30 janvier 1974 : Il y a 45 ans, Raymond Marcellin annonçait la dissolution du FLB [Vidéo]

A LA UNE

Le 30 janvier 1974, il y a 45 ans, le ministre de l’intérieur de l’époque Raymond Marcellin annonçait la dissolution de quatre organisations politiques autonomistes (le FLB-LNS, le FLB-ARB, le mouvement basque Enbata, et le Front patriotique corse de libération).

Une annonce qui n’allait rien changer. Au contraire elle provoquerait une accélération de la lutte armée en Bretagne ainsi qu’une répression étatique sans précédent. En témoigne quelques semaines plus tard, le 14 février 1974, la destruction du relais émetteur de télévision de Roc’h Trédudon (Finistère). Revendiquée par le FLB-ARB, il a entraîné une coupure télévision de plusieurs mois pour les habitants de Basse Bretagne.

Dans la foulée interviendra le plasticage du camp militaire de Ti Voujeret en Dinéault et, plus tard, celui du château de Versailles en 1978. Arrestations, condamnations et protestations se succèdent  jusqu’à ce que l’amnistie de 1981 apaise cette forme d’activisme breton.

Qu’est-ce que le FLB, Front de Libération de la Bretagne ?

Le FLB, Front de Libération de la Bretagne, est un mouvement issue de l’Emsav ( le mouvement breton). Il prend plusieurs aspects entre 1965 et 1981. Après l’échec du CELIB – le Comité d’études et de liaison des intérêts bretons – d’anciens membres du Mouvement pour l’organisation de la Bretagne marqués par les méthodes des mouvements de libération nationale – FLN, IRA et ETA – refusant la lutte marquée à gauche de l’UDB – l’Union démocratique bretonne -, optent pour une violence qui vise des cibles symboliques. C’est ainsi que naît le FLB.

Voici ce que l’on peut lire sur le site de l’INA : 

Le premier FLB (1966-1969) plastique perceptions, gendarmeries, bâtiments administratifs, installations militaires, « pour la liberté de la Bretagne ». Toutes ces opérations doivent endommager des bâtiments mais ne doivent pas blesser ou tuer. Il s’agit d’attirer l’attention de l’Etat sur les problèmes bretons. C’est ainsi que le 27 avril 1968, le dépôt de véhicules des CRS à Saint-Brieuc est détruit. L’apparition de l’ARB – Armée républicaine, puis révolutionnaire, bretonne – entraîne une escalade. Peu de temps avant le voyage du général de Gaulle en Bretagne, au début de l’année 1969, 53 membres sont arrêtés. Ces arrestations satisfont pleinement le ministre de l’Intérieur de l’époque, R. Marcellin, maire de Vannes, conseiller général et député du Morbihan.

En établissant un rapprochement entre le FLB et les autonomistes bretons de la Seconde Guerre mondiale, les autorités françaises semblent les assimiler aux nostalgiques du nazisme. Une partie de la population bretonne, exprime au contraire une certaine solidarité, en voyant dans l’action du FLB une convergence avec les mouvements revendicatifs des années 1950 et 1960. L’amnistie décidée par Georges Pompidou en 1969 met finalement un terme aux poursuites judiciaires, tandis que René Pleven – qui n’est autre que le président du CELIB – est nommé ministre de la Justice. A ce titre, il n’engage pas de poursuite contre les acteurs de publications autonomistes, au grand dam du ministre de l’Intérieur, breton lui aussi.

Le second FLB (1971-1981) épouse le discours post-soixante-huitard et affirme ses positions socialistes et révolutionnaires. Les attentats reprennent contre les « agents de l’impérialisme en Bretagne ». Ainsi, à Saint-Malo, la villa du promoteur Bouygues est en partie détruite. En 1972, 200 personnes sont arrêtées, 13 déférées devant la Cour de Sûreté de l’Etat. Leur procès se transforme en une véritable dénonciation du gouvernement.

L’année 1974 marque une reprise du FLB-ARB : destruction du relais de Roc Trédudon en février 1974, plasticage du camp militaire de Ti Voujeret en Dinéault et du château de Versailles en 1978. Arrestations, condamnations et protestations se succèdent alors. En 1981, 19 prisonniers politiques bretons du FLB totalisent 148 années de prison avant que l’amnistie qui accompagne l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République, n’apaise cette forme d’activisme breton. Le FLB cesse alors tout attentat, avant que l’ARB ne prenne la relève quelques années plus tard, dans les années 90, jusqu’à l’attentat de Quévert le 19 avril 2000 ayant entrainé le décès de Laurence Turbec, employée du MacDonalds, attentat dont les auteurs n’ont jamais été identifiés.

A noter qu’hormis Laurence Turbec, les seules victimes des bombes posées par les militants nationalistes bretons furent des militants du FLB. Le FLB a toujours refusé – hormis ce dérapage incontrôlé qui scella la fin de la lutte armée en Bretagne – que ses attentats fassent la moindre victime.

Dans la nuit du 29 au 30 septembre, Yann-Kel Kernalegenn est déchiqueté par l’explosion de la bombe qu’il s’apprête à déposer à Ti-Voujeret. Trois autres militants sont impliqués dans l’attentat. Deux opérations simultanées sont prévues, contre les bulldozers et contre le garage de la maison de l’officier chargé de la surveillance du site. Yann Kel opère seul pendant que deux autres militants installent des explosifs sur les engins choisis. A une certaine distance de la maison, ils ne voient pas Yann Kel mais ils entendront bien l’explosion, suivie d’un « cri horrible », en avance sur l’heure prévue. Ils quittent rapidement les lieux sans procéder aux explosions envisagées. Ils apprendront la mort de leur camarade le lendemain. A priori, et en l’absence de témoins visuels directs, le jeune militant a, au moment de déposer la charge, voulu effectuer une modification sur la minuterie du système de mise à feu. Un enquêteur pense que Yann Kel a du « brancher ses fils alors que le retard était réglé sur zéro minutes ». Certains ont émis l’idée que le jeune nationaliste a voulu déplacer sa charge en mesurant le danger potentiel pour la famille du militaire. La thèse d’une femme promenant son chien au même moment a également été avancée.

Le 4 Juin 1985, un jeune militant, Christian Le Bihan, 25 ans, est déchiqueté à Guingamp par la bombe qu’il s’apprêtait à déposer au palais de justice.

Nous vous proposons ci-dessous une large bibliographie sur ces années FLB, avec des livres parfois écrits par ceux qui ont milité, qui se sont battus pour la Bretagne et son identité à cette époque. Nous ne pouvons que vous conseiller d’aller faire un tour à l’IDBE, de la Fondation Yann Fouéré, pour y consulter ce qui constitue sans aucun doute la plus grande base d’archives sur le mouvement breton.

La langue bretonne et la Révolution, Emsav Stadel Breizh, Rennes. 1972.

Les bretons le dos au mur: le FLB devant la Cour de Sûreté de l’État. La Table Ronde, 1973. Brittia, 2000. de Ronan Caerléon.

Breiz Atao ou histoire et actualité du nationalisme breton. Moreau. 1973. Olier Mordrel.

FLB 72 – Procès de la Bretagne des Comités de soutien aux détenus politiques bretons. Kelenn, (Kelenn Politique), 1973. Compte-rendu du procès devant la CSE de 1972.

Bretagne, renaissance d’un peuple, de Jean Pierre Le Dantec (éd. Gallimard, 1974).

La question bretonne de Renaud Dulong, Ed FNSP 1975

En prison pour la libération de la Bretagne. En prison pour le FLB Nouvelles Éditions latines, (Les Cahiers de l’Avenir de la Bretagne; 3), 1977. de Yann Fouéré.

Histoire résumée du mouvement breton, du xixe siècle à nos jours (1800-1976). Quimper: Éditions Nature et Bretagne, (Les Cahiers de l’Avenir de la Bretagne; 4), 1977. Yann Fouéré. ISBN 2-85257-027-0.

La Révolte des régions d’Europe occidentale de 1916 à nos jours, de Christian Gras, ed. PUF 1982.

Analyse des idéologies : le Front de libération de la Bretagne, Mémoire de maîtrise, 1984, université Paris X-Nanterre. de Ronan Le Coadic.

Le séparatisme en Bretagne de Michel Nicolas. Beltan. 1986.

Bretagne 79: des années de poudre. Ed. Egina, Carhaix, 1989. 143 pages, ouvrage collectif édité écrit sous le pseudonyme de Marie-Pierre Bonnet.

Le Front de libération de la Bretagne dans les années 1966-1985 : la tentation de la lutte clandestine au sein du mouvement breton. Mémoire d’études Sciences politiques de Rennes. Erwan Chartier 1994.

Les Fronts de Libération de la Bretagne, 1997, Paris II-Assas. Mémoire de DEA de science politique [archive]. Erwan Le Quilliec.

Breizh Dieub!: une histoire de l’action clandestine en Bretagne, 1966-1985: FLB-ARB. Kazetenn Emgann, Combat Breton, 1998. de Erwan Glanndour. I

Breizh / Euskadi – Histoire d’une solidarité, Annick Lagadec et Mikel Gil Cervera, Éditions Egina, 1999, 248 pages

FLB-ARB : L’Histoire 1966-2005, de Lionel Henry & Annick Lagadec. Éditeur : Yoran Embanner

Le Dossier FLB – Plongée chez les clandestins bretons, d’Erwan Chartier et Alain Cabon, Éditions Coop Breizh

Reportages sur le FLB et ses acteurs

Crédit photos : DR
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