Johanna Rolland (PS), maire de Nantes, a de quoi s’inquiéter. Les résultats des élections européennes, marqués par une forte participation (53% de moyenne sur Nantes, près de 60 dans certains bureaux du centre-ville), satellisent un PS jadis hégémonique à  9.5% et donnent le beau rôle à La République en Marche (26%) et aux Verts (24%).

Nantes est une grande métropole, qui s’en sort plutôt bien dans une France en crise. Ceci – ainsi que le spectre frontiste, agité tactiquement par Emmanuel Macron – explique sans doute la forte mobilisation de l’électorat macroniste, souvent dès l’ouverture des bureaux de vote. Ces derniers n’ont d’ailleurs pas désempli dans le centre. Selon un assesseur d’un bureau du centre ville, « les électeurs Verts sont arrivés plus tard, souvent vers 15-16h, assez jeunes ».

Les écolos en tête dans plusieurs bureaux des quartiers immédiatement périphériques au centre ville

Dans plusieurs bureaux des quartiers immédiatement périphériques au centre ville, notamment des micro-quartiers Talensac, Briand, Viarme, Hauts-Pavés, Bretagne… la liste écolo de Jadot arrive nettement en tête,avec des pointes au-dessus de 30% (31% bureau 144). Bienvenue dans la République Verte de Viarme-Talensac… Ailleurs, il se place tout de même second ou troisième, avec des moyennes rarement en-dessous de 15%.

Toute autre est la situation dans les bureaux périphériques. Moins de participation déjà, « moins de 30% dans mon bureau », explique un assesseur de Bellevue, « et le RN en tête, à plus de 15%, puis le PS de Glucksmann à 12 ». Rien d’étonnant, selon un assesseur issu de la Contrie : « il suffit qu’il y ait un quartier sensible qui pourrit la vie à tout le monde – rodéos, cambriolages, coups de feu… et des petites maisons à côté. Les habitants du quartier sensible ne vont pas voter, ou peu, et à gauche, ceux des maisons y vont. Et comme la droite locale est inexistante sur les questions sécuritaires et sur le terrain, ils se tournent vers le RN. Et ça ne fait que monter d’élection en élection ».

Les bons scores du RN au sud de Nantes, et dans des quartiers périphériques 

Si sur la commune, le RN fait son deuxième plus mauvais score de France (8,39%) derrière Rennes (7,89%), il fait malgré tout de bons scores au sud de Nantes, et dans des quartiers périphériques – la France périphérique commencerait-elle finalement à la Beaujoire ? Ces quartiers, condamnés aux bouchons et à l’insécurité – il y a plus de 50 cambriolages chaque nuit à Nantes – sanctionnent aussi très nettement la dégradation de la situation sécuritaire à Nantes.

La droite classique laminée

La droite classique est laminée, avec 8.46%, et de très rares pointes dans certains micro-quartiers (Bastille notamment), et fait presque jeu égal avec le RN (8.45), à 9 voix près selon des résultats encore partiels. « Aux municipales, LR et donc Laurence Garnier n’aura pas le choix : s’allier avec le RN ou être condamnée à l’inexistence », résume le chef d’un centre de vote de l’ouest nantais, qui regroupe plusieurs bureaux.

Johanna Rolland peut s’inquiéter pour les municipales

Enfin Johanna Rolland peut s’inquiéter pour les municipales – et ses proches masquaient d’ailleurs difficilement leur  inquiétude au pot des assesseurs en mairie centrale, où Johanna Rolland a tenté de se mêler au bas peuple en fin de soirée, lorsque le gros des troupes était parti. Avec un PS à moins de 10%, « Verts et En Marche peuvent prendre la mairie tous seuls », résume un assesseur du centre-ville nantais. Pour un autre assesseur, « cette fois c’est Johanna qui devra supplier les Verts et LREM de la prendre sur leur liste, et pas dit qu’ils acceptent : elle est plus un boulet qu’un atout au vu du nombre de ratés de la politique municipale depuis 2014 ».

Droite et gauche classique peuvent se demander où sont leurs électeurs : une partie n’est pas venue, et bien d’autres se sont tournés vers leurs concurrents. « Pour ceux qui s’en sortent, et sont plutôt centristes, En Marche et leurs enfants chez les Verts – Jadot ou Bourg ; une partie de l’électorat de gauche a boudé Melenchon, Hamon et Glucksmann et s’est aussi reportée sur En Marche au nom du vote utile et pour bloquer le RN », explique un assesseur chevronné du centre-ville. A droite, « ceux qui s’en sortent ont voté En Marche, les autres le RN. Bellamy (LR) a un positionnement trop étroit pour séduire, surtout à Nantes ».

Louis Moulin

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