Les réactions totalement hystériques et haineuses lues ici ou là sur les réseaux sociaux suite à un des articles que Breizh-info a publié à propos de l’affaire Steve, article publié par un fin connaisseur de la ville de Nantes qui posait uniquement des questions, sont révélatrices, une fois de plus, de l’état de notre société.

Les internautes semblent avoir oublié la fameuse « thèse, antithèse, synthèse » de nos dissertations lycéennes passées. L’ont-ils déjà assimilée un jour ? ont-ils appris à penser et à réfléchir ?

Car au final, l’article ne prend nullement position — personne ne sait ce qu’il s’est passé en réalité concernant la victime — mais s’interroge juste, avance des hypothèses, ne hurle pas avec les loups (ce qui est, au passage, le rôle d’un média).

Ces réactions parfois violentes (notamment lorsque militantes) sont révélatrices du fait qu’une religion  – la religion de l’individualisme et du « droit à sa vérité » – en a remplacé une autre, la religion catholique, qui avait imprégné durant des siècles nos sociétés occidentales. Ces gens se moquent en réalité totalement des faits, de la vérité. Ils ont besoin de totems et de croyances, mais aussi de martyrs.

Leur quotidien est désormais fait de « je suis pour ceci », « je ne crois pas cela », alors même que le QI moyen n’est jamais descendu aussi bas, alors même que la faculté de penser, d’avoir un esprit critique et de réfléchir n’a jamais été aussi basse.

Aujourd’hui au nom de l’égalité et du « droit à », le lycéen, ne maîtrisant pas encore toutes les subtilités de la langue française et encore moins son histoire, veut débattre de la question migratoire et de géopolitique avec un spécialiste de la question. Après 30 ans d’exploitation à l’usine, une ouvrière marquée par la vie prétend sur Facebook détenir la vérité sur les vaccins, au nez et à la barbe de scientifiques qui ont étudié depuis des années à ce sujet. Le champion de football ou l’acteur oscarisé donne son avis sans que personne ne le lui demande sur des questions sociétales qu’il est incapable d’analyser en dehors de son prisme privilégié…

Tout le monde a un avis sur tout. Surtout sur ce qui n’est ni maîtrisé, ni étudié, ni assimilé.

Il n’y a plus de recul sur rien. Il n’y a plus d’esprit critique. Il y a simplement la volonté de croire en une histoire racontée, en une « vérité ». Chacun choisit un nouveau Messie. Le monomaniaque triomphe. Chacun se met à vivre dans sa bulle. Dans son monde. Allez faire un tour sur les comptes Facebook des obsédés de l’islam, des obsédés des questions LGBT, des obsédés de l’antifascisme, des obsédés des jeux vidéos, des obsédés du football, des obsédés de la couture ou des obsédés de l’anti-spécisme…

D’individus à qui l’école apprenaient à devenir éclectiques et ouverts d’esprit, la destruction progressive de l’Éducation nationale et l’avènement de la société du spectacle ont fabriqué des monstres persuadés qu’ils ont raison et que seuls leurs centres d’intérêt sont importants.

À partir de ce moment, vous pouvez leur faire croire n’importe quoi, n’importe quelle histoire, du moment qu’elle rentre dans leur schéma intellectuel sous-développé. Nos sociétés ultra religieuses d’aujourd’hui ne sont finalement qu’une branche des dictatures du 20e siècle, elles-mêmes conséquence de la croyance en un Messie, en une religion, en un livre, en une vérité.

C’est de cet aveuglement volontaire ou de cette croyance aveugle en une histoire, en une vérité, que naissent la barbarie, la sauvagerie, les bas instincts de l’homme.

Et au sein de la presse alternative et de ceux qui y collaborent, nous y contribuons malgré nous. Car même si les instigateurs d’un site comme Breizh-info ou comme d’autres sites se sont assignés la tâche d’éveiller, d’ouvrir les yeux, de proposer des thématiques aussi larges que possible, de soulever des réflexions, il faut bien à un moment donné se rendre à l’évidence que la société du spectacle, que la culture de masse, que la religion de l’individualisme forcené, ont plongé la majorité de nos lectorats dans un aveuglement qui semble parfois être sans retour.

Sur l’affaire Steve et sur cet article en particulier, lu plusieurs dizaines de milliers de fois, certains lecteurs sont venus y chercher des arguments pour défendre la police et LREM. D’autres y sont venus pour trouver un lien supposé et fantasmé entre Breizh-Info et la police. D’autres encore pour simplement pouvoir déverser leur haine contre notre média ou tirer des conclusions délirantes et révélatrices d’un état d’esprit lamentable.

Au final, chacun est venu lire cet article non pas pour y chercher des faits, de la matière, mais une réponse, une vérité, sa vérité. Pour flatter son ego. Pour mettre en valeur sa propre opinion. Pour satisfaire son « droit à ». Pas de débat possible. Voyez la haine entre ceux qui estiment que la police a fait son travail (sans en savoir rien du tout), entre ceux qui estiment que la police est coupable, entre ceux qui estiment que la mairie de Nantes est coupable. Voyez la tension. Voyez l’empêchement de tout débat. C’est de l’invective. C’est de la colère. Lisez les réseaux sociaux. Voyez les commentaires de ceux qui appellent à la vengeance….

Finalement, si demain, les autorités « laissaient faire » les uns et les autres dans notre société explosive, dans cette société où des hordes agissent sans la moindre mesure ni la moindre réflexion, outre les viols de masse (résultantes de politiques migratoires laxistes, de différences culturelles, mais aussi d’un dérèglement de l’accès au sexe et au porno dès le plus jeune âge valable pour l’ensemble des citoyens), se dérouleraient des exactions sans précédent.

L’ultra gauche couperait des têtes à tour de bras et sans jugement (« pas de liberté pour les ennemis de la liberté ») tandis que les bas instincts populaires conduiraient certains citoyens à descendre dans la rue, à lyncher et à pendre l’attaquant africain n° 9 de l’équipe du village jusqu’ici adulé par eux, le collègue de travail arabe qui jusqu’ici n’entraînait que des discussions à base de « je ne suis pas raciste, mais… », ou le petit Patron d’une PME locale au nom de la délocalisation d’Arcelor Mittal….

D’une société harmonieuse, développée et élevée, qui était la nôtre, nous assistons petit à petit à l’avènement d’un nouvel ordre ignare, barbare et sauvage. Ceux qui s’en félicitent et qui attendent avec impatience « le grand soir » (qui n’arrivera jamais d’ailleurs) le font, car ils n’ont justement jamais connu la barbarie et la sauvagerie.

Ceux qui assistent, comme moi, impuissants, mais volontaires, à ce qui est en train d’arriver, commencent à être à court de solution.

Julien Dir

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