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Les experts du Vatican sont unanimes : le profil des 13 nouveaux cardinaux nommés cette semaine est très marqué, 100 % pro migrations, 100 % pro Islam.

  • Michael Czerny, 73 ans, Canadien, simple jésuite du rang, actuel sous-secrétaire de la section migrants et réfugiés.
  • Autre jésuite, proche de la ligne de François, mais d’un grade plus élevé : Mgr Jean-Claude Hollerich, 61 ans, archevêque de Luxembourg, président de la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (Comece). Une sorte d’aumônier de paradis fiscal, très à cheval sur l’ouverture tout azimut des frontières.
  • Mgr Miguel Angel Ayuso Guixot, 67 ans, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, rédacteur de la Déclaration pour la Fraternité humaine, que François a signée avec l’université islamique de al-Azhar du Caire, à Abu Dhabi au printemps dernier.
  • Mgr Cristobal Lopez Romero, 67 ans, Espagnol, mais surtout archevêque de Rabat, dont l’occupation première est de dialoguer avec l’islam, c’est-à-dire de négocier avec le roi du Maroc, commandeur des croyants, le respect des droits élémentaires des chrétiens subsahariens en route vers l’Europe.
  • Mgr Ignatius Suharyo Hardjoatmodjo, 69 ans, archevêque de Jakarta, en Indonésie, le plus grand pays musulman du monde.
  • Matteo Zuppi, 63 ans, archevêque de Bologne, un des dirigeants de la communauté Sant’Egidio très impliquée dans l’accueil des migrants et dans la diplomatie mondiale.
  • Alvaro Ramazzini, 72 ans, archevêque du diocèse de Huehuetenamgo au Guatemala, défenseur des indigènes (entendez les Amérindiens) et des migrants (ceux qui partent vers les USA, y compris les redoutables Maras).
  • La nomination la plus provocante : Mgr Michael Louis Fitzgerald, Anglais, père blanc missionnaire, ambassadeur du Vatican en Égypte, ancien président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. Il avait été écarté de ce poste par Benoît XVI en raison de sa trop voyante fascination pour l’Islam. Une belle revanche et un pied de nez peu charitable en direction du pape émérite.

La ligne prudente du pape Benoît XVI est devenue définitivement minoritaire

Une série de nominations qui fait triompher la vision du futur de l’Église selon le pape François. Avec cette nouvelle fournée, 53 % des cardinaux électeurs auront été désignés par ce dernier. Le prochain pape devrait mathématiquement être issu du même sérail idéologique.

Depuis la démission plus ou moins volontaire de Benoît XVI en 2013, le Vatican est déchiré comme jamais par des luttes intestines, difficilement compréhensibles de l’extérieur. Parmi elles, l’attitude à l’égard de l’Islam semble un clivage décisif. Dans le passé, il s’agissait de rapports théologiques lointains et centrés sur la question des chrétiens d’Orient, qui subissent une discrimination systémique depuis 13 siècles sur la terre de leurs ancêtres. Depuis quelques décennies, l’Islam s’invite en Occident, ce qui change les données du problème.

En 2006, devant l’université de Ratisbonne, le timide et réfléchi Benoît XVI avait osé rappeler quelques faits historiques. Il avait fait allusion aux rapports mouvementés entre la Byzance orthodoxe et le califat islamique médiéval, qui s’étaient terminés par la disparition de la première et l’islamisation de sa capitale Constantinople (devenue Istanbul). Cette simple évocation avait déclenché une tempête, à l’extérieur comme à l’intérieur de l’Église. Des chrétiens avaient même payé de leur vie l’audace du pape. Car le discours de Ratisbonne avait une portée politique brûlante : il prônait en effet la prudence et incitait la chrétienté à regarder la réalité en face, y compris ce qui fait peur.

Le pape François et les vertus magiques du dialogue

En 2013, le pape François a pris la place de Benoît XVI, dans un contexte d’intrigues de palais. Théâtral et visionnaire, il invite les chrétiens à abandonner cette prudence anti-évangélique et à s’en remettre à la bonne volonté de leurs interlocuteurs.

En fait, ce dialogue repose sur une approche élitiste : d’un côté des négociations secrètes entre dirigeants, faits de marchandages et de rapports de force. Et pour la galerie, de grandes réunions pleines de démonstrations d’amitié et de déclarations creuses.

Le paradoxe est que ce dialogue tant vanté n’est guère mis en pratique en interne : dans ses évêques comme dans ses cardinaux, le pape jésuite ne veut voir qu’une seule tête.

Yffic

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