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Mme Marbeau a entamé depuis quelque temps sa deuxième vie. Après avoir poursuivi une carrière dans le domaine artistique à Radio France, au ministère de la Culture et à la Sacem avant de bifurquer dans les ressources humaines, elle a pu se consacrer, la retraite venue, à son œuvre d’écrivaine. Son premier roman paru, en 2012, L’écho répété des vagues a reçu « le coup de cœur des bibliothécaires » et figurait dans la dernière sélection du prix des lecteurs de notre temps.
Son nouveau roman La Défense d’aimer reprend le titre d’une œuvre de jeunesse de Richard Wagner et est présenté par une préface du grand chef d’orchestre Jean-Claude Casadesus.
Il est toujours difficile dans une œuvre littéraire de démêler les éléments autobiographiques de ce qui relève de la fiction romanesque qui sublime et embellit (déforme ?) quelque peu les souvenirs. La Défense d’aimer s’inspire sans nul doute de faits réels, vécus pour l’auteure, il y a 41 ans. Elle avait alors 30 ans, avait connu de nombreux deuils. Elle était attachée de presse à Radio France, était divorcée, élevait seule sa fille. Elle se voulait indépendante, ne pas être « la femme de », celle qui attend en vain le coup de téléphone de « l’élu ». Elle voulait rester la maîtresse de son jeu amoureux.
À 4 ans, elle avait découvert l’œuvre de Wagner, assise sur les genoux de son grand-père, et cette musique s’était imprimée dans sa mémoire. En 1978, elle avait réussi à obtenir des billets pour une semaine complète à Bayreuth, une faveur insigne puisque le nombre de places est limité, alors que les aficionados sont nombreux. De peur qu’on ne lui vole ces précieux sésames, elle les avait si bien cachés qu’elle avait failli ne pas les retrouver lors de son départ.
Le roman est la description minutieuse de cette échappée à Bayreuth et des sentiments éprouvés, sentiments que la musique exacerbe et exalte. Qui ne s’est pas senti ivre et heureux, après avoir entendu une chanson remarquable ? Alors plongée dans le temple wagnérien, dans l’œuvre du génie de Bayreuth, servie par des musiciens d’exception, l’auteure ne pouvait que s’envoler.
Et parallèlement à cet émerveillement provoqué par la musique du conjoint de Cosima Liszt, elle a retrouvé un écrivain, un Don Juan, dont elle a jadis repoussé les avances trop rapides et trop brutales. Placée dans un cadre romantique, va-t-elle succomber à son charme ?
La petite musique littéraire de Mme Marbeau se lit d’une traite. Son récit, écrit au présent de l’indicatif et à la première personne, possède quelques échappées sublimes, quelques assonances particulièrement réussies. Avec ses mots, elle parvient à évoquer la musique du maître de Bayreuth, à la faire sentir au lecteur, ce qui est une prouesse.
Si les caractères des deux principaux protagonistes sont bien rendus et psychologiquement justes, les autres personnages ne sont que des figures de papier. Sans doute, le récit très court (154 pages) ne leur laissait pas la place d’exister. Peut-être aussi est-ce le signe que l’auteure ne les a pas vus lors de son séjour à Bayreuth, prise par la musique de Wagner et par ses jeux amoureux ?
Ce roman est à dévorer par tous les amoureux de Wagner et par ceux qui sont sensibles aux charmes des phrases et des mots et qui savent goûter leur beauté.
Christian de MOLINER, auteur de Juste avant ma mort, et Islamisme radical, comment sortir de l’impasse.
Crédit photos : DR
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Une réponse à “La Défense d’aimer, roman wagnérien de Domitille Marbeau Funck-Brentano”
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