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Hamid Enayat est un analyste iranien basé en Europe. Militant des droits de l’homme et opposant au régime de son pays, il écrit sur les questions iraniennes. Nous reproduisons ci-dessous cette analyse, de celui qui travaille également pour The Media Express.
Moyen-Orient. L’Iran au cœur des tensions régionales
Le Moyen-Orient est une vraie poudrière avec une situation plus explosive que jamais. Comment en est-on arrivé là ?
Parmi les nombreuses raisons expliquant l’aggravation des tensions au Moyen Orient, la principale raison connue est l’Iran. La montée en puissance en Iran de la République islamique et son retour sur le devant de la scène tant régionale que mondiale a bouleversé la situation au Moyen Orient.
L’Iran a longtemps été isolé et marginalisé sur le plan diplomatique et dans ses rapports avec les autres pays surtout depuis le conflit avec l’Irak. Depuis 1990, l’Iran a adopté une stratégie multifacette et malicieuse qui lui a permis de s’installer au Liban, de satelliser la Syrie, créant de ce fait une frontière virtuelle avec Israël. Cependant durant cette période, son influence est restée limité par la puissance de Saddam Hussein, du Conseil de coopération du Golfe et du régime des Talibans.
Dans les années 2000, la politique occidentale belliqueuse envers Saddam Hussein et le régime des Talibans va permettre à l’Iran d’intensifier son influence en Irak et en Afghanistan.
Le Printemps arabe de 2011, le repli des Saoudiens, la stratégie de défense musclée des Israéliens et la volonté américaine de se désengager de la région permette à l’Iran une nouvelles expansion dans la région. Le régime des mollahs va élargir ses activités au Levant et en Mésopotamie mais aussi dans la péninsule arabique, en Afrique du Nord, à la pointe de l’Afrique et au Sahel.
Le retour de l’Iran au sein de l’échiquier régional et son rapprochement avec l’Occident découle de l’accord nucléaire de 2015, Un accord qui a permis à l’Iran de renaître en superpuissance régionale.
Or, en novembre 2016, l’élection de Donald Trump redistribue les cartes. Dès son investiture en janvier 2017, le président arrête le dialogue avec l’Iran et annonce un rapprochement avec Israël et l’Arabie Saoudite, et plus tard sort de l’accord nucléaire de 2015. Trump a mené depuis une politique de pression maximale à l’égard du régime des mollahs, qu’il perçoit comme un État terroriste. Pour Trump l’Iran doit être neutralisé pour revenir à sa sphère d’influence pré-2011.
Auparavant limitée au Yémen et en Syrie, la rivalité entre la République islamique d’Iran et l’Arabie Saoudite est désormais présente aux quatre coins de l’échiquier régional, citons par exemple les tirs de missiles du Yémen vers l’Arabie saoudite attribués à la minorité chiite des Houthis alliés de Téhéran, attaques chimiques dans la Ghouta orientale imputées à l’axe Téhéran-Damas-Moscou.
Du côté d’Israël, la situation est encore plus préoccupante. Aux programme nucléaire et développement des missiles balistiques s’ajoutent désormais la crainte israélienne suscitée par la présence des forces iraniennes et pro-iraniennes dans la Goutha et sur le plateau du Golan c’est-à-dire aux frontières de l’État hébreu. Le Corps des gardiens de la révolution, la force Qods et le Hezbollah libanais (financé par l’Iran) ont stationné des commandements et déployés des unités combattantes le long des hauteurs du Golan.
Enfin pour Israël, la présence de l’Iran en Syrie est uniquement due à la construction d’une rampe de lancement pour une attaque sur Israël. Les experts mettent en garde contre une éventuelle confrontation directe entre Israël et le Hezbollah qui pourrait entraîner la région dans un grave conflit ouvert. Au même temps La République iranienne adopte une rhétorique de plus en plus guerrière vis-à-vis de l’administration Trump et de ses alliés régionaux.
On constate aussi que le régime est parfaitement conscient des dangers d’une spirale conflictuelle et des conséquences catastrophiques que pourrait avoir un affrontement direct avec les Etats-Unis. Il continue donc à miser sur son approche sournoise en soutenant le terrorisme au sein de ses propres appareils militaires et de renseignements, notamment avec le corps des gardes de la révolution islamique et sa force Qods mais aussi via ses groupes terroristes de « substitution », tels que Le Hezbollah libanais, le Jihad islamique palestinien, les Brigades bahreïnites Al-Ashtar et le Hezbollah irakien Kataib.
La porte de sortie ? A court terme, le régime islamiste compte sur un changement d’administration américaine en 2020, en espérant revivre la même politique internationale que sous Barack Obama. Principal problème du régime islamiste : il y a encore deux années Trump, et rien n’indique qu’il ne fera pas un deuxième mandat.
La situation interne de l’Iran, propice aux soulèvements populaires d’une population un peu plus appauvrie encore suite aux inondations sans précédents de cette année, donne de vrais soucis au mollahs au pouvoir. Les sanctions américaines pourraient-elles contribuer à accélérer le mouvement de protestation contre le régime ? Les conséquences pourraient être que le peuple iranien se débarrasse d’un régime peu populaire pour jouir enfin d’un régime démocratique.
Hamid Enayat
Crédit photos : DR
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