HOLODOMOR est le terme qu’utilisent les Ukrainiens pour désigner le génocide contre le peuple ukrainien. Méticuleusement organisée et mise en place par Staline en 1932-1933 en Ukraine, cette famine artificielle a emporté la vie de plusieurs millions de vies innocentes : hommes, femmes, enfants…

L’année 2018 marque la 85ème année de commémoration du Holodomor. Si la communauté internationale rend hommage à ses victimes durant tout le mois de novembre de chaque année et notamment lors d’une Journée de commémoration le 4ème samedi de novembre, la démarche mémorielle consiste surtout à dire toute la vérité sur ce crime et à témoigner pour l’Histoire.

Dans ce contexte, l’ouvrage “Ukraine 1933, Holodomor – Itinéraire d’une famille et témoignages de survivants“ de Philippe et Anne-Marie Naumiak, publié aux Éditions Bleu & Jaune, apporte un éclairage inédit sur ce génocide oublié.

Philippe et Anne-Marie Naumiak, enfants d’un survivant du Holodomor qui a vécu en France pendant plus d’un demi-siècle, font le choix de témoigner pour l’Histoire : « Notre démarche n’est pas une quête de racines que nous n’avons, du reste, jamais oubliées. C’est un retour que nous savions inévitable aux sources d’une tragédie familiale, politique, mémorielle, nationale et religieuse dont nous sommes les témoins et les héritiers. Après avoir retracé l’itinéraire de leur famille, ils livrent au lecteur des récits authentiques, recueillis en Ukraine, dans lesquels les derniers témoins du Holodomor racontent l’horreur – inimaginable, indicible, absolue – qu’ils ont connue.»

Comme le souligne l’auteur Philippe Naumiak, jusqu’à présent, il n’y a que peu d’ouvrages publiés en France concernant le Holodomor et la plupart sont incomplets (compte-rendus de conférences, passages romancés de biographies…) ou traduits de l’anglais. Philippe et Anne-Marie Naumiak, des Français d’origine ukrainienne, ont voulu lever le voile sur ce pan ignoré de l’Histoire en livrant des témoignages inédits.

Des témoignages édifiants qui racontent l’indicible

Le Holodomor n’est pas une abstraction ou un événement lointain. 1933, c’était hier. Et à travers les récits d’Ivan, de Kateryna, de Maria, d’Oleksandr… ce sont des tragédies humaines qui se dessinent, vécues par ceux qui ont l’âge de nos parents ou de nos grands-parents. Ils ont connu l’angoisse, la faim épouvantable, les fosses communes où sont jetées les morts mais aussi les agonisants, les repas faits de cuir bouilli et d’herbe, le ventre qui gonfle, les cadavres abandonnés sur les routes, l’obsession de la quête du pain, les familles entières affaiblies et décimées, la violence des surveillants, les délires causés par la faim, les cas de cannibalisme…

Maria Todossivna Kokochko, née en 1917, vivait au village de Velyka Motchoulka à cette époque.

Elle raconte notamment une histoire d’une atrocité inouïe : « Nous avions comme voisine Kalyna Zadorojna. Son mari était mort. Elle restait seule avec ses cinq enfants. Kalyna allait souvent avec l’une de ses petites filles aux champs chercher de l’ail sauvage. Mais un jour la petite a disparu. Une nuit, il a plu violemment. Le lendemain matin, une autre voisine, Palada, voit que l’on est venu voler dans son jardin. Elle suit les traces de pieds dans la boue qui la conduisent chez Kalyna Zadorojna. Elle entre et, dans un baquet, elle voit des morceaux du corps découpé de sa fillette… Palada a couru à la mairie la dénoncer. La milice est venue arrêter Kalyna qui avait dévoré ses trois filles Chivrona, Palassia, Frassyna et son fils Serhiï »

Une préface signée Stéphane Courtois, rédacteur du Livre noir du communisme

Stéphane Courtois est historien, directeur de recherche au CNRS et directeur de la revue Communisme, cofondée avec Annie Kriegel en 1982. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et travaux de référence en histoire des régimes communistes. Publié sous sa direction en 1997, Le Livre noir du communisme, traduit en près de trente langues et vendu à plus d’un million d’exemplaires, lui apporte une notoriété internationale.

Avec cette préface, il entend apporter son soutien au devoir de mémoire entrepris par Philippe et Anne-Marie Naumiak et agir pour la reconnaissance de ce terrible génocide. Stéphane Courtois écrit notamment : « Ce massacre de masse par la mort de faim “chez soi”, d’une simplicité et d’une efficacité terrifiantes, correspond à la définition juridique du génocide, établie par la Convention votée par l’Organisation des Nations unies à Paris le 9 décembre 1948.»

Philippe Naumiak est né en 1962 aux États-Unis d’une mère française et d’un père ukrainien. Il a étudié au Collège pontifical ukrainien de Rome puis à l’Institut des langues orientales de Paris, où il a consacré un mémoire de maîtrise à l’Ukraine de l’entre-deux-guerres. Il est l’auteur de deux ouvrages : Grammaire ukrainienne de base (Éditions géorgiennes francophones Iveria, Paris, 1991) et Nouvelles d’un pays perdu : Haute-Bretagne (Éditions Thélès, 2006). Il exerce la profession d’enseignant en Bretagne, près de Saint-Malo, d’où sa famille maternelle est originaire, et il continue de s’investir au sein de la diaspora ukrainienne.

Anne-Marie Naumiak est née à Paris, en 1960. Elle a étudié à l’Institut des langues orientales de Paris, en maîtrise d’études ukrainiennes, et a obtenu un certificat d’enseignement du FLE à l’Université de Grenoble. Après avoir travaillé dix ans en Allemagne, dont six à l’internat ukrainien de Munich et quatre à Augsbourg où elle enseignait le FLE, elle a émigré au Canada en 2001. Devenue Canadienne, elle vit actuellement à Trois-Rivières, au Québec. Comme son frère Philippe, elle exerce la profession d’enseignant. Elle est institutrice au sein de la communauté amérindienne des Atikamekw de Manawan.

Ukraine 1933, HOLODOMOR – Itinéraire d’une famille et témoignages de survivants – Philippe et Anne-Marie Naumiak – éditions bleu et jaune – 24,8€ (à commander ici)

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