Walter Lübcke, homme politique allemand membre de la CDU (chrétien-démocrate) et président du district de Kassel (Hesse) a été assassiné d’une balle en pleine tête à son domicile dans la nuit du samedi 1er au dimanche 2 juin. Il avait été menacé de mort depuis 2015 par des groupes d’extrême droite, à la suite de son soutien affiché à la politique immigrationniste d’Angela Merkel : lors d’une conférence en 2015 où il fut chahuté verbalement par des opposants à l’immigration, l’élu n’avait pas hésité à rétorquer que « celui qui ne représente pas ces valeurs, peut quitter ce pays à tout moment, quand il veut. C’est la liberté de chaque Allemand. » („Und wer diese Werte nicht vertritt, der kann jederzeit dieses Land verlassen, wenn er will. Das ist die Freiheit eines jeden Deutschen.“).

Il est difficile de cautionner les réactions cyniques et satisfaites du genre « bien fait » qui déferlent sur la toile allemande à la suite du meurtre de celui qui était, malgré tout, un concitoyen – jusqu’à pousser le président de la République fédérale Frank-Walter Steinmeier à condamner ces « applaudissements » et à s’en prendre à la « responsabilité » des plateformes de réseaux sociaux (nous y voilà, la censure en épée de Damoclès…). Néanmoins, il est tout autant difficile de comprendre objectivement comment un homme politique se revendiquant comme chrétien et démocrate peut en arriver à renier les plus élémentaires « amour du prochain » et « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Et tout cela, au nom de « l’amour du prochain » et du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » voyons ! Si l’Histoire avec un grand H est souvent tragique – car le malheureux n’est pas seul à se prendre les pieds dans le tapis –, elle n’en est pas moins ironique.

Amour du lointain versus haine du prochain

Disons-le sans ambages, il est toujours plus facile de faire rentrer des milliers de sans-papiers qui ne parlent pas allemand, relégués ensuite dans des squatts plus ou moins organisés, de préférence loin des quartiers de résidence des élites dirigeantes et des écoles de leurs chères têtes blondes, plutôt que d’aller boire une bière avec les néo-nazis du coin, avec qui au moins la langue n’est pas un frein à la conversation, et taper la discut’ sur l’amour du Christ et la joie de partager son évangile. C’est dommage, car lire la Bible entre concitoyens que la Providence a fait naître d’un peuple commun sur un territoire commun permettrait peut-être de s’apercevoir que les méthodes du Seigneur (du Seigneur on a dit, pas de ceux qui ont parfois prétendu agir en son nom) n’ont jamais été « si tu ne m’aimes pas, tu sors », et « si t’es pas d’accord, c’est pareil, tu manges quand même et on va même t’en rajouter un peu ». Il paraîtrait même qu’on ne peut répudier sa femme et que l’adultère est proscrit. Que dirait-on d’un chrétien marié qui s’empresserait, sous couvert d’amour du prochain pour une belle exotique, de l’accueillir chez soi, de demander à son épouse de s’en réjouir et de l’aimer (« si, si, tu vas l’aimer j’te dis »), et si cette dernière avait l’outrecuidance de rappeler sa priorité dans l’ordre de la charité, de la voir tout bonnement se faire montrer la porte ? Belle leçon d’accueil de l’autre, non ?

Évidemment on ne choisit pas sa famille, ni ses compatriotes. Faut-il pour autant leur imposer d’accueillir et d’aimer sans condition un nouveau venu dans leur maison, alors que l’amour du prochain, qui passe par l’amour de soi en vue de l’amour de Dieu, est le fruit d’une rencontre personnelle avec le Christ, qui ne peut se faire que dans la liberté ? Et faut-il vouloir se débarrasser d’eux pour mieux choisir ses « amis » ? On est loin de la délicatesse et de la douceur avec laquelle le Seigneur vient toucher les cœurs, en se contentant de frapper à la porte et d’attendre qu’on lui ouvre.

Le premier critère de discernement se doit de rester le devoir d’état. Vouloir accueillir n’importe qui alors que l’on est incapable d’accueillir celui envers qui notre devoir d’état nous oblige est une erreur. Pour un homme politique, démocratiquement élu, le devoir d’État – avec un E majuscule cette fois – oblige, car une élection implique une réciprocité. Et l’obligation se porte précisément envers ceux qui l’ont élu, ou pas, mais qui font néanmoins partie de la communauté des électeurs, unis les uns aux autres, qu’on le veuille ou non, par les liens de la citoyenneté. Cela s’appelle un État. Nul ne peut se permettre d’en changer les ingrédients au gré du temps et selon son goût. Sinon, bas les masques. Appelez donc un chat un chat, un prétendu « démocrate » un autocrate, un prétendu « libertaire » un totalitaire.

De l’adultère immigrationniste au proxénétisme de la démocratie

Quant à la liberté, c’est le dindon de la farce. Ou la prostituée du proxénète. Au choix. La « liberté de chaque Allemand » commence là où la volonté des uns s’emballe pour faire valoir toujours plus de droits à l’expression de la toute-puissance de leur individualité. En théorie elle devrait finir là où commence celles des autres. Sauf que le paradigme de nos sociétés occidentales s’est défait de la sagesse populaire. Si la liberté des autres contraint ma liberté, tant pis pour elle, la mienne est prioritaire car désormais l’individu est roi. Donc JE suis roi. Il n’existe plus aucun frein à ce que je veux.

Il y a belle lurette que le peuple ne gouverne plus. On se contente de ménager de temps en temps ses velléités d’expression de liberté pour mieux les canaliser et les mener dans le lit qu’on leur a choisi. Aime ce que je veux que tu aimes. Si le peuple râle, on culpabilise. S’il proteste, on narcotise, on drogue, on endort. S’il se rebelle, on tape dedans – on a le droit, puisque le bon droit, c’est nous qui l’édictons. Vous savez quoi ? Ça rappelle les méthodes des proxénètes.

Hélas, comme on fait son lit, on se couche. La sagesse populaire tressaute encore dans son agonie. RIP.

Isabelle Lainé

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