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Guirec Morvan, un lecteur, nous adresse un article à propos d’Arkéa. Nous le reproduisons ci-dessous :
En 2018, Arkéa a dépensé près d’un million d’euros en lobbying et autres activités de sponsoring. Une somme rondelette que les sociétaires auraient sans doute aimé voir allouée à autre chose.
Le sponsoring, dans le sport, a plusieurs utilités, lorsqu’on est une entreprise : se faire connaître, vendre sa marque, accompagner son développement, ou lisser son image. Cette technique, vieille comme le monde, le Crédit Mutuel Arkéa (CMA) n’a pas hésité à l’employer, en novembre 2018, lorsque le groupe a décidé de reprendre à son compte l’équipe cycliste chapeautée par la banque en ligne Fortuneo, l’une de ses nombreuses filiales. Il s’agissait, selon Ronan Le Moal, le directeur général de la banque bretonne, de servir le « très fort développement de ses activités tant en France qu’en Europe ». Et « amener de la chaleur autour de cette marque », désormais baptisée Arkéa-Samsic, dont on peut voir les maillots blancs sur les routes du Tour de France 2019.
Ce n’est pas la première fois que la filiale de la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM) a recours au sponsoring ou au naming ; l’an dernier, Arkéa signait ainsi un partenariat avec le club de rugby tricolore de l’Union Bègle-Bordeaux (UBB) pour la saison 2018/2019, et réussissait à accoler son nom à la désormais ex-Bordeaux Métropole Arena, temple des footballeurs de la préfecture de Gironde. Une activité soutenue, destinée à installer la « marque » Arkéa dans les esprits, alors que la banque bretonne et sa maison-mère sont en bisbille depuis des années maintenant. La raison ? Les désirs d’indépendance de la première, qui souhaite sortir du giron de la CNCM. Et se faire appeler « Arkéa », notamment, sans avoir à y adjoindre la « marque » Crédit Mutuel.
Dans cette petite guerre, le Crédit Mutuel, justement, vient semble-t-il de remporter une bataille importante. Le tribunal administratif de Rennes a estimé, dans une décision rendue le 24 juin dernier, que la filiale de la CNCM n’avait pas « le droit de proposer des services bancaires et financiers sans utiliser les termes Crédit Mutuel », a fait savoir la Confédération nationale dans un communiqué, alors que la banque bretonne espérait changer sa dénomination commerciale pour tout miser sur le nom Arkéa. Impossible, par conséquent, pour cette dernière, de continuer à bénéficier du statut mutualiste, très intéressant en période de crise par exemple. Seule l’activité de sponsoring, dans laquelle Arkéa s’illustre à merveille, peut admettre le raccourcissement du nom.
Si le CMA s’est ainsi félicité, dans un communiqué, de pouvoir « poursuivre ses actions de communication institutionnelle sous la marque Arkéa », il serait intéressant de sonder les clients de la banque bretonne pour savoir ce qu’ils en pensent. Car, pour rappel, ces campagnes de sponsoring à tout crin coûtent bien évidemment de l’argent, prélevé dans les « caisses » de la banque, qui ne sert donc pas franchement ses clients. Ainsi s’interroge, par exemple, l’ancienne ministre Marylise Lebranchu dans les Echos : « Les dirigeants du Crédit Mutuel Arkéa dépensent beaucoup [d’argent et d’énergie] pour effacer le sigle Crédit Mutuel et imposer la marque Arkéa… Est-ce bien utile aux sociétaires ? N’est-ce pas un hold-up d’une marque construite par beaucoup de Bretons ? »
Les questions sont rhétoriques. Évidemment, non, la gesticulation des patrons d’Arkéa pour exister n’est pas une bonne solution. D’une part, parce que si indépendance il devait y avoir, le CMA aurait à payer la rondelette somme d’1 milliard d’euros, au minimum, « pour conserver ses positions et en acquérir d’autres face aux autres fédérations du Crédit Mutuel », explique celle qui plaide pour l’unité. Autrement dit : les dirigeants bretons feraient mieux de garder quelque pécule pour la suite, qui s’annonce extrêmement salée. D’autre part, il semble absurde de vouloir à tout prix s’évader de la CNCM, qui reste l’une des banques françaises les plus grandes et sûres, capable d’apporter « la sécurité de l’épargne [et] la certitude de la bonne gestion de son portefeuille ».
Plutôt que de dépenser des centaines de milliers d’euros en projets de lobbying — selon les chiffres de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique, l’an dernier, Arkéa a lâché près d’un million d’euros pour vendre sa marque… – la banque bretonne pourrait observer sa devise et se mettre au service de ses clients. Une devise, et avant tout un esprit, qui ont contribué à faire du Crédit Mutuel la « banque préférée des Français ».
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