Transformer le Qatar en île : le nouveau caprice de Mohamed ben Salman

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Sur la scène régionale comme intérieure, Mohamed ben Salman, le prince héritier saoudien est réputé pour son impulsivité et ses désirs souvent irraisonnés. Le dernier en date : faire du Qatar une île.

Mohamed ben Salman, dit « MBS », prince héritier d’Arabie saoudite, capricieux et opiniâtre. Voilà ce qui devrait figurer sur le curriculum vitae du « fils préféré » de l’actuel roi Salman. Aux manettes du royaume depuis plus de trois ans maintenant, dans les starting-blocks pour succéder à son père, MBS n’aime pas qu’un dossier lui résiste. Surtout lorsqu’il en est l’instigateur. Alors, pour sauver la face, le jeune trentenaire a souvent recours à une arme aussi redoutable que dangereuse : l’excès. Comme, très récemment, avec le Qatar.

Isolement diplomatique

Il y a quelques jours, les médias saoudiens se faisaient l’écho des derniers desiderata du prince héritier concernant le voisin qatari. Et la surprise est à la hauteur de l’annonce : Riyad veut transformer le petit émirat en île. Rien de moins. Un appel d’offres a d’ailleurs été lancé ; 5 entreprises saoudiennes seraient sur les rangs. Il s’agit de creuser un canal long de 60 kilomètres et large de 200 mètres, pour séparer le Qatar du reste de la Péninsule arabique. Coût du projet : environ 600 millions d’euros — aux frais, bien évidemment, du contribuable saoudien.

L’information, qui aurait très bien pu sortir un 1er avril, est des plus sérieuses. Moins crédibles, en revanche, les explications avancées par les autorités saoudiennes ne trompent personne. Le canal ne servirait pas à développer le tourisme du royaume wahhabite — engagé par ailleurs dans une vaste réforme de son économie —, mais bien à isoler géographiquement le petit émirat. MBS ne fait qu’appliquer — et pousse encore un peu plus loin — sa politique anti-Qatar adoptée en juin 2017. Lorsqu’il avait décidé de l’isoler, diplomatiquement cette fois-ci.

Crise économique

À l’époque, Doha commençait à se rapprocher un peu trop de l’Iran, la bête noire des Saoudiens au Moyen-Orient. Or, MBS a repris à son compte le tropisme anti-iranien que se doit d’adopter tout monarque arabe. Ceci de manière farouche et, parfois, complètement irraisonnée. À la limite de la paranoïa. Le prince héritier n’a ainsi pas hésité à déclencher en mars 2015 une guerre au Yémen pour combattre de manière interposée la République islamique – soutien des rebelles houthis contre le gouvernement yéménite, épaulé par Riyad. Bilan : plus de 10 000 morts, des frappes aériennes qui visent aussi bien les populations militaires que civiles, une situation humanitaire absolument catastrophique et une enquête de l’ONU qui lui pend au nez.

Les Saoudiens, également, ont appris à « apprécier » les caprices de leur futur monarque. Son goût pour les demeures hors de prix, avec marbre et fontaines de préférence ; ou encore pour les œuvres d’art à plusieurs centaines de millions de dollars, ainsi que pour toutes les marques de réussite sonnante et trébuchante, comme les yachts à près d’un demi-milliard de dollars. Dans le même temps, la population saoudienne fait face à une crise économique et doit affronter des mesures fiscales toutes fraîches qui grèvent son porte-monnaie. Mais rien n’est trop beau, semble-t-il, pour satisfaire les caprices de MBS.

Ludovic P

Crédit photo : wikipedia commons (cc)
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