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Claude Quétel est historien, ancien directeur de recherche au CNRS et ancien directeur scientifique du Mémorial de Caen. Il vient de publier Les opérations les plus extraordinaires de la Seconde guerre mondiale, chez Perrin.

Nombre d’opérations militaires jalonnent la Seconde Guerre mondiale, sur de multiples fronts. De très imposantes et parfaitement connues – BarbarossaOverlord, ou Market Garden –, mais aussi de plus modestes, de plus audacieuses parfois, assurément de plus inventives voire de plus folles, et qui sont restées dans l’oubli.

Quoi de plus fou, de plus extraordinaire en effet que d’envisager de lâcher sur le Japon un million de chauves-souris lestées d’une charge incendiaire – alors même que l’on prépare par ailleurs la bombe atomique ? D’empoisonner les pâtures du Reich avec le bacille du charbon ? De construire un porte-avions en glace ? De tronquer ses propres cartes d’état-major pour berner l’ennemi qui viendra à s’en emparer ? Et que penser de ces pilotes de chasse allemands dont la mission consiste à percuter l’empennage de queue des bombardiers allemands ? De ces marins italiens qui chevauchent des torpilles sous-marines ?

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Claude Quétel, fort de sa connaissance intime du conflit, exhume une trentaine de ces opérations oubliées dont il détaille avec maestria la préparation et le déroulement souvent folklorique et spectaculaire.

Les opérations les plus extraordinaires de la Seconde guerre mondiale – Claude Quétel – Perrin – 22€

Nous l’avons interrogé pour évoquer ce nouveau livre venant s’ajouter à la somme, déjà importante, de ceux rédigés par M. Quetel sur la Seconde guerre mondiale, signe d’une érudition importante et d’une soif de partage de savoir à ce sujet.

Breizh-info.com : Tout d’abord, pourriez vous nous expliquer les raisons de votre attachement, de votre carrière menée autour de la Seconde guerre mondiale ?

Claude Quétel : J’avais cinq ans quand a eu lieu le Débarquement dans mon village de Bernières-sur-Mer  (une des plages de Juno Beach). Toute mon enfance a été marquée par l’après-guerre (que je raconte dans Le chien des boches, paru en 2016 chez Albin Michel).  Comme on dit : « je suis tombé dedans quand j’étais petit » ! Adolescent, la somme de mes lectures sur le sujet était déjà effarante ! Et c’est sans parler des témoignages de mon entourage, des vestiges et des ruines…

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui vous a amené à écrire sur ces opérations extraordinaires durant la seconde guerre mondiale ?

Claude Quétel : Sur le sujet, j’avais déjà beaucoup publié (notamment La Seconde Guerre mondiale chez Perrin). J’avais passé aussi beaucoup de temps à  préparer Tout sur Mein Kampf (Perrin). Il me fallait, si j’ose dire, un livre « de récréation ». J’avais d’ailleurs en tête depuis longtemps quelques épisodes que je m’étais promis de creuser.

Breizh-info.com : Pourquoi ces opérations ne sont-elles pas plus connues que cela, alors que certaines d’entre elles feraient « le buzz » si on les évoquait aujourd’hui ?

Claude Quétel : C’est une bonne question ! Telle l’aiguille dans la botte de foin, ces épisodes sont le plus souvent noyés dans une histoire plus large. Il faut donc être capable de les apercevoir puis de les authentifier. C’est difficile même pour un spécialiste de la Seconde Guerre mondiale. Vient ensuite la plus grande difficulté qui est de réunir une documentation suffisante (hélas le plus souvent en anglais). Il faut pouvoir raconter l’histoire ! J’ai d’ailleurs dû renoncer à certains épisodes pour cette raison.

Breizh-info.com : Avez vous une préférence, historique ou symbolique pour l’une d’entre elles ?

Claude Quétel : Ancien marin moi-même, dans la « Royale », j’aime particulièrement « L’odyssée de l’Atlantis » un corsaire allemand déguisé en cargo qui va parcourir 102 000 milles et couler ou capturer 25 navires avant d’être à son tour envoyé par le fond par un croiseur britannique.

Breizh-info.com : Vous êtes un des grands spécialistes de la Seconde guerre mondiale. Y’a t’il encore des sujets de cette période qui n’aient été abordés par les historiens désormais ?

Claude Quétel : Question difficile… On pourrait raisonnablement penser que tout a été dit. C’est d’ailleurs à peu près vrai pour ce qui concerne l’histoire militaire proprement dite. Cependant, il y a toujours place pour la psycho histoire  (le « pourquoi » plutôt que le « comment »). Il y a aussi des sujets plus ou moins tabous  pour lesquels les archives ne s’ouvrent pas facilement, en France surtout : la dénonciation pendant l’Occupation, le marché noir, l’épuration à la Libération… De nombreuses biographies mériteraient en outre d’être revisitées  et pas dans le sens de l’hagiographie !

Breizh-info.com : Certaines archives cachent-elles encore des secrets ?

Claude Quétel : Voyez la question précédente !  Ce n’est d’ailleurs pas tant qu’on nous « cache des choses » que la difficulté de s’y retrouver dès qu’on sort des sentiers battus. Pour filer cette métaphore, on peut comparer les fonds d’archives à de vastes forêts sommairement balisées où il faut tracer son propre chemin. Et bien souvent, on ne trouve pas ce qu’on cherche.

Propos recueillis par YV

Photos d’illustration : DR
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