À Nantes, certains pratiquent à leur manière « l’art d’être français » cher à Emmanuel Macron ; ils dialoguent à la Kalashnikov. Résultat des courses : 2 morts et 21 blessés en un an.

Kalashnikovs, 7,62, 7,65 et 9 mm

Les médias nationaux accordent une grande place aux quartiers nord de Marseille ; c’est vrai que « l’activité » y est particulièrement soutenue. Mais la ville de Nantes ne démérite pas et un meilleur traitement médiatique de son « dynamisme » s’impose : « 45 fusillades » ont été comptabilisées pendant l’année 2018, selon le procureur de la République, Pierre Sennès (Ouest-France, Nantes métropole, mardi 23 avril 2019). Depuis un an, cela donne 2 morts et 21 blessés par arme à feu (Presse Océan, mercredi 24 avril 2019). Et nous avons affaire désormais à des gens qui utilisent des « arguments sérieux », genre gros calibre : Kalashnikovs, 7,62, 7,65 et 9 mm. Comme le dit si bien Johanna Roland (PS), maire de Nantes : « Cette situation est intolérable pour les habitants. Les épisodes de tir doivent cesser » (Presse Océan, mardi 23 avril 2019). Propos qui vont impressionner à coup sûr les « tireurs » ou même carrément leur « foutre la trouille »…

Cette déclaration gentillette n’aborde pas le fond du problème. Jean-Christophe Bertrand, directeur départemental de la sécurité publique de Loire-Atlantique, résume la situation ainsi : « Quand on tire pour tuer, c’est souvent que le trafic de stupéfiants est en cause. Les enjeux financiers sont tellement importants », souligne-t-il (Ouest-France, Nantes métropole, mercredi 24 avril 2019). Certains habitants du quartier de Bellevue expliquent les choses ainsi : « Les gamins décrochent de plus en plus tôt de l’école. Après ? Ils sont pris dans les réseaux de stups. Tu ne peux plus les atteindre, ils sont loin, très loin. ». En se promenant dans le quartier, on aperçoit les petits vendeurs et les petits guetteurs qui travaillent pour les trafiquants. « Sans compter qu’ils marchent tous à la colle. On ne voyait pas ça avant, mais ça change tout. On ne va pas tirer sans être complètement défoncé ! », poursuivent les mêmes (Ouest-France, Nantes métropole, mercredi 24 avril 2019).

« Ces ados butés qui jouent aux cow-boys avec des flingues »

Toujours à Bellevue, un autre habitant raconte avoir vu la situation « se dégrader », avec la fin de l’époque des « grands frères », et ces « ados butés » qui, désormais, « jouent aux cow-boys avec des flingues » à la moindre contrariété. Surtout quand il est question de trafic de drogue et de conquête de territoire.

Le journaliste de Presse Océan, Rémi Certain, met ensuite le doigt sur la plaie grâce aux témoignages recueillis. « Ça génère tellement d’argent facile que ça attire les convoitises ». Des gros bonnets comme des petites mains, dit l’un. « Pour une partie des dealers, participer au trafic, cela signifie remplir le frigo », commente un autre, qui observe, sous ses fenêtres, « les bobos nantais venir ici le cul serré pour acheter leur came. Tant qu’il y aura des acheteurs, il y aura des trafics. Peut-être faudrait-il légaliser ? » (Presse Océan, jeudi 25 avril 2019).

Du côté de la police, même son de cloche ; on évoque « des rivalités inter-quartiers, sur fonds de stups » ; mais on observe également sur le terrain « de plus en plus de colle. Et les points de vente d’héroïne refleurissent » (Ouest-France, Pays de la Loire, jeudi 25 avril 2019).

C’est donc la guerre dans les quartiers du Breil, de Malakoff, de Bellevue et des Dervallières. On a le droit de se souvenir qu’au plus fort du conflit de Notre-Dame-des-Landes, Alain Mustière et ses amis « pro-aéroport » dénonçaient les « délinquants » zadistes et réclamaient des mesures énergiques pour anéantir ces hors-la-loi. Aujourd’hui, à Nantes, il y a des blessés et des morts, pour autant, on n’entend pas Mustière demander au gouvernement de mettre le paquet pour éliminer les trafiquants de drogue ; il est silencieux… Deux poids, deux mesures.

La bourgeoisie nantaise s’alimente en « marchandise » dans les quartiers dits « sensibles »

Bien entendu, on doit tenir compte du fait que la bourgeoisie nantaise s’alimente en « marchandise » dans les quartiers dits « sensibles » ; elle crée la demande qui nourrit l’offre. Plus il y a de clients, plus le trafic de drogue se développe – et inversement –, souligneraient les économistes. Pour assécher le marché, coincer les acheteurs qui viennent faire leurs « courses »  serait d’une grande efficacité. Mais volonté politique et outils juridiques font évidemment défaut.

Les Bretons ne sont pas dans le coup !

La presse locale (Ouest-France et Presse Océan) et nationale (Le Figaro et Le Monde) ont beaucoup parlé des « évènements » de Nantes. Une observation s’impose : à aucun moment, pas une seule fois, on a mentionné que les différents acteurs sont des immigrés et que les fusillades concernent la population immigrée. Les Bretons ne sont pas dans le coup ! Cette façon de procéder relève évidemment du politiquement correct. Sur le plan professionnel, cela ressemble à un refus d’appeler un chat un chat. On a affaire à une information partielle, biaisée, ayant pour objectif de dissimuler le réel. Cette technique rédactionnelle est peut-être enseignée désormais dans les écoles de journalisme !

Bernard Morvan

Photo d’illustration : DR
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