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Le corps retrouvé en Loire le 29 juillet est bien celui de Steve Maia Caniço, cet homme de 24 ans disparu depuis la Fête de la musique à Nantes. Puisque le décès est avéré, une information judiciaire a aussitôt été ouverte.
Cette découverte a permis à la famille d’entamer son deuil. Les accusateurs de la police, en revanche, ne semblent pas avoir commencé leur autocritique. Selon une théorie répandue, Steve serait tombé à la Loire à cause de l’intervention de la police sur le quai Wilson, au sud-ouest de l’Ile de Nantes, à la fin de la fête. La présence de Steve sur le quai Wilson était attestée moins d’une heure avant l’intervention policière. Cette « concomitance », comme dit l’avocate de la famille de Steve, était évidemment loin de constituer une preuve mais, l’émotion aidant, beaucoup s’en étaient emparés.
Un corps qui remonte la Loire ?
Cependant, le corps de Steve a été retrouvé loin du quai Wilson, près de la grue jaune des anciens chantiers navals, sur le quai Fernand-Crouan. Il « aurait dérivé un peu plus de 600 mètres », note Presse Océan. La distance entre le lieu supposé de la disparition et le lieu de la découverte du corps est bien de 600 mètres… mais par voie terrestre ! La distance par voie fluviale est de plus du double, environ 1.300 mètres. Les dangers du quai Fernand-Crouan sont bien connus : des noyades y ont déjà eu lieu et de nombreuses agressions sont régulièrement enregistrées la nuit dans les environs. L’organisation chargée de la sécurité fluviale a déclaré au lendemain de la fête de la musique avoir récupéré deux personnes tombée de ce quai — et une tombée du du quai Wilson.
Pour que la théorie d’une noyade provoquée par la charge policière demeure vraie, il faudrait que le corps de Steve ait dérivé vers l’aval le long du bras de Pirmil sur la moitié de cette distance, avant de remonter vers l’amont sur l’autre moitié, le long du bras de la Madeleine. Les courants de la Loire sont complexes puisque l’effet de la marée se fait sentir au moins jusqu’à Mauves. Mais les corps des noyés sont retrouvés en aval ou à proximité immédiate du lieu de la noyade, comme ceux de Hugo en 2017 ou de Grégoire en 2011. Le cas d’une personne tombée dans un bras de la Loire et retrouvée dans un autre, en amont, semble inconnu dans les annales.
De plus, les incidents de la nuit du 21 au 22 juin ont eu lieu vers 4h30 du matin, en pleine marée descendante (marée basse à 6h22). La marée montante n’a pu se faire sentir qu’à partir de 7h00 environ, et son coefficient n’était pas très élevé (54) ; les coefficients des marées suivantes ont été encore inférieurs (44 le 25).
Les complotistes décrédibilisés
L’hypothèse d’une dérive du corps du bras de Pirmil au bras de la Madeleine est donc hautement improbable. Et avec elle l’hypothèse de la charge de police meurtrière. Pourtant, sur les réseaux sociaux, certains n’en démordent pas. Il est vrai que leurs prises de positions étaient parfois si extrêmes qu’il était difficile de faire machine arrière. Petit florilège :
- « La lumière est d’ores et déjà faite ! Une charge de police qui n’aurait jamais dû avoir lieu, par une troupe de police qui n’aurait jamais dû être là, a provoqué par sa violence inconsidérée la mort d’un jeune homme de vingt-quatre ans qui dansait sur un quai de Loire, à Nantes, ville de culture et de fête bien connue. L’affaire est claire, non ? Réclamer la lumière ne sert à rien quand c’est éclairé en grand. » ‑ sur Facebook (le commentaire émane d’un collaborateur de Presse Océan)
- « Désormais la seule question qui se pose est : qui est responsable de la mort de Steve ? Car il faudra bien qu’il y ait un ou des responsables de cet homicide. » Idem, en réponse à un post de Johanna Rolland, maire de Nantes
- « Des gens dansent : la police charge : 14 personnes finissent à la flotte et l’un d’eux n’y survit pas … ça va ? la lumière est faite ? … y’a pas à chercher plus loin , les responsabilités sont clairement établies non ? » ‑ sur Facebook
- « RIP Steve, une autopsie s’impose pour connaitre les causes de la mort et une enquête aussi pour savoir comment son corps a pu rester plus d’un mois sous l’eau …au moment où l’on décide de sortir la sonde , étrange » ‑sur Facebook
- « De toutes façons au bout du compte il sera établi qu’il n’y a aucun rapport entre la mort de Steve et la charge policière. C’est couru d’avance…. » ‑ sur Facebook
- « Le principe d’autolyse a fait sont œuvre la putréfaction entraînée par celle-ci permet d’effacer les traces ou preuves de ce qu’il a fait tomber à l’eau si il y à eu coups il n’y a plus de traces » ‑sur Twitter
Le complotisme était déjà en germe dans la campagne autour du slogan « Où est Steve ? ». Un slogan bien choisi puisque pour un jeune de 20 ans il évoque les énigmes dessinées de son enfance sur le thème « Où est Charlie ? ». Poser la question, c’était aussi laisser entendre que quelqu’un connaissait la réponse. C’était aussi réorienter une émotion légitime autour de la disparition mystérieuse d’un jeune homme pour la diriger contre la police, explicitement considérée comme coupable.
L’extrême-gauche nantaise s’était vite emparée de ce thème. Il venait à point nommé renouveler son catalogue, alors que ses campagnes en faveur des migrants ne « rendent » plus guère. Le risque n’était pas grand pour elle : rien ne permettrait jamais de démentir la thèse de la « charge de police meurtrière ». Rien ? Ou presque ! Le seul risque était que le corps de Steve soit retrouvé en un lieu pratiquement incompatible avec cette thèse. C’est justement ce qui vient de se produire.
R. de F.
P.S. du 31 juillet à 21h30 :
Sur les réseaux sociaux, certains commentateurs nous reprochent d’avoir publié des horaires et coefficients de marée « faux » (provenant du site Marées Pêche) — sans dire d’ailleurs en quoi cela modifierait le sens général de notre article (il reste identique si vous supprimez les quatre lignes du paragraphe concerné). De fait, les horaires et coefficients de marée indiqués pour Nantes diffèrent selon les sources. Cela peut être dû à des erreurs… ou à des différences dans les modes de calcul. La plupart utilisent, comme le port de Nantes, les prévisions gratuites du service hydrographique et océanographique de la marine (SHOM), qui dépend du ministère des Armées. Mais ces prévisions, qui ne sont que des prévisions, ne valent en outre que pour Saint-Nazaire ; il faut ensuite extrapoler afin d’établir des prévisions pour Nantes, en essayant de prendre en compte différents facteurs très variables (niveaux d’eau, force du vent, etc.). On évoque même certaines confusions, dues au fait que le SHOM ne passe pas à l’heure d’été ! Il faudrait un expert pour dire ce qu’il en était à la date du 22 juin à partir des données mesurées par les marégraphes. En tout état de cause, la marée était descendante à l’heure de la charge policière. On peut supposer que l’enquête judiciaire se penchera sur la question.
Un lecteur nous reproche aussi d’avoir ignoré l’inversion du courant. Il nous a mal lu : nous avons expressément signalé que l’onde de marée se fait sentir au moins jusqu’à Mauves. C’est pourquoi nous n’avons pas dit que le parcours d’un corps du quai Wilson vers l’amont au quai Crouan est totalement impossible mais qu’il est hautement improbable. Nous ne saurions dire mieux. Nous n’avons trouvé en ligne aucune référence à un tel cas. Nous ne doutons pas que beaucoup d’autres ont effectué la même recherche dans l’espoir de nous démentir ! Là aussi, l’enquête fera sans doute appel à des experts en hydrologie.
Compte tenu des informations disponibles à ce jour, rien ne permet de dire où et dans quelles circonstances le malheureux Steve s’est noyé. Prétendre « savoir » qu’il est tombé du quai Wilson lors de la charge policière ne peut être qu’un acte de foi.
Crédit photo : DR. Le bras de la Madeleine et le bras de Pirmil se rejoignent près de la grue grise.
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4 réponses à “Le corps de Steve retrouvé à Nantes : revirement [MAJ 12 septembre 2019]”
[…] Cliquez ici pour lire la suite Le corps de Steve retrouvé à Nantes : les accusateurs de la police pris à contre-courant […]
[…] jaune. Il revient sur le rapport de l’IGPN, la «police des polices», concernant la mort de Steve Maia Caniço, dont le corps a été retrouvé le 29 juillet. Le document n’établit pas de lien entre […]
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