Aujourd’hui, lundi 17 juin, les six candidats espérant succéder à Theresa May à la tête du parti conservateur (Tory) vont subir quelques bordées de questions posées à chacun d’eux en séance aux Communes. Demain, mardi, les 313 députés conservateurs voteront à bulletins secrets. Celui des candidats qui aura obtenu le moins de voix disparaîtra. Mercredi, le tour suivant fera une autre victime. Jeudi, il y aura deux tours, et ne resteront que deux candidats. Entre le 22 juin et le samedi 20 juillet, ils disposeront d’un mois pour faire campagne à l’intérieur de leur institution. Et les 160 000 membres du Parti conservateur à jour de leurs cotisations trancheront entre ces deux postulants durant la semaine du 22 juillet. Le vainqueur sera Premier ministre.

Pour l’heure, trois tendances sont présentes :

° ceux qui s’accommoderaient d’un Brexit non négocié, pourvu que le terme intervienne assez tôt et que la période de trois ans d’atermoiements prenne fin. Il y a là Boris Johnson, 54 ans, fils d’immigrés polonais, ancien maire de Londres et ancien ministre des Affaires étrangères de Mrs May dont il a savonné la planche ; Sajid David, 49 ans, fils d’un chauffeur pakistanais, ancien banquier d’affaires et actuel secrétaire d’État à l’Intérieur, chargé de problèmes d’immigration ; Dominic Raab, 45 ans, fils d’un réfugié tchèque d’origine juive, éphémère secrétaire d’État au Brexit en 2018 ; au total, il apparaît que les brexiters les plus actifs, ou les moins enclins à frayer avec les continentaux, ne sont pas des Britanniques de vieille souche ;

° ceux qui préféreraient un accord avec Bruxelles. Ils sont deux : Jeremy Hunt, 52 ans, fils d’amiral et actuel ministre des Affaires étrangères, il tente de passer pour plus sérieux, plus réfléchi et mieux organisé que Boris Johnson ; Michael Gove, 52 ans, ancien journaliste (Times, BBC), actuel secrétaire d’État à l’environnement, il préférerait éviter de déstabiliser le commerce britannique avec une sortie sans accord au 31 octobre.

° celui pour qui un accord s’impose : Rory Stewart, 46 ans, le plus atypique, ancien baroudeur, ancien diplomate et tuteur des princes Harry et William, diplômé de Eton, cultivé en diable, gavé de latin et de Shakespeare, actuel ministre du Développement international ; ses lointaines origines écossaises le poussent à être prudent quant à l’unité du Royaume, qu’il ne faut pas bousculer tant du côté écossais que du côté irlandais.

Les coups bas vont animer la semaine londonienne

Les coups bas, les débats télévisés et les soutiens de rue plus ou moins folkloriques vont animer la semaine londonienne. Il n’est pas certain que l’actuelle prime médiatique en faveur de Boris Johnson serve jusqu’au terme sa candidature : en quarante années de rituels de désignation chez les Tories, aucun élu final à la présidence n’a jamais débuté comme favori des premiers tours.

Enfin, et quant à la politique finale des Britanniques à propos du futur Brexit, il est encore difficile d’évaluer la fonction de pression que vont exercer sur le futur Premier ministre les députés ‘euro-britanniques’ et ‘indépendantistes’ de Nigel Farage. Ils constitueront le premier contingent de députés du Royaume-Uni envoyés au parlement de Bruxelles-Strasbourg à partir du 2 juillet prochain. Et ils n’ont pas l’intention de pratiquer la politique de la chaise vide, ni celle du silence morbide…

Jean-François Gautier

Crédit photo :DR
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