C’est un séisme discret que publie ce 2 septembre le think tank Terra Nova, laboratoire d’idées progressiste proche de la gauche. Dans une étude exclusive signée Jean-Yves Dormagen, président et fondateur de l’institut Cluster17, réalisée à 9 mois de l’élection présidentielle de 2027, Marine Le Pen l’emporte dans les 5 hypothèses de second tour testées, avec des scores allant de 52 % face à Édouard Philippe à 61 % face à Jean-Luc Mélenchon. Et le fameux « front anti-RN », qui a verrouillé toutes les présidentielles depuis 2002, n’apparaît plus, de l’aveu même du think tank, comme un réflexe suffisamment puissant pour agréger automatiquement les électorats opposés au Rassemblement national.
La droite nationaliste, premier bassin électoral avec 27 % de l’électorat
L’étude, menée en ligne du 22 au 24 juillet 2026 auprès de 1 506 personnes représentatives de la population française, bat en brèche les théories à la mode d’un électorat « liquide », « archipélisé » ou à l’« état gazeux ». 81 % des électeurs peuvent être rattachés à un univers partisan identifiable. Les hésitations existent, mais elles se font entre formations voisines : le RN et Reconquête (7 % de l’électorat hésitent entre les deux), LR et le centre (5 %), presque jamais d’un bout à l’autre de l’échiquier.
Le rapport identifie 5 grands bassins électoraux. La droite nationaliste constitue le plus vaste, avec 27 % de l’électorat, loin devant la gauche radicale, le centre et la droite libérale-conservatrice (18 % chacun) et la gauche sociale-écologiste (17 %). Elle dispose aussi, avec la gauche radicale, du noyau le plus fidèle : 11 % des électeurs français n’envisagent aucune autre offre que le RN.
Autre enseignement : Marine Le Pen convertit déjà massivement son espace naturel. 93 % des électeurs de la droite nationaliste peuvent envisager de voter pour elle, et près de 8 sur 10 déclarent déjà une intention de vote en sa faveur. Surtout, sa frontière avec la droite libérale-conservatrice est largement ouverte : 59 % des électeurs de cet espace — celui de LR — peuvent envisager sa candidature, et elle y capte déjà près de 4 intentions de vote sur 10, davantage que Bruno Retailleau dans son propre camp.
Premier tour : Le Pen à 30 %, 12 points devant Mélenchon
Dans les 2 configurations de premier tour testées, Marine Le Pen arrive très largement en tête avec 30 % des intentions de vote, devant Jean-Luc Mélenchon (18 %). Édouard Philippe recueille 18 % lorsqu’il est candidat, Gabriel Attal seulement 14 % dans l’hypothèse inverse. Suivent Raphaël Glucksmann (10 %), Bruno Retailleau (8 à 10 %), Éric Zemmour (4 %), Nicolas Dupont-Aignan et Dominique de Villepin (3 à 4 %), Marine Tondelier (3 %), Fabien Roussel (2 %) et Nathalie Arthaud (1 %).
À droite, le total des candidatures nationales (Le Pen, Zemmour, Dupont-Aignan) atteint 37 à 38 % dès le premier tour, sans compter la porosité croissante de l’électorat LR.
Second tour : de 52 à 61 % pour Marine Le Pen dans les 5 duels
C’est le cœur de l’étude, et son enseignement le plus spectaculaire. Les 5 hypothèses de second tour donnent Marine Le Pen gagnante : 61 % face à Jean-Luc Mélenchon, 57 % face à Bruno Retailleau, 56 % face à Raphaël Glucksmann comme face à Gabriel Attal, et 52 % face à Édouard Philippe, l’adversaire le plus coriace.
Le détail des reports est édifiant. Face à Mélenchon, 33 % des électeurs centristes choisissent Marine Le Pen, 16 % seulement le leader insoumis, et 51 % refusent de voter. Face à Édouard Philippe, 72 % de la gauche radicale et 49 % de la gauche sociale-écologiste ne votent pour aucun des 2 finalistes : le rejet du macronisme y neutralise le rejet du RN. Face à Bruno Retailleau, l’abstention et le vote blanc atteignent 91 % dans la gauche radicale.
La droite libérale-conservatrice, elle, bascule : 70 % de ses électeurs choisissent Marine Le Pen face à Mélenchon, 48 % face à Édouard Philippe, 50 % face à Gabriel Attal.
Le front anti-RN ne se reconstitue plus automatiquement
Terra Nova, qui n’a jamais caché son tropisme progressiste, le concède noir sur blanc : la réactivation d’un front électoral anti-RN au second tour constitue désormais « la principale inconnue de la présidentielle de 2027 ». Les électorats de gauche préfèrent massivement l’abstention au vote pour un candidat central, et une partie du centre et de la droite classique choisit désormais Marine Le Pen plutôt que Jean-Luc Mélenchon.
Le rapport décrit un second tour devenu une élection du moindre rejet : dans un espace politique multipolaire où aucun bassin n’est majoritaire, l’emporte celui qui est le moins rejeté par les électeurs orphelins de leur candidat. Or Marine Le Pen part du bassin le plus vaste, avec la frontière la plus perméable vers la droite classique. L’auteur prend soin de préciser que rien n’est irréversible et qu’une campagne réelle de second tour pourrait modifier ces comportements. Il n’en reste pas moins que, pour la première fois, une étude publiée par un think tank de gauche documente méthodiquement l’effondrement du réflexe de « barrage ».
Méthodologie
Étude Cluster17 réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 22 au 24 juillet 2026, auprès d’un échantillon de 1 506 personnes représentatif de la population française (méthode des quotas : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, taille de commune, région de résidence), avec redressement sociodémographique sur données Insee et redressement politique sur les votes de la présidentielle 2022 et des européennes 2024.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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