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Tout un hors-série conduit et rédigé dans son intégralité par Jean Lopez. L’iconographie est à la hauteur, tout comme les cartes, traitées à l’ancienne.
Que retient-on ? Que cette première guerre mondiale fut sanctionnée par des traités inégaux imposés dans un esprit de stigmatisation des vaincus. Très loin de l’esprit des Lumières, lorsque Voltaire écrivait, en 1751, « que l’on pouvait regarder l’Europe comme une espèce de Grande République, partagée en plusieurs États, les uns monarchiques, les autres mixtes, mais tous ayant un même fond de religion, tous ayant les mêmes principes de droit public et de politique inconnus dans les autres parties du monde. C’est par ces principes que les nations européennes (…) s’accordent surtout dans la sage politique de tenir entre elles une balance égale de pouvoir. » (cité par Dominique Venner, Le Siècle de 1914, 2006).
Quatre empires s’étaient effondrés, l’allemand, l’austro-hongrois, le russe et l’ottoman. Il ne restait plus qu’à les dépecer. Les vainqueurs obéissaient à des objectifs contradictoires. La France (Clemenceau, Tardieu) pensait revanche et punition, l’Italie, juste rétribution ; le Royaume-Uni cherchait à diviser le plus possible et l’américain Wilson, ignare de tout ce qu’était l’Europe, prêchait une diplomatie des bons sentiments qui dissimulaient mal son aspiration à devenir le gendarme du monde.
Un beau chaos

Ce fut un beau chaos. Des pays retrouvèrent leur indépendance, la Finlande, la Pologne alors que d’autres furent amoindris, humiliés, la Hongrie, l’Autriche. On fabriqua de bric et de broc une « Tchécoslovaquie », une Yougoslavie », des loufoqueries qui rappellent que cette fin de guerre vit aussi émerger « dada » !
Hors d’Europe, les appétits colonialistes sortirent renforcés. En peu de temps, on joua des mandats S.D.N. (Société des nations) pour rafler tout ce qui avait appartenu aux vaincus, Syrie, Liban, Irak, Cameroun, Tanganyika, Togo…
Partout, ces découpages forcèrent, martyrisèrent des minorités qui s’engagèrent dans des résistances vouées à l’échec mais interminables… Germanophones de l’Europe centrale, Druzes, Kurdes, Arméniens, ou Arabes palestiniens du Proche-Orient… Des chaudrons de sorcières jamais éteints et qui débordèrent après 1939.
L’émergence d’hommes forts, impitoyables qui prirent les rênes de leur patrie
Dans cet immense gâchis, surgirent un peu partout des hommes forts, impitoyables qui prirent les rênes de leur patrie, le finlandais Mannerheim, le polonais Pilsudski, le Hongrois Horthy, l’irlandais de Valera… D’autres, plus trublions, se lancèrent dans des aventures folles ou désespérées, à Fiume d’Annunzio, autour de la Baltique les corps francs, l’ukrainien Petlioura, le bulgare Stambolijski, le géorgien Kvinitadzé…
Lopez regarde au-delà de l’Europe, il soupèse le grand séisme, en Iran, en Inde britannique, en Chine, au Japon… Des vents violents portent les idéologies récalcitrantes au nouvel ordre mondial, elles vont s’imposer en quelques années face à des démocraties usées, médusées.
Un tel tour d’horizon remet à sa place notre temps de mondialisation, vanté comme inédit, original en diable, à saisir faute de quoi… Mais qu’en connaissent les femmes et les hommes, fringants quadras, sortis de nos grandes écoles ? Notre actuel président a passé beaucoup de temps auprès du philosophe vichyssois Paul Ricoeur… Il aurait gagné à lire Georges Sorel, Oswald Spengler ou encore Unamuno, Ortega y Gasset… Leur spectrographie de l’Europe en devenir est plus que jamais d’actualité.
Jean HEURTIN
Crédit photos : DR
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