGay (de Varese et Milan), Casa della Carità [Maison de la Charité – NDT], Casa di Accoglienza delle Donne maltratte di Milano [Maison d’Accueil des Femmes maltraitées de Milan – NDT], etc… Les insultes à l’encontre du leader de la Ligue fusent, depuis le qualificatif naïf d’« imbécile » à l’épithète plus recherché de « ministre des entrailles » [jeu de mots entre Interno = intérieur et Interiora = entrailles – NDT] et beaucoup d’autres insultes de divers niveau ! La police a encerclé les manifestants afin d’éviter tout débordement dangereux.

Toujours dans la même vague de protestation à l’encontre de cette rencontre, Roberto Saviano [auteur de Gomorra, qui se pose en opposant n°1 à Matteo Salvini qu’il a traité de « bouffon »] ne perd pas une occasion d’attaquer le ministre de l’Intérieur, via Twitter. « Sur les discussions entre Orban et le ministre de la Mauvaise Vie [à comprendre Salvini – NDT], il convient de souligner, même s’il n’y a pas lieu maintenant, que l’avocat Conte ne compte pas. Tout le monde n’a pas la dignité de dire : «Assez, je ne peux pas être une marionnette». Il ne l’a pas et c’est aujourd’hui la véritable image du pays ». Et à ces mots, il joint une vignette représentant Giuseppe Conte sous la forme d’une marionnette. Rien de neuf. Une attaque classique de Saviano !

Au niveau européen, c’est encore une fois Emmanuel Macron qui ne perd pas lui non plus une occasion d’attaquer Matteo Salvini. En effet, suite aux déclarations de Viktor Orban et Matteo Salvini, le Président français répond : « Ils ont raison, je suis leur opposant principal. Je ne céderai rien aux nationalistes et à tous ceux qui tiennent des discours de haine. S’ils veulent voir en moi leur opposant principal, ils ont raison ».

Et la Ligue de lui rétorquer : « Le principal adversaire de Macron, c’est le peuple français. Plutôt que de donner des leçons aux autres, ouvrez vos propres frontières et même celle de Vintimille ». Puis se référant aux déclarations conjointes de la veille, Salvini lui a lancé une autre attaque : « Macron, arrêtez de déstabiliser la Lybie pour des intérêts commerciaux ! ».

De son côté, Macron ne jouit pas d’une grande popularité, ni même son gouvernement. Avec la démission de Nicolas Hulot, le ministre de l’Environnement, Macron perd une des personnalités les plus populaires de son gouvernement. Sa cote de popularité s’écroule : depuis les élections de mai à aujourd’hui, Macron a perdu presque 30 points (de 62% à 34%).

Traduction : Hélène Lechat

Source : Il Giornale, http://www.ilgiornale.it/news/politica/sfilata-buonista-sinistra-piazza-lodio-contro-salvini-1569081.html, http://www.ilgiornale.it/news/politica/incontro-orban-salvini-saviano-attacca-conte-non-conta-1569009.html (28 août 2018), Il Primato Nazionale (29 août 2018)

Crédit photo : DR
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