Depuis mardi, Esteban Morillo, Samuel Dufour, Alexandre Eyraud, comparaissent depuis mardi 4 septembre devant le tribunal, à Paris, afin de répondre des coups portés à Clément Méric, jeune antifasciste d’ultra gauche, tué dans une bagarre à Paris en 2013. Les récits des deux camps, opposés politiquement, diffèrent.

Les jurés, après dix jours d’audience (un procès exceptionnellement long pour ce type d’affaires), trancheront, tandis que le tribunal médiatique et politique lui, a déjà tranché depuis le 5 juin 2013. Ainsi, certains journaux n’ont pas hésité à qualifier de « meurtriers » des individus pas encore jugés, tandis qu’à l’époque, Jean-Marc Ayrault avait engagé la dissolution de mouvements politiques, sans attendre l’issue du procès.

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Esteban Morillo et Samuel Dufour, qui ont tous les deux fait de longs mois de détention provisoire, sont poursuivis pour violences « ayant entraîné la mort sans intention de la donner », à partir de mardi. Un troisième, Alexandre Eyraud, est poursuivi pour violences aggravées. Ils encourent respectivement vingt et cinq ans de prison.

Pour faire le point sur le procès en cours, nous avons interrogé Serge Ayoub, à l’époque leader des JNR (Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires), mouvement auquel n’appartenait pas Esteban Morillo (qui était proche de 3ème Voie), et qui fût à l’époque au centre de la tempête médiatique et politique.

« Les antifas insistent sur l’assassinat, alors qu’ils savent bien que ce n’en est pas un »

Breizh-info.com : Comment voyez-vous le déroulement du procès ? Eu égard de la tempête politique et médiatique au sujet des accusés, est-il déjà à charge avant d’avoir commencé ? Où va-t-on vraiment établir la vérité sur cette affaire ?

Serge Ayoub : En bon citoyen français, j’ai confiance en ma Justice. En bon Français, j’ai confiance en mon peuple, et c’est un jury populaire. En juriste – j’ai suivi une licence de droit – je pense que l’affaire est loin d’être entendue. En politique, quand j’entends les gesticulations des antifas, je me dis que l’affaire n’est pas dans le sac, et loin de là, pour eux.

À partir du moment où avant le début du procès, ils disent que la justice est « injuste », qu’ils n’en attendent rien, que ce n’est pas la condamnation qui est importante, mais le fait de reconnaitre que c’est un assassinat politique, cela prouve déjà qu’ils n’en sont pas sûrs. Ils le disent déjà d’ailleurs, que la justice ne sera pas rendue, que la bourgeoisie est toujours complice des fascistes et réciproquement.

Les antifas insistent sur l’assassinat, alors qu’ils savent bien que ce n’en est pas un. Pour un assassinat, il y a préméditation, là il est établi que non. Les mots qu’ils utilisent prouvent que cela ne va pas.

S’ils voulaient vraiment que la justice fasse son travail, ils ne feraient pas un tel scandale. Cette agitation, cette pression, montre une image en harmonie avec la défense d’Esteban. C’est une erreur, et ils la font sciemment. Ils savent que c’est perdu, et pire encore, ils font fructifier le cadavre. Pas simplement celui de Clément Méric, mais celui de l’antifascisme en général.

Si Méric n’était pas mort, une chance pour le mouvement antifa, de quoi parlerait-on ? Ils ont intérêt à le rentabiliser ce cadavre, car c’est ça ou plus rien.

Breizh-info.com : Parce qu’ils n’ont plus d’écho ?

Serge Ayoub : Oui. Ils sont obligés de le faire parce que c’est perdu. Pour qu’il se passe quelque chose. Sinon c’est quoi ? Une manif contre l’amiante à l’université ? Ils n’ont plus rien. Tout le monde s’en fout. Quel constat d’échec ! 2000 à 3000 personnes au moment de la mort de Clément Méric, un tollé général, des journaux, des ministres au garde-à-vous… et à peine 5 ans après, 300 à 400 clampins qui se rassemblent.

On dirait un rassemblement identitaire ! Sauf que les identitaires n’ont pas Libération, n’ont pas le Nouvel Obs, ils ne s’appellent pas Bouchenot avec un père à France 3, ils ne s’appellent pas Bernanos. Ce ne sont pas des bourgeois.

Quand tu as tous les médias avec toi et que tu ne rassembles que 400 personnes, il faut se remettre en question.

Quel constat abominable ! Méric, leur martyr, un fils de bourges. Un étudiant. Leur ennemi, la bête à abattre ? Un ouvrier. La seule fois où l’extrême gauche rencontre un ouvrier, c’est quand elle prend son poing dans la gueule. Ces mouvements qui se revendiquent populaires, ouvriers, n’ont pas d’ouvriers. Ils n’ont que des étudiants, des profs. Les cadres antifas sont des professeurs de collège ! Des fonctionnaires de la rébellion. C’est un échec total !

Breizh-info.com : Derrière ce procès, il y a tout de même une forme de gravité, des accusés qui risquent des années de prison…

Serge Ayoub : Je sépare le pénal du politique. Je ne veux pas être méchant, mais si certains risquent pour leur avenir, Méric lui, n’en a plus du tout. Et à cause de qui ? De ses potes, parce qu’ils n’ont personne avec eux, sont obligés de recruter des gens faibles. Dans une armée, quand on recrute, on recrute d’abord les plus forts, puis après les pieds plats, puis après, en fin de guerre, les vieillards et les enfants.

Les antifas parlent de guerre, de combat, ils se prennent pour une armée : ils ont un uniforme noir, des drapeaux, des chants, des troupes. C’est une armée. À partir de là, regardez leur recrutement. Ils n’ont plus rien. C’est énorme que ces gens qui luttent pour les ouvriers et pour le peuple se prennent une main dans la gueule par un ouvrier, jeune, issu de l’immigration. Le symbole est fort.

Breizh-info.com : Les Antifas vous accusent d’avoir manipulé ces jeunes depuis de longues années, d’avoir poussé des gens à la violence…

Serge Ayoub : Si c’est moi qui tirais les ficelles, pourquoi s’acharner ainsi sur des lampistes comme ils les appellent ? Cela prouve leur incapacité. Cela les met face à leurs contradictions.

Quand j’étais jeune et que je battais – et les antifas plus âgés qui comptent encore leurs dents seront d’accord avec moi – je me battais ! Quelle est la personne qui dans mon groupe de l’époque est morte ? C’est moi qui y allais. J’assumais cette violence. J’étais devant. Eux ils ont poussé un malade, un handicapé. Sous prétexte qu’ils combattaient comme des fachos ils se sont comportés comme des salauds. Moi jamais.

Quand Esteban m’a appelé un peu avant l’affaire, je lui ai dit de ne pas se battre et de s’en aller. Quand j’étais plus jeune et que je constatais que certains voulaient se battre sans en avoir les moyens, je leur conseillais d’écrire, de faire de la propagande, de combattre autrement. Je ne les amenais pas à l’abattoir.

Le procès que me fait l’extrême gauche est confus : si c’est moi qui tire les ficelles, pourquoi ne suis-je alors pas mis en examen ? Et pourquoi s’acharner sur Esteban s’il n’est qu’un lampiste ? Cela ne va pas tout ça..

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« Il est très difficile de dire que Valls a condamné à tort et en dépit du droit. »

Breizh-info.com : Comment expliquer le lynchage médiatique depuis 5 ans ? 

Serge Ayoub : Un journal n’a aucun intérêt à défendre Esteban. Et surtout pas un intérêt de corporation (dixit famille Méric, famille Bernanos, famille Bouchenot, etc..). Pourquoi s’ennuyer ? C’est tellement plus facile de tirer sur une ambulance.

Qui a envie d’écrire sur un journal qu’en fin de compte, ceux qu’on appelle les fachos, auraient raison ?

Je tiens à rappeler que ces journaux vivent de subventions, de publicités.

Ils n’ont par ailleurs aucun intérêt à tenir un autre discours, parce que tout le monde s’en fout. C’est un combat facile.

Breizh-info.com : Du côté judiciaire, six contre expertises pour savoir si un coup de poing américain a été utilisé ou non. Est-ce de l’acharnement ?

Serge Ayoub : Il est très difficile de reconnaitre que les députés se sont mis au garde-à-vous en une minute de silence pour un agresseur. Il est très difficile de dire que Valls a condamné à tort et en dépit du droit. Il est très difficile de dire qu’un Premier ministre s’est fourvoyé. C’est évident. Il faut sauver les meubles, ne pas être ridicule, car le ridicule tue en France.

Alors on va prendre les deux ouvriers, et on va leur en mettre plein la gueule. Ils n’ont ni l’argent ni les contacts pour se défendre.

Breizh-info.com : C’est donc un lynchage judiciaire qui s’annonce ?

Serge Ayoub : Pas forcément, comme je l’ai dit au début. Je crois en la Justice, je lui fais confiance. Elle l’a d’abord prouvé en requalifiant la qualification par le procureur de la République. Car au début c’était volontaire, et trois heures après le juge d’instruction mettait « involontaire », une véritable gifle pour le parquet. C’était tellement net qu’on ne pouvait pas faire autrement.

Il faut arrêter de crier au lynchage judiciaire. Bien sûr qu’ils sont ennuyés, qu’un deuxième juge a été mis. Mais il y’a dix jours d’audience, et par expérience, c’est qu’il y’a donc doute. Les juges assis ont un doute. C’est pour cela que l’audience est si longue. Ce ne sont pas les jurés qui décident de la durée, mais les juges. Ils sont embarrassés, et c’est normal. Mais ils essaient de faire quand même leur travail.

Ne soyons pas dans le « tous pourris ». Dans le complot perpétuel. Ce n’est pas crédible.

Breizh-info.com : Quelles conséquences politiques suite à ce procès ?

Serge Ayoub : Le match retour du PSG-Nîmes ? Non, sérieusement, rien. C’est mort, cela va se dégonfler. L’affaire est morte. Tout le monde s’en fout en France. Il n’y a que des articles faits par des journalistes complaisants, mais cela tourne en rond.

Breizh-info.com : Pour vous le journalisme et le politique se sont salis dans cette affaire ?

Serge Ayoub : Ils ne se salissent pas, ils ont joué leur jeu, leurs intérêts. Les bons sentiments rapportent et ne créent pas de problèmes. Être d’accord avec le gouvernement ça ne crée pas de problème, ni avec les collègues, les sponsors, les subventions.

Quand j’étais plus jeune, je me demandais comment le Canard Enchainé faisait pour avoir autant d’informations. Et un ami journaliste m’a répondu un jour en riant : « c’est la police qui leur donne ». C’est le système qui donne des informations quand il faut. Pour Médiapart, cela pourrait bien être pareil. Un jour, j’avais déjeuné avec Askolovitch, qui m’avait dit tout de go être ami avec Manuel Valls. C’est son droit. Mais en termes d’indépendance de la presse, en termes d’éthique, ce n’est pas la même.

C’est un microcosme dirigeant, une bulle, mais il faut faire attention, car une bulle, ça éclate.

Qui lit Le Monde ? Qui lit Libération aujourd’hui, à part M. Rotschild ? Personne. Tout le monde s’en fout. Je ne sais même pas si on donne encore ces journaux dans les avions. C’est fini.

La gauche c’est quoi ? Des gens qui sont en dehors de la réalité, des étudiants, des professeurs jamais sortis de l’école, et des retraités nostalgiques de mai 68. C’est tout. Des gens qui sont aujourd’hui hors de la vraie vie.

Breizh-info.com : Ils restent tout de même influents….

Bien sûr, ils ont le pouvoir. Pour combien de temps encore ? On a eu l’hyperprésident, puis le président normal, le président nouveau. Et après ? Il reste quoi ? Bayrou ? Un kangourou ? Ils ont tout de fait. « Je suis droite à l’américaine », « je suis de gauche français et humain », « moi je n’ai rien à voir avec tout ça ». Et après ? « Moi je suis très vieux ». Un nain, un cracheur de feu ? On est en fin de cycle, et c’est pareil pour l’extrême gauche. Le procès Clément Méric est son chant du cygne.

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Breizh-info.com : Pour finir, parlez-nous de votre ouvrage à paraitre, « Pour un nouveau contrat social » ?

En France, on nous explique toujours ce qui ne va pas. Avec un clin d’oeil amical à mon éditeur, je me fous de comprendre l’Empire. Je veux le détruire et le remplacer. Cela fait des années que j’ai compris qui étaient les salopards qui nous dirigent. Je réfléchis plutôt à comment les dégager, et par quoi nous allons les remplacer.

C’est ce que j’essaie dans ce premier livre d’une série à venir de faire. J’y dresse les bases d’un programme politique, avant d’expliquer pourquoi nous allions prendre le pouvoir.

Voir la présentation du livre ci-dessous :

 Liberté, égalité, solidarité », telle pourrait être la nouvelle devise d’une France dans laquelle seraient appliqués les principes exposés ici, permettant « l’équilibre entre le capital et le travail, condition sine qua non d’une démocratie sociale véritable ». Mais malgré sa ressemblance avec l’actuelle devise française, ses termes sont loin de recouvrer la même signification. La fin des corporations ayant débouché sur la soumission du travailleur au capital, le taylorisme et le fordisme sur la course à la productivité et au salariat généralisé, le travailleur s’est trouvé privé de toute véritable liberté. L’égalitarisme promu par les communautarismes victimaires n’est en rien l’égalité ; il est au contraire, « l’appareil idéologique qui abolit la hiérarchie pour mieux instaurer un surcroît de domination ». Car l’égalité n’est pas l’absence de hiérarchie ; cette dernière, justifiée par le mérite et non l’argent, devient non seulement juste, mais profitable à tous.

Quant à la solidarité, elle n’est pas l’expression d’un État-providence, mais celui d’un État social mettant en place les conditions d’une « coresponsabilité citoyenne ». Partant du constat que l’injustice sociale est arrivée à une forme d’oppression, et après avoir décortiqué les mécanismes économiques, mais aussi idéologiques de cette injustice, l’auteur analyse les forces en présence. Tout en haut de la hiérarchie sociale se trouvent les oppresseurs, dont on peut suivre la montée en puissance depuis la Renaissance, formant une hyperclasse qui milite pour la mondialisation afin d’échapper à ce qu’il reste des puissances étatiques. Tout en bas, leurs complices inconscients, sous-prolétariats aujourd’hui majoritairement constitué par l’immigration. Entre les deux, les travailleurs, qu’ils soient ouvriers ou petits patrons, pris en étau. Dès lors, que faire ? Retrouver la notion de bien commun, de res-publica, au sein de la nation, repenser la fonction publique et le rôle de l’État, dépasser le salariat, réformer les syndicats, créer des coopératives, une banque solidaire d’investissement : telles sont quelques-unes des solutions proposées ici pour un nouveau contrat social entre l’État et les citoyens.

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