Du 28 septembre au 26 novembre, les scènes de Nantes, Angers et Rennes vont accueillir un opéra longtemps oublié, Hamlet, d’Ambroise Thomas. Créé en 1868, puis rejoué près de trois cents fois en moins de trente ans à l’Opéra de Paris, il fut accueilli avec enthousiasme sur toutes les scènes du monde plusieurs décennies durant. Remisé dans les greniers entre les deux guerres mondiales, il est aujourd’hui absent de la plupart des dictionnaires d’opéra. Il a néanmoins connu, entre 1985 et 2015, une vingtaine de reprises sur de grandes scènes de la planète (Toronto, Vienne, Prague, Tokyo, Londres, Bruxelles, etc.). En France même, il avait été redonné à Toulouse en 2000 sous la merveilleuse direction de Michel Plasson, toujours fidèle au répertoire français. Rapide redite de ce même spectacle au Théâtre du Châtelet, puis plus rien. En 2015, il reparaît à Avignon, en 2016 à Marseille, en 2018 à l’Opéra-Comique parisien, et le voilà qui débarque maintenant dans nos salles, paré d’une nouvelle mise en scène. Et c’est tant mieux.

La partition, en effet, contient nombre de pages remarquables. Elles appartiennent plutôt aux deux personnages centraux, Hamlet et Ophélie. Bien évidemment, le monologue « Être ou ne pas être » (To be or not to be), trop philosophique, était impossible à rendre musicalement. Mais la scène de la folie d’Ophélie, suivie de sa noyade (« À vos jeux, mes amis », acte IV), est encore l’un morceaux de choix du répertoire virtuose des sopranos, à l’instar de l’arioso pour baryton (« Comme une pâle fleur », acte V) chanté par Hamlet. Il faut aussi noter le tour de force du rôle du spectre, le père d’Hamlet, qu’Ambroise Thomas fait chanter sur une seule note seulement animée de variations rythmiques du plus bel effet (acte I).

À ces rôles vocaux, qui montrent tout l’intérêt de l’héritage italien dont a profité l’opéra français du XIXe siècle, s’ajoute un travail d’orchestration qui doit, dans l’usage des timbres et des contrastes de couleurs, aux grandes leçons d’instrumentation d’Hector Berlioz. Ambroise Thomas s’en sert pour nuancer tous les monologues et duos, usant à de multiples reprises des très récents (à l’époque) instruments d’Adolphe Sax, notamment les saxophones alto et baryton en mi bémol.

Une double découverte

La rareté des exécutions publiques récentes fait que tous les chanteurs et chanteuses effectueront des prises de rôles dans cet ouvrage de quelque trois heures et demie. Il y aura donc, pour les auditeurs, une double découverte : tout d’abord celle d’une œuvre que la paresse (et les menées de l’école moderniste de Boulez) avait trop vite et injustement remisée dans la poussière, et celle de voix qui auront l’occasion, dans des rôles remarquables, de faire valoir leurs talents dans des pages à redécouvrir.

Jean-François Gautier

Réservations

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